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Lettre ouverte au président du Faso

Monsieur le président,

 

Je sais que vous ne lirez peut-être jamais ma lettre.

Je vous l’adresse quand-même et vous prie de me savoir gré de ne pas sacrifier aux sacrosaints principes de l’hypocrisie protocolaire.

Je vous écris pendant que tressautent encore nos macchabées aux cœurs arrachés.

Je vous écris pendant que les rictus hideux se disputent encore les visages juvéniles de nos martyres.

Je vous écris pendant que les yeux encore hagards de nos morts se figent définitivement dans la voûte céleste.

Je vous écris pendant que des mains ensanglantées se crispent et s’éternisent à jamais sur des impacts de balles.

Je vous écris pendant que les bistouris des toubibs coupent et découpent encore les corps déjà meurtris des miraculeux rescapés.

Je vous écris pendant qu’une mère, une épouse, un père, un frère ou une fille se refuse à croire encore qu’un fils, un époux ou un papa ne rentrera pas pour dîner ce soir.

 

Monsieur le Président,

Je ne vous écris pas pour me plaindre car je n’en ai plus la volonté, ni pour vous plaindre car je n’en ai plus la force.

Je vous écris parce-que, du tréfonds de mon cœur, je ressens une profonde tristesse.

Oui Monsieur le Président, je suis triste pour toutes ces vies fauchées, pour toutes ces larmes versées, pour tous ces rêves brisés de vos compatriotes que vous avez juré de protéger.

Je suis triste pour la quiétude perdue que vous avez promis de garantir et m’offusque de la psychose généralisée que vous étiez censé bannir.

Je suis triste pour ce décompte macabre des fils et des filles de ce pays, jadis îlot de paix dans un océan de guerre et aujourd’hui théâtre apocalyptique de la bêtise humaine sous votre clairvoyant leadership.

Je suis triste pour la volatilité du climat social que vos lieutenants s’évertuent à rendre plus délétère à renfort de malcause pour des raisons connues d’eux seulement.

Je suis triste pour l’absence d’une véritable conjugaison des intelligences devant conduire à la catharsis à même d’adresser cette guerre asymétrique

Hier, c’étaient le Cappuccino, l’hôtel Splendide et Aziz Istanbul.

Avant-hier, Samorgouan, Nassoumbou et Baraboulé.

Aujourd’hui, l’état-major de l’armée nationale, tout ce qu’il y a de plus symbolique, de plus emblématique, de plus prestigieux pour un pays.

En touchant l’état-major, Monsieur le Président, nos ennemis ont touché le cœur du pouvoir, votre pouvoir.

Cette énième attaque sonne comme un affront qu’il vous faut laver, une gifle magistrale de trop.

Mais que diantre nous valent ces assauts répétés? Avons-nous seulement dîner avec le diable? Soit dit en passant, le diable invite-t- il l’ange à la table quand on sait qu’il peut arriver que celui-ci ne soit ni ange ni démon?

Abdoulahathi Sienou

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