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Macron, azaaba!*

Emmanuel Macron, le président français, honore le Burkina de sa visite (ph Famous People)

La jeunesse d’aujourd’hui se délecte des moments glorieux de la Révolution démocratique et populaire, notamment du rayonnement du Burkina Faso sur la scène internationale, grâce au verbe et aux actes du capitaine Thomas Sankara. A partir du 4 août 1983, en effet, ce petit pays pauvre et enclavé s’est révélé au monde entier par la politique menée à l’époque sous la conduite du jeune capitaine. Qu’on l’aimait ou qu’on ne l’aimait pas, nul ne peut ignorer que sa gouvernance a braqué les projecteurs sur le pays et ses hommes. La jeunesse de nos jours n’a pas vécu cette période, mais elle l’évoque avec fierté.

Blaise Compaoré, à travers sa démocratie de développement (chère à Ablassé Ouédraogo de qui est né le concept), amorcée après les périodes d’incertitudes post-révolutionnaires et les balbutiements de la démocratie, a opéré une réorientation stratégique de la politique extérieure et amélioré l’image de terre d’accueil du pays tout en renforçant sa place sur la scène internationale. Le leadership du Burkina dans la sous-région et en Afrique a fait la fierté des Burkinabè. Malheureusement, comme tout pouvoir qui enivre, Blaise a dilapidé ce capital en continuant les assassinats de ses opposants, en inscrivant le Burkina sur la liste des Etats voyous et en menant une politique d’ingérences. Le déclin progressif de Blaise Compaoré et du Burkina a été amorcé avec l’assassinat de Norbert Zongo puis ses velléités de se faire succéder par son frère puis son option de se maintenir au pouvoir. Il a été chassé du pouvoir par une insurrection populaire.

Cette insurrection a été applaudie et est citée aujourd’hui en exemple partout. D’autres pays nous l’envient, veulent l’importer mais peinent à la réaliser car les réalités et les acteurs ne sont pas les mêmes. Nous en sommes fiers aujourd’hui.

C’est dans ce contexte que le jeune président français a choisi le Burkina Faso pour porter le message de la nouvelle politique française urbi et orbi! C’est à partir de l’université, devant les jeunes étudiants qui sont ses cadets, qu’il veut délivrer ce message. Il est assuré d’être bien compris par ces leaders de demain car proche d’eux. A la différence que lui il a mûri très vite en vivant avec une dame d’âge mûr. Il a usé sa jeunesse à apprendre des choses de la vie, quand ses camarades couraient les boîtes de nuit et les glaciers.

Nous devrions être fiers que Macron ait choisi le Burkina Faso, Ouagadougou et l’Université Pr Joseph Ki-Zerbo pour s’adresser à toute l’Afrique. Beaucoup de pays auraient souhaité que ce soit chez eux. C’est un honneur fait au président Roch Marc Christian Kaboré, à la jeunesse insurgée et à tout le peuple burkinabè.

C’est la France qui a exfiltré Blaise Compaoré, c’est la France qui détient les archives sur l’assassinat de Thomas Sankara et ses camarades, c’est en France que vit François Compaoré en liberté sous contrôle judiciaire. Emmanuel Macron vient afin qu’on se parle les yeux dans les yeux pour solder les contentieux laissés par ses prédécesseurs.

Blaise Compaoré n’a pas été le seul à être frustré, lorsqu’Obama a demandé aux présidents de venir à Dakar pour une rencontre. Nous avons encore été plus navrés, lorsque le même Obama est venu tout près de nous, à Accra. Il a senti un peu notre air d’harmattan sans venir nous voir.

Alors, lorsque le président de l’ancienne métropole, le pays avec lequel nous partageons une partie de notre culture (la langue) et de notre histoire, pour sa première grande visite en Afrique choisit le Burkina, nous devons être fiers et honorés et lui être reconnaissants.

Macron n’est pas à l’origine de nos malheurs. Nous ne pouvons nous prévaloir de nos propres turpitudes. La mainmise de l’impérialisme français au Burkina Faso est une locution surannée depuis! C’est ce même impérialiste qui nous aide à nous démerder. Demain, il inaugurera la plus grande centrale solaire de la sous-région financée par… l’Agence française de développement. Si ce n’est l’impérialisme français, ce sera l’impérialisme bolchevique, indien ou chinois. Réveillons-nous donc avant que le train rentre dans l’inconnue.

Emmanuel Macron et la France sont encore plus proches de nous que nul autre peuple au monde. A nous d’avoir l’intelligence de capitaliser son message si nous voulons nous affranchir de cette même métropole que nous traitons d’impérialiste et de néocolonialiste.

Mais après tout, n’est-ce pas cette démocratie qu’il vient saluer! C’est la liberté d’expression, la liberté de s’opposer qu’Emmanuel Macron vient célébrer. Roch a été en visite en France. Macron lui rend la politesse. Macron, azaaba!

Les Echos du Faso

*: Macron, soyez les bienvenus! (en kasem)

Un commentaire

  1. Macron vient entre-autre s’assurer que ses colonies restent des colonies et que nous continuons à râler derrière des francs CFA qui s’obstinent à fuir nos poches

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