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Les goulots d’étranglements du pouvoir de Roch

Depuis l’élection démocratique du président Roch Marc Christian Kaboré en novembre 2015, les Burkinabè ont cru fermement à l’avènement d’un Burkina nouveau où règnent l’égalité des chances, la sécurité et la justice. Une année après, l’on se rend compte que rien n’est acquis d’avance. Beaucoup de goulots d’étranglements doivent être levés au plus vite. Sinon…

Le président Roch Marc Christian Kaboré
Le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré

Le casse-tête des statuts particuliers. Malgré les efforts consentis çà et là par le pouvoir en place notamment en ce qui concerne la mise en œuvre de la loi 081 portant statut général de la Fonction publique qui met désormais les fonctionnaires et les contractuels de l’Etat sur le même piédestal, la Fonction publique burkinabè est marquée par un mécontentement des agents et des grèves à répétitions. Notre fonction publique ressemble aujourd’hui à un champ de bataille où chaque corps professionnel cherche à tirer son épingle du jeu. Le dispositif qui avait été aménagé pour répondre aux spécificités de certaines catégories de travailleurs, on le voit, a dérapé. Aujourd’hui, chacun réclame sa part de statut particulier. Et voilà le gouvernement pris au piège d’un problème compliqué au regard du coût qu’il pourrait engendrer.

S’il y a donc une pratique qui doit être revue, c’est bien la tendance de la plupart des corps à réclamer un statut particulier. Comme le disait si bien le professeur Augustin Loada «Généralement quand il s’agit de statut particulier, il est question pour les demandeurs de relèvement de la feuille salariale. La multiplication des statuts autonomes videra le statut général de tout intérêt. Il est donc urgent, sinon de ramener ceux qui sont sortis, du moins de fermer la porte afin d’empêcher les sorties.»

Mais il est clair que les acquis conquis ne seront pas facilement abandonnés par les syndicats. On voit donc mal comment l’Etat arrivera à contourner ce casse-tête des statuts particuliers. Si beaucoup de fonctionnaires aspirent à ces avantages qui leur permettront d’améliorer leurs conditions de vie, c’est bien parce que d’autres en bénéficient déjà. Chaque corps a donc raison de demander sa  »part du gâteau ». C’est une question de justice. D’ailleurs, ce qui énerve certains fonctionnaires, c’est le traitement très inégal dont ils sont l’objet. En plus de bénéficier d’un statut particulier, certains agents publics ont divers avantages qui ne peuvent que rendre jaloux. Ils ont des fonds communs, des bonifications et autres gratifications qui n’ont rien à voir avec leurs salaires et indemnités.

Comme on le voit, la crise au sein de l’Administration publique pourrait perdurer. Sauf si une véritable révolution impliquant un assainissement total de la Fonction publique est engagée.

La sécurité intérieure et extérieure, au cœur des préoccupations des Burkinabè

Le 15 janvier 2016 une attaque terroriste contre l’Hôtel Splendid et le Cappuccino fait 30 morts et des dizaines de blessés.

Du 31 mai au 1er juin 2016, le commissariat de Police de la commune d’Intangom avait été attaqué et trois agents avaient été tués.

Du 11 au 12 octobre 2016, des agresseurs ont encore pris Intangom comme cible. Bilan, quatre militaires et deux civils tués, un véhicule militaire emporté.

Le 16 décembre 2016, une quarantaine d’individus non identifiés, lourdement armés, ont attaqué le poste militaire de Nassoumbou, localité située à 45 kilomètres au Nord de Djibo et à une trentaine de kilomètres de la frontière malienne. Bilan: 12 morts dans les rangs des Forces armées burkinabè et quatre blessés.

Le terrorisme est une nébuleuse. Il est obscur et insaisissable. Il est partout. Et les FDS font des pieds et des mains pour combattre ce nouveau fléau. Mais l’inquiétude est en train de gagner du terrain. Les interrogations sont nombreuses.

Certes, des mesures sont prévues selon Simon Compaoré, le ministre de la Sécurité intérieure. Il s’agit du renforcement des équipements des Forces armées nationales et de la procédure lancée auprès des Nations unies pour qu’un bataillon burkinabè soit positionné le long de la frontière burkinabè avec le Mali.

Mais la sécurité intérieure et extérieure des Burkinabè est aujourd’hui unanimement ressentie comme une priorité par l’opinion publique. Il y a déjà assez de morts et de blessés par des assaillants qui n’ont jamais été inquiétés. Aucune arrestation, aucun décès officiel dans leurs rangs. Cela fait mal aux Forces de défense et de sécurité et à tous les Burkinabè. Qu’il s’agisse du danger intérieur ou de l’insécurité aux frontières, les Burkinabè ne veulent plus de débat politicien. Il faut être pragmatique: la sécurité requiert une coopération poussée avec les pays limitrophes. Il faut plus d’interopérabilité et surtout des moyens logistiques pour les vaillants soldats.

La justice, thermomètre du changement

Au soir de l’insurrection populaire jusqu’au pouvoir de Roch en passant par la Transition, les Burkinabè ont espéré un renouveau de l’appareil judiciaire. Mais depuis, malgré l’indépendance accordée à la justice, très peu de suites idoines sont données aux lourds dossiers qui irritent. Le slogan est toujours le même: «les dossiers avancent bien. Il y a de l’espoir».

Les problèmes de notre justice, notamment le manque récurrent de moyens matériels et financiers pour un accomplissement adéquat et accéléré des actes juridiques, sa politisation… ne peuvent plus être évoqués comme des arguments valables – le disque est rayé – face à un peuple assoiffé de justice et de paix. Le pouvoir judiciaire a intérêt à dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité sur les dossiers qui fâchent. Et dans les délais qui sont les meilleurs. Car une justice « vraie » dans les dossiers sensibles sera vue comme le signe précurseur du vrai changement tant attendu.

Ce sont là des goulots d’étranglements – pas exhaustifs – qu’il faut lever au plus tôt.

Théophile MONE

Un commentaire

  1. Analyse pertinente, bravo! Toutefois des coquilles dans le texte. Intagom est un village de la commune de TIN-AKOF, il n’a donc pas un commissariat, mais un poste de police.

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