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Le mal pernicieux du népotisme qui gangrène le Faso

L’actualité de ces derniers temps est marquée par la sortie des délégués des comités de la Confédération générale du travail du Burkina (CGT-B) de la Caisse nationale de sécurité sociale qui ont pris à témoin l’opinion publique sur le processus de recrutement opaque et partisan de travailleurs au sein de cette institution de la république. Ils disent avoir décelé à la fin du processus de recrutement de 85 agents un conflit d’intérêt manifeste: «l’admission de l’épouse, de la nièce et du neveu du directeur des ressources humaines [DRH]».

Étonnement et tollé général parmi les populations, car l’insurrection d’octobre 2014 a été menée, entre autres, contre les pratiques vieilles jadis dénoncées comme la corruption, l’affairisme à ciel ouvert, le népotisme, la magouille, le favoritisme, la gestion patrimoniale et clanique des ressources humaines et financières, les petits arrangements et autres renvois d’ascenseur que la vie politique d’antan se plaisait à aménager. Les ressusciter quelques années plus tard, c’est donner l’impression que la lutte héroïque du peuple n’a pas porté de fruits. Il est temps de mettre fin à ce système mafieux et égoïste qui fait du mal à notre pays. Le cas spécifique de la CNSS n’est que la partie visible de l’iceberg. Alors, attention au retour des vieux démons.

Lassané Sawadogo, DG de la CNSS. Il a intérêt à tirer cette affaire au clair pour sa propre crédibilité et celle de l’institution qu’il dirige

Encourager le clientélisme et l’ériger en règle à l’idée que «Je ne peux pas promouvoir à des postes de responsabilité un individu d’ailleurs quand mes proches parents en qui j’ai confiance n’y ont pas accès. D’abord eux!», est un comportement suicidaire au moment où à l’unisson, nous disons: le «Burkina d’abord!» Nous avons donc intérêt à encourager la transparence et l’esprit du mérite.

Le présidium lors de la conférence de presse du comité des syndicats dénonçant un recrutement partisan, le 04 juillet dernier

Les dénonciations faites par les délégués syndicaux et les délégués du personnel des comités de la Confédération générale du travail du Burkina (CGT-B) à la Caisse nationale de Sécurité sociale sonnent, à vrai dire, comme une véritable alerte aux oreilles de l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de Lutte contre la corruption (ASCE-LC) et aussi à celles du ministre de la Fonction Publique. Le Directeur général de la CNSS, Lassané Sawadogo, ferait mieux de tirer au clair cette affaire. Sa crédibilité en dépend, lui dont la nomination avait suscité de vives critiques de la part du Chef de file de l’opposition politique.

De façon générale, si l’on commence à fouler au pied l’éthique et la déontologie dans les processus de recrutement des agents de l’Etat ou du privé, l’on ne pourra plus parler allègrement «d’homme qu’il faut à la place qu’il faut» ni de l’application rigoureuse des normes.

Si le gouvernement laisse se développer le monde de la magouille à part, avec ses «dieux», ses anges, ses prophètes et ses esclaves; un monde avec ses lois, ses règles; un monde dans lequel la règle qui prévaut est que tous ceux qui ne sont pas avec nous, sont contre nous; alors, il faut les écarter, coûte que coûte et quoi qu’il en coûte, notre cher pays n’émergera pas et s’acheminera inexorablement vers le chaos.

Avec le népotisme, le Burkina portera les germes de sa propre destruction

Face à la gestion clanique, face à la gabegie ambiante qui hypothèque l’avenir des Burkinabè, il ne faut pas rester de marbre, motus et bouche cousue, sans les dénoncer vigoureusement. Nous emmurer dans un quelconque silence pour éviter les foudres d’une certaine colère ou par commodité, c’est nous rendre complices de ce mal pernicieux qu’est le népotisme. Il faut vite sanctionner et dénoncer les fautifs. Pour l’instant, l’Etat doit prendre ses responsabilités. Au besoin, il devra suspendre les prises de service précipitées et commanditer une enquête sérieuse sur ce qui s’est réellement passé. Les Burkinabè ont besoin d’être rassurés.

Car si aucune disposition à la CNSS n’interdit un candidat qui a un parent dans l’institution de passer le test et de le réussir, il ne serait pas juste de créer les conditions favorables à certaines personnes proches de ceux qui détiennent le pouvoir de décision. La pratique est ancienne mais il est temps d’y mettre le holà. Sinon, le Burkina porterait les germes de sa propre destruction.

Les Echos du Faso

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