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Mali: que le droit vainque la rue

IBK et Soumaïla: le Mali a besoin de dialogue et de compromis politique que de crise institutionnelle

L’opposition clame que l’élection présidentielle, remportée officiellement par le président sortant Ibrahim Boubacar Keïta, dit « IBK », a été une «fraude monstrueuse». Le candidat de l’opposition, en l’occurrence, le directeur de campagne  de Soumaïla Cissé, Tiébilé Dramé, continue à rejeter les résultats définitifs de la présidentielle proclamés lundi par la Cour constitutionnelle. Pourtant, le 1er septembre 2017, la Cour suprême du Kenya démontrait à la face du monde que la démocratie en Afrique est encore possible. A peine une année après cette leçon inédite, les Maliens ont du mal à s’en inspirer et sont malheureusement sur le point de conduire leur pays vers le chaos. Même si la cour constitutionnelle, par la voix de sa présidente, Manassa Danioko, n’a pas voulu, au nom de la jurisprudence, sanctionner les fraudes, modifier les résultats ou annuler l’élection, il serait sage que le droit vainque la rue.

La présidente de la Cour constitutionnelle du Mali, Manassa Danioko

La fraude électorale désigne toutes les irrégularités qui peuvent se dérouler pendant une élection. Elle peut concerner les opérations électorales elles-mêmes (ex: bourrage des urnes avec des bulletins en faveur d’un candidat) ou des manœuvres constatées pendant la durée de la campagne. La fraude doit être sanctionnée car elle fausse l’expression du choix des citoyens. Mais en Afrique, quand un juge électoral est saisi, il ne sanctionne pas systématiquement les fraudes. En effet, la jurisprudence veut qu’une élection ne soit annulée, ou les résultats modifiés, que si les fraudes constatées ont eu pour effet de déplacer un nombre suffisant de voix pour fausser les résultats. Ainsi, des atteintes aux règles définies par le Code électoral peuvent rester impunies si elles n’ont pas eu pour conséquence de modifier les résultats. Certains spécialistes du droit électoral contestent cette ligne jurisprudentielle, qui ne participe pas, selon eux, à la moralisation des comportements à l’occasion des campagnes électorales. Cette attitude est même frustrante pour les perdants. Et c’est bien le constat dans le camp de Soumaïla Cissé du Mali: «Elle (la cour constitutionnelle) avait l’occasion de rendre un arrêt se fondant sur la vérité des urnes. Elle a préféré rendre service au régime», elle s’est « inféodée au pouvoir en validant le bourrage d’urnes et le trucage des résultats, sources d’instabilité», a affirmé le bras droit de Soumaïla Cissé. «Nous rejetons ces résultats», a-t-il ajouté.

Les membres de la Cour suprême du Kenya

Le directeur de campagne, Tiébilé Dramé a même précisé qu’il s’exprimerait après la grande fête de la «Tabaski», l’Aïd el-Kebir, qui se déroulera mardi au Mali.

La plus haute juridiction du pays a rejeté toutes les requêtes introduites par le candidat de l’opposition, Soumaïla Cissé. La cour a jugé irrecevables ou infondés par manque de preuve les recours introduits par le Chef de file de l’opposition.

Marche de l’opposition le samedi 18 août 2018: aujourd’hui, la rue ne résoudra pas durablement les problèmes du Mali

S’inspirer du cas Kenya

Quand la décision de la Cour suprême kenyane avait surpris le pays, le continent africain et la communauté internationale, les réactions des deux concurrents politiques du Kenya différaient, mais ils l’ont tous respectée. Pourtant, le président Uhuru Kenyatta pouvait s’ériger contre la décision de la Cour suprême et mettre ses militants dans la rue et provoquer ainsi les troubles sur le plan national. Même frustré, il en avait appelé à la paix tout en menaçant de s’occuper de la Cour suprême après les élections. Ce comportement démocratique avait prouvé aux plus sceptiques que l’Afrique est capable de s’élever pour vivre des principes universels de gestion des sociétés modernes.

L’opposition malienne s’attendait à une réaction à la kenyane certes, mais pour redorer son blason, la Justice africaine a encore du chemin à faire elle dont l’indépendance demeure une quête permanente.

Soumaïla Cissé et ses partisans n’ont donc pas intérêt à privilégier la rue au détriment du droit surtout au moment où le Mali est à la conquête de l’intégrité de son territoire national. Une crise institutionnelle pourrait conduire le pays dans le chaos. Et personne au Mali n’y gagnerait. C’est pourquoi tous les Maliens doivent travailler à ce que le droit vainque la rue.

Théophile MONE

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