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Maître Franceline TOE/BOUDA, élue membre du Comité des Nations unies pour l’Elimination de toutes les formes de Discriminations à l’égard des Femmes

Maître Franceline TOE-BOUDA a été élue en début juin 2018 comme l’un des 23 experts membres du Comité des Nations unies pour l’Elimination de toutes les formes de Discrimination à l’égard des Femmes (CEDEF), plus connu sous le sigle CEDAW (Convention for the Elimination of All Forms of Discriminations Against Women) en anglais.

Cette élection est un grand honneur pour le Burkina Faso qui voit ainsi une de ses filles siéger à cette grande instance des Nations unies qui intercède pour les droits des femmes auprès des gouvernements des pays du monde entier signataires de la Convention.

Cette avocate de profession, bien connue dans notre pays, mariée et mère de 03 enfants, était déjà la Coordonnatrice de la Coalition CEDEF au Burkina Faso et c’est bien volontiers qu’elle répond ici à nos questions sur ses nouvelles responsabilités qui s’ajoutent à d’autres et dans les grandes instances internationales.

 

Une femme qui se bat pour la veuve et l’orphelin et pour la cause de la Femme

Vous avez élue, il y a peu, pour siéger au sein du Comité pour l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard des femmes. En quoi consistent ces nouvelles responsabilités?

J’ai été élue le 7 juin dernier et je fais partie des 23 experts chargés de surveiller la mise en œuvre de la CEDEF par les Etats Parties à la Convention. Il se réunit périodiquement et écoute les rapports que les Etats Parties se sont engagés à fournir sur l’état d’application de la convention et des recommandations faites par le Comité dans leurs politiques et programmes. Le Comité examine lesdits rapports, interpelle les Etats dans un dialogue constructif et élabore des recommandations à leur endroit en vue d’améliorer la mise en œuvre de la Convention.

Le Comité peut recevoir des plaintes individuelles contre les violations des droits humains des femmes par les Etats, lorsque ceux-ci ont ratifié le protocole facultatif.

 

Comment en êtes-vous arrivée là?

Je me suis engagée depuis une trentaine d’années lorsque j’ai embrassé la profession d’avocat et avec mes activités associatives pour la défense des droits humains des femmes.

Cela s’est traduit par l’initiative avec un groupe de femmes désireuses de faire avancer les droits des femmes, de créer l’Association des Femmes Juristes du Burkina Faso en 1993.

Puis, dans les années 2000, nous avons eu l’idée des regroupements, l’union faisant la force. C’est ainsi que sont nées la Coalition Fimba, puis la coalition CEDEF en 2009, pour contribuer par des rapports alternatifs de la société civile, à la mise en œuvre de cette grande Convention ratifiée par notre pays depuis 1987.

Chaque année, l’Organisation des Nations unies publie les vacances de postes auprès des Etats Parties à travers leur Ministère des Affaires Etrangères qui les reçoit et les traite en vue de recueillir les candidatures. C’est l’Etat qui présente le candidat et qui doit faire sa promotion.

 

En campagne au Palais des Nations Unies à New York

Le chemin jusqu’au comité a-t-il été facile pour vous?

Pas facile comme chemin. Il faut y croire, travailler et surtout ne pas se laisser distraire par des ennemis de la liberté ou par des incompréhensions.

Il faut d’abord être soutenu par son Etat, car à l’ONU ce sont les Etats qui présentent des candidats et ce sont les Etats qui votent. Donc, il faut convaincre les autres Etats membres de voter pour vous. Ensuite, il faut se préparer, être engagé et surtout s’informer.

Mettre en œuvre des moyens matériels et financiers.

 

Quelle est la périodicité des rencontres du Comité?

Je le saurai quand j’y serai en début d’année 2019 pour la 1ère session du Comité.

 

Votre place au sein du comité a certainement des répercussions sur votre pays le Burkina Faso. Quelle sera désormais la relation entre le Comité et le Burkina?

La répercussion que ma présence au Comité peut avoir sur le Burkina Faso, c’est d’abord qu’il y a une Burkinabè de plus comme expert aux Nations unies.

C’est le rayonnement de notre pays dans le concert des Nations, je crois pouvoir dire, que lorsque vous êtes hissé à ce niveau, vous remplissez une mission de service public international. Cependant, le caractère de neutralité que doit revêtir chaque membre du Comité reste primordial pour l’exercice de sa mission. En effet, chaque membre est recruté en tant qu’Expert indépendant en vue d’une analyse objective des situations pour une mise en œuvre efficace de la Convention, partout dans le monde.

 

Lors d’une session au siège des Nations unies

Vous étiez Présidente de la CEDEF au Burkina Faso avant cette nomination. Comment allez-vous concilier les 2 responsabilités?

Oui, je suis la Coordonnatrice de la Coalition Burkinabè pour le suivi de la mise en œuvre de la CEDEF qui regroupe 19 Organisations de la société civile avec plein de compétences et de membres engagés pour la poursuite des activités de la Coalition. Je serai toujours là.

 

Quelle est la situation actuelle de la lutte des femmes au Burkina Faso?

Actuellement, au Burkina Faso, la lutte des femmes est plus que parfaite. A tous les niveaux, elles sont présentes et elles se battent, aux côtés des hommes aussi et avec eux. C’est ça la nouvelle donne. Elles ont pris conscience de leurs droits et de la force qu’elles constituent, elles savent aussi qu’elles peuvent s’exprimer et que leurs idées comptent. Elles n’ont jamais varié dans la quête du bien-être de leurs familles et dans la recherche de l’intérêt collectif, parfois à leur propre détriment. Elles prônent la paix et ne comprennent pas pourquoi on s’en prend à elles…

L’avocate au Barreau du Burkina Faso depuis trois décennies

 

Que signifient vos nouvelles responsabilités mondiales en termes de charge de travail et de mobilité?

Humblement, je pense qu’au Burkina Faso, il faut miser sur les femmes. Elles ont un don naturel de transmission de la vie, de la sensibilité, de la parole, du savoir à leurs enfants.

Tout Etat doit savoir observer cela et ne jamais négliger ce vecteur important de la construction de l’être humain. L’Etat doit investir sur les femmes: dans l’éducation, dans la santé, dans leur autonomisation… Elles doivent faire l’objet d’une attention particulière si l’on veut que les choses changent dans le bon sens. Les femmes et leurs enfants doivent se sentir en sécurité sur nos routes, dans nos villes et campagnes, dans les familles, dans leur ration alimentaire quelque soient leur âge et leur condition matrimoniale.

C’est d’abord l’engagement à fond pour l’égalité réelle, effective entre les femmes et les hommes. Sans distinction de nationalité ni de couleur, débarrassé de toute forme de discrimination, et sans à priori. Il y aura du travail, de la diplomatie et de la présence à Genève où se trouve le siège du Comité.

 

Comment sont organisées habituellement vos journées professionnelles d’avocate?

Tous les matins, on se prépare pour les audiences qui commencent généralement à 8h. Et vous n’êtes libre qu’à la fin de l’audience pour les courses au Palais. Les après-midi sont réservés aux rendez-vous avec les clients et à la préparation des dossiers. Donc, vous voyez, l’avocat travaille toujours; avec ces nouvelles responsabilités cependant, je serai moins disponible, mais mes collaborateurs assureront les affaires du cabinet.

Propos recueillis par Françoise T. Kaboré.

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