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Loi PPP: votée en l’absence de l’opposition qui a quitté l’hémicycle

C’est à l’unanimité que les 76 députés dont deux de l’opposition avec en leur possession deux procurations ont voté, le 3 juillet dernier, la loi portant allègement des conditions d’exécution du Programme de projets de partenariat public-privé (PPP).

La loi a été votée malgré l'absence de l'opposition
La loi a été votée en l’absence de l’opposition

«Personne ne va nous empêcher de voter cette loi», avait asséné, dimanche, lors d’une conférence de presse, le président de l’Assemblée nationale, Salifou Diallo. Eh bien, c’est chose faite, car ce lundi, 76 députés sur les 120 qui ont répondu à l’appel nominal, ont donné leur quitus pour l’adoption d la loi.

Que s’est-il passé?

Estimant que cette loi vise à légaliser le pillage des ressources du pays, les députés de l’opposition, à la demande du Chef de file de l’opposition vendredi dernier, ont boycotté le vote de la loi. «Cette loi vise juste à favoriser des amis, pour leur octroyer des marchés afin qu’ils puissent s’enrichir. En tant qu’opposition, nous ne cautionnons pas cela», a tancé le député Moussa Zerbo. Et le président du groupe parlementaire UPC, Daouda Simboro de renchérir: «Nous sommes convaincus qu’il y a péril en la demeure et nous ne voulons pas être coupables de cette forfaiture».

Mais pour le ministre des Finances, Rosine Coulibaly, il ne s’agit pas d’utiliser les ressources budgétaires du pays pour signer un contrat de gré à gré avec des amis. «Lorsqu’un privé dispose de ressources techniques et financières dans un domaine donné, il peut venir volontairement à nous. Nous allons discuter pour voir si par rapport à l’ordre des grandeurs de prix que nous connaissons, si nous avons la meilleure offre possible. Et nous discutons d’un plan de remboursement qui tienne compte des capacités de l’Etat», a-t-elle expliqué.

Les députés de l'opposition quittant la salle
Les députés de l’opposition quittant la salle

Pour montrer la bonne foi du gouvernement, foi de la ministre Coulibaly, «nous avons proposé de mettre un dispositif pour le contrôle a posteriori et tous les projets et programmes qui seront exécutés sous cette loi seront soumis à un audit des structures de contrôle».

S’étonnant qu’on prête au gouvernement des intentions qui ne sont pas les siennes, le ministre de l’Economie a insisté: «Ce n’est pas un boulevard qui est ouvert pour la corruptionDans certains pays de la sous-région, ça se fait», a-t-elle souligné.

Il faut rappeler que sur les 94 projets existants, la loi concerne 38 projets PPP relevant des secteurs de la santé, de l’éducation, des infrastructures, de l’enseignement supérieur… A entendre Rosine Coulibaly, «le démarrage est immédiat» et les projets doivent être contractualisés dans un délai de six mois.

Les PPP seront conclus à la Place de la Révolution

Tous les pays membres de l’UEMOA, a noté le président de l’Assemblée nationale, Salifou Diallo, utilisent le système PPP. «La loi nationale et supranationale nous l’autorise», a-t-il certifié. Chose qu’il trouve curieux, c’est le fait que l’opposition qui crie au «pillage des ressources» ait inscrit le PPP dans son programme. «Aujourd’hui, c’est nous qui voulons réaliser les PPP, ils voient partout la corruption», s’est-t-il étonné.

D’un point de vue politique, cette sortie des députés de l’opposition n’est rien d’autre selon Salifou Diallo qu’une manœuvre politicienne. «On veut avec des pratiques infondées, amener le peuple à contester le pouvoir démocratiquement élu parce qu’il y a des gens qui ne peuvent pas attendre 2020», a-t-il dénoncé.

Ainsi, dit-il, le gouvernement ne va pas dire qu’il y a des risques de corruption pour ne pas réaliser les écoles, les dispensaires pour le peuple. «S’ils ont des faits de corruption dans les PPP, loisir à eux de saisir les organes de contrôles, l’opinion nationale, la presse et l’Assemblée car nous avons des enquêtes parlementaires et nous irons débusquer le lièvre là où il est», a-t-il soutenu.

Les deux députés de l'UPC ont soutenu le gouvernement en donnant leur quitus
Les deux députés de l’UPC ont soutenu le gouvernement en donnant leur quitus

Faisant donc allusion à l’invitation du Chef de file de l’opposition au peuple burkinabè à descendre dans la rue, foi de Salifou Diallo, «Les PPP seront conclus à la Place de la Révolution».Toutefois, il a prévenu le Gouvernement que le peuple burkinabè ne veut plus des «chiffres macro-économiques», mais plutôt des «routes et des hôpitaux visibles».

A ce sujet, il a suggéré de se mettre rapidement au travail: «Faites vite pour faire de belles routes que ces messieurs vont emprunter. Avec vos portables, quand vous allez les voir sur ces routes, photographier-les pour qu’on les affiche ici à l’Assemblée. Pour les inaugurations des ouvrages, chaque fois que nous allons les voir, il faut les indiquer au peuple en disant: voici ceux qui entravent la marche radieuse de notre peuple vers le développement», a-t-il recommandé. C’est pourquoi il est bon, à l’en croire, de prendre la liste de tous ceux qui sont sortis. «Allons en campagne et disons aux populations que ce sont ceux-là qui sont contre les dispensaires», a-t-il ajouté. «Et nous allons le faire», assure-t-il.

Le député de l’UPC, Kodjo Jacques Palenfo, qui est resté pour soutenir le projet pense que beaucoup de ses camarades qui sont sortis, l’ont fait «pour préserver leurs postes en 2020. Mais pour moi, c’est le courage politique qui compte».

Madina Belemviré

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