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Lutte contre le VIH/SIDA au Burkina: la grave erreur à ne pas commettre!

Dans la lutte contre le VIH/SIDA, les objectifs de développement durable (ODD) comptent mettre fin à l’épidémie d’ici à 2030. Ainsi, à l’image des autres pays de la planète, le Burkina Faso rêve de «Zéro nouvelle infection à VIH. Zéro discrimination. Zéro décès lié au sida.» à l’orée de cette date butoir. Mais comment atteindre ces nobles objectifs si les personnes vivant avec cette maladie ne parviennent pas à obtenir le droit à la santé, corrélé à un large éventail d’autres droits, notamment le droit à l’assainissement, à la nourriture, à un logement décent, à des conditions de travail saines et à un environnement propre? C’est la raison pour laquelle la journée mondiale de lutte contre le Sida 2017 met en lumière l’importance du droit à la santé et les défis auxquels sont confrontées les personnes séropositives en réclamant ce droit.

Au-delà de cette journée de mobilisation contre la pandémie, nous sommes tous appelés à nous engager davantage tous les jours dans ce noble combat car ce défi planétaire ne pourra être relevé que main dans la main. Aussi, la mobilisation doit rester entière tant par la sensibilisation que par la protection (se faire dépister). Le Burkina qui a enregistré ces dernières années des résultats spectaculaires dans la lutte contre le VIH/SIDA et les IST ne doit surtout pas baisser la garde au risque de connaître le rebond de l’épidémie. Rester vigilant est donc le mot d’ordre à suivre scrupuleusement.

Le Secrétaire Permanent du CNLS-IST, docteur Didier Romuald Bankouan
Depuis 1988, le 1er décembre de chaque année est consacré à la lutte contre le sida

Le sida n’est pas une fatalité mais simplement une maladie avec laquelle nous devons vivre. Contre cette maladie, nous n’avons pas le choix, il faut nous battre! Pour cela, nous ne devons jamais baisser la garde. Pourtant, au Burkina où le taux de séroprévalence est estimé à 0,89% dans la population générale, on a tendance à croire que l’épidémie est terminée, alors qu’elle est toujours très active chez certains groupes spécifiques à haut risque, comme les Hommes ayant des relations Sexuelles avec d’autres Hommes (HSH:3,6%), les Travailleurs du sexe (TS: 16,1%) ou les détenus (2,98%). L’erreur à commettre serait de croire qu’au Burkina, au vu des chiffres encourageants, nous avons vaincu le SIDA.

Oui, il n’y a pas de doute, le VIH/SIDA peut être vaincu, puisque bien d’autres maladies, jadis réputées meurtrières, l’ont été. Mais il existe encore beaucoup d’embuches sur le chemin de la victoire. Pour qu’elle soit une réalité, le Burkina doit combattre les comportements à risque comme les rapports sexuels non protégés, le multi partenariat sexuel, la prostitution, la toxicomanie, l’alcoolisme, etc. Cela suppose des changements de comportements individuels et sociaux, la poursuivre et l’améliorer de l’offre de soins à ceux et celles qui vivent déjà avec cette maladie, les PvVIH.

Conscient du danger du rebond de l’épidémie si le renforcement de la lutte multi-sectorielle n’est pas effectif, le Burkina Faso a élaboré un quatrième Cadre stratégique de lutte contre le SIDA et les IST, conçu pour la période 2016-2020. L’ambition du pays, étant de travailler à réduire les nouvelles infections, notamment chez les femmes, les jeunes et les groupes identifiés comme le foyer de l’épidémie. Il s’agit, aussi, d’éliminer la transmission de la mère à l’enfant. Dans tous les cas, il important, voire vital, de combler l’écart en matière de prévention et de traitement.

Le dépistage permet de lever des doutes et d’adopter des comportements responsables

C’est pourquoi rappeler la protection et intensifier le dépistage sont deux stratégies complémentaires à mettre constamment en œuvre. Cela permettra de préserver la santé des personnes, et d’éviter de nouvelles contaminations. Au niveau collectif, si on permet un accès le plus large possible au dépistage, il y aura un effet de défense collective. Le traitement, lui, a connu un tournant décisif au Pays des Hommes intègres en 2010 avec la gratuité des ARV. Ce qui permet chaque année d’augmenter substantiellement le nombre de malades sous traitement antirétroviral. En effet, le nombre de PvVIH sous ARV est passé de 52 248 en 2015 à 57 178 en 2016 soit une progression de 9,43%.

Selon le Secrétariat permanent du Conseil national de lutte contre le Sida et les IST, il y a encore un gros travail d’information et de sensibilisation à faire

Mais malgré tous nos succès, le sida n’est pas encore terminé. Parce que nombreux sont les séropositifs qui ignorent encore être porteurs du virus. C’est ce qu’on appelle l’épidémie cachée. Ces personnes peuvent donc continuer malgré elles à transmettre le virus. D’où la nécessité de dépister tous les séropositifs qui s’ignorent et à leur proposer un traitement. C’est le meilleur moyen de casser la chaîne de contamination afin d’entrevoir effectivement la fin de l’épidémie en 2030. Toute chose qui demande du courage et de la volonté politique, pour en finir avec les tabous et les discriminations qui éloignent la population du dépistage et des soins.

Aujourd’hui, parce que le traitement fonctionne très bien, du coup, beaucoup d’idées reçues circulent: il y a ceux qui pensent encore que sida égal mort, et ceux qui sont persuadés que «ça se guérit» ou qu’«il n’y en a même plus». Il y a donc encore un gros travail d’information et de sensibilisation à faire. Car malgré les acquis enregistrés en matière de lutte contre le VIH/SIDA, le Burkina ne doit jamais baisser la garde. Ce serait une grave erreur, une erreur fatale. A chacun de s’en convaincre. Ici et maintenant.

Théophile MONE

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