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Les racines des crimes odieux et abjects au Faso

Le 29 mai 2017, «l’Observateur Paalga» relatait le crime insoutenable d’Ali Zouré sur Safi Rouamba, sa femme, à Pag-la-yiri. Dans un récit effroyable en effet, l’oncle de la victime s’exprimait en ces termes: «Il s’est adonné à une boucherie inhumaine. Il lui a tranché la mâchoire jusqu’à l’oreille de sorte qu’elle ne puisse pas crier. Il lui a ensuite placé un coutelas sur le front comme s’il voulait fendre sa tête en deux. Le sieur Zouré a aussi enfoncé un canif dans ses clavicules, l’a incisé le dos, les bras, les cuisses, les mollets. Presque tout le corps de Safi a été tailladé. Il a voulu la dépecer comme un animal, je n’ai jamais vu une telle atrocité».

En début de semaine, dans le quartier Sonré, au secteur 17 de Ouagadougou, c’est un jeune célibataire qui aurait eu l’outrecuidance de tuer puis de décapiter sa mère génitrice!

Les crimes de sang crapuleux, odieux et abjects sont de plus en plus  recrudescents au Pays dit des Hommes intègres. Aussi les questions lancinantes se posent à nous: comment les meurtriers peuvent-ils se dépouiller de toute leur humanité pour tuer les membres de leur famille de sang-froid? Ces personnes souffrent-elles de problèmes mentaux comme la schizophrénie? Quelle lecture peut-on faire de ces crimes d’un nouveau genre?

Il a tué et décapité sa mère
Il a tué et décapité sa mère

Ali Zouré n’a pas eu peur de Dieu et il a tué sa femme, la mère de ses deux filles. C’est ingrat et inhumain. Crime passionnel ou pas, le sieur Zouré a été barbare, primitif, sans cœur et bestial. Il est condamnable.

Le meurtre commis à Sonré est aussi abominable. Pourquoi tuer sa propre mère? Pourquoi égorger également sans sourciller la nièce innocente qui est venue remettre de quoi manger à sa grand-mère? Pour de l’argent? A cause de désaccords familiaux? Difficile de répondre à la place des tueurs. Mais une chose est sûre, aucune de leurs réponses ne pourra justifier leurs actes. Un homme normal qui jouit de toutes ses facultés ne peut agir ainsi. C’est peut-être la raison pour laquelle certains pensent en purs Africains, à tort ou à raison, que les criminels sont victimes d’un sort.

L’inquiétude des uns et des autres est immense et est à la mesure de leur indignation, leur colère et leur révolte parce que ces types de crimes-là étaient plus observés dans des sociétés désarçonnées qu’en Afrique.

Pourquoi ces atrocités envahissent-elles maintenant notre société? Est-ce l’effet des drogues et des alcools qui se vendent partout comme de petits morceaux de pains? Comment expliquer la prolifération des crimes de sang dans nos villes comme Ouagadougou?

Safi Rouamba, mère de deux filles: dépecée comme un animal par son mari Ali Zouré
Safi Rouamba, mère de deux filles: dépecée comme un animal par son mari Ali Zouré le 12 mai dernier

Lecture d’un phénomène complexe

Notons d’abord le désastre moral ou crise psychologique profonde que vivent les jeunes abandonnés à eux-mêmes dans une société de plus en plus égoïste. Comment? Parce qu’aujourd’hui les soutiens d’antan se font rares dans le cercle familial. Par exemple, être triste, pleurer, se révolter, se replier sur soi sont des réactions normales quand on vit un licenciement, un deuil, une séparation ou la maladie d’un proche parent. Ces crises psychologiques étaient surmontées grâce au soutien de la famille, d’amis, de collègues qui venaient à la rescousse. Il suffisait parfois de confier sa douleur à un proche pour se sentir apaisé. De nos jours, ces personnes sont rares. Se confier à certains amis, c’est se vendre à vil prix. Donc, la plupart des gens en difficultés préfèrent encaisser leurs souffrances. Sans défoulement, le danger de la crise comportementale est grand.

Ensuite, il y a le phénomène de la désintégration de la famille. Les raisons plausibles sont la pauvreté et la corruption morale. Désintégration ne signifie pas forcément divorce. La famille est réunie sous le même toit mais la souffrance fait que chacun de ses membres vit dans son propre monde. Sans oublier les rivalités destructrices selon les revenus et les positions sociales.

La troisième explication est le chômage et le manque de vision pour l’avenir; ce qui crée le désespoir chez le jeune qui se pose de multiples questions existentielles et qui pense que tous les moyens sont bons pour s’en sortir. Il pense à tort que la fin justifie les moyens. C’est la crise éthique née du désespoir et de la démission des parents. C’est ainsi que certains jeunes finissent par penser au suicide ou aux solutions de facilité: la drogue, l’alcool et tous leurs adjuvants.

Enfin, le manque de spiritualité et d’équilibre. Dans une société considérée comme une prison à ciel ouvert, pour ne pas s’autodétruire, il faut avoir des repères et des points d’attaches. Il se trouve que sur le plan religieux, il y a plus de discours que de vrais témoignages de vie qui inspirent les jeunes.

En réalité, le problème de l’insécurité et des crimes odieux sont très complexes. Pour l’instant, outre le fait de les dénoncer vigoureusement, la nécessité de prendre des mesures fortes pour dissuader les criminels s’imposer. En appliquant la peine de mort au Faso? La question reste posée.

Théophile MONE

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