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Liberté d’expression: la France peut-elle encore s’ériger en donneuse de leçons aux pays africains?

Le mouvement de contestation des «gilets jaunes» contre la hausse du prix du diesel a été victime d’un succès qui dépasse toutes les espérances des organisateurs. Personne ne s’attendait à pareil soulèvement ce samedi dernier en France. Mais ce qui a frappé la communauté internationale, c’est bien la répression sévère des manifestants qui, si elle avait eu lieu dans un pays africain aurait été sévèrement condamnée par la Mère-France. Le temps où l’ONU et les pays occidentaux durcissaient le ton envers les pays aux comportements antidémocratiques est-il révolu?

Grande manifestation des Gilets jaunes en France

La légende selon laquelle la France serait un exemple mondial en termes de respect des droits, des libertés d’expression, de réunion et de mouvements est remise en cause après la violente répression des gilets jaunes le samedi dernier. En effet, les autorités ont durement réprimé de milliers de manifestants qui critiquaient la hausse du prix des carburants.

Étonnant car la France n’a cessé de critiquer les pays africains et bien d’autres dans la gestion des manifestations, au nom de liberté d’expression et des droits démocratiques.

Elle-même vient de faire semblant d’oublier que descendre dans la rue pour exprimer une revendication, un refus, une émotion, c’est exercer un droit qui, dans une démocratie, va de soi. Il est d’ailleurs largement admis que la manifestation est nécessaire au fonctionnement des régimes démocratiques. Les manifestations sont des formes éminentes d’expression, de participation et de gouvernement démocratique.

Ce qui définit la manifestation n’est pas sa forme, mais son but. Les manifestants se réunissent pour rendre publique l’opinion ou la cause qui leur est commune. Ils exercent donc leur liberté de réunion (parfois renforcée par la liberté d’association).

La France vient de montrer que même les démocraties les plus avancées ne parviennent pas toujours à contenir les manifestations qui, par nature, sont perturbatrices, puisqu’elles subvertissent la fonction des lieux publics dans lesquels elles se déploient. Par la répression des gilets jaunes la France prouve à la face du monde qu’elle n’aime pas la contestation et qu’elle n’est finalement pas différente des pays africains. Elle a peur de la grave crise politique que cette manifestation monstre pourrait engendrer. Car visiblement les manifestants ne cherchent pas à discourir, mais à agir. Ils ne cherchent pas à convaincre, mais à peser.

Gilets jaunes réprimés

L’on oublie souvent que la manifestation est un feu follet du droit des libertés, une incarnation sporadique (et partielle) du peuple souverain. Et quelle que soit son ampleur ou sa visée, il n’est pas assez démocratique de mobiliser des ressources policières considérables pour confiner des manifestants.

L’inquiétude des pays africains est d’autant plus grande que les CRS sont allées jusqu’à bastonner (au nombre de 4) un retraité, assez en colère, mais ne représentant visiblement aucun danger. Des images détestables qui ont fait le tour du monde et qui égratignent l’image du président Emmanuel Macron dans la presse étrangère.

Dans cette répression, la France est allée jusqu’à utiliser des grenades explosives contre les manifestants. Une grenade qui ibère du gaz lacrymogène, provoque un bruit intense estimé à 165 décibels dans un rayon de cinq mètres!

Après de tels comportements dénoncés ça et là, la France pourra-t-elle encore s’ériger en donneuse de leçon des libertés d’expressions et de droits démocratiques aux pays africains? Ce serait maladroit et hypocrite! Le proverbe biblique ne dit-il pas qu’«Avant d’enlever la paille de l’œil de ton voisin, retire la poutre qui est dans le tien?

Théophile MONE

 

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