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Marche refusée aux ressortissants togolais vivant au Burkina: erreur de jugement ou zèle politique?

Des ressortissants togolais vivant au Burkina Faso ont adressé à la Mairie de Ouagadoudou une demande d’autorisation de marche de soutien à leurs compatriotes en lutte au pays. Mais afin d’éviter que cette marche n’«engendre des troubles à l’ordre public, entre les ressortissants togolais au Burkina Faso et même aux relations entre nos deux républiques», la Mairie l’a interdite. Une décision qui a suscité beaucoup de réactions.

Réponse du maire aux ressortissants togolais au Burkina

Le Balai Citoyen s’est insurgé contre cette décision de la Mairie de Ouagadougou, «qui n’est ni plus ni moins qu’une atteinte aux libertés publiques en général et à la liberté d’expression des ressortissants togolais vivant au Burkina en particulier». Il qualifie ce refus «de soutien voilé à la dictature du régime liberticide et assassin du président Faure Gnassingbé». Cette OSC «ose espérer que toutes les entraves seront levées rapidement pour la tenue effective de cette manifestation pacifique». Le maire a-t-il eu si tort d’opposer une fin de non-recevoir à la demande des  ressortissants togolais au Burkina?

Armand Béouindé, maire de Ouagadougou

Avant tout, il faut reconnaître qu’en tant que pays démocratique, la liberté de réunion est un droit constitutionnel, même pour les étrangers, à condition qu’il n’y ait pas une menace avérée à l’ordre public et que celle-ci ne présente pas une possibilité d’ingérence dans la vie politique burkinabè.

Y avait-il vraiment des risques d’insécurité par cette manifestation pour que les autorités municipales refusent ce droit aux Togolais vivant au Burkina? Apparemment, il ne s’agit pas d’une décision émanant du gouvernement mais de celle des responsables municipaux qui ont peut-être oublié que leur décision peut écorner l’image de notre pays à l’étranger surtout en matière de liberté d’expression et de droits de l’homme.

Et puis, il n’était pas nécessaire de rompre la solidarité africaine en la matière puisque les mêmes Togolais manifestent dans d’autres pays africains pour les mêmes objectifs. Sans oublier qu’en 2014, contre les velléités de modification de l’article 37 de notre Constitution, des Burkinabè vivant à l’étranger avaient soutenu de diverses façons les marches et meetings qui s’organisaient au Faso. Quelles réactions aurions-nous eu si, en ce temps-là, des pays de la sous-région interdisaient les marches de soutien aux insurgés? Sans doute de l’indignation et l’impression d’un soutien au régime de Compaoré.

Pour ce faire, il aurait simplement suffi à la Mairie de poser ses conditions aux ressortissants togolais – sécurité et respect de l’ordre public – plutôt que de refuser catégoriquement leur marche. Cette décision relève d’un zèle politique qu’il faut éviter à l’avenir. A titre d’exemple, peut-on, dans les mêmes conditions, empêcher des ressortissants français de manifester au Faso contre la gestion politique de leur pays? Pas si sûr.

De toutes les façons, quand les règles démocratiques ne sont pas respectées tant au Togo qu’ailleurs en Afrique, nos principes démocratiques burkinabè devraient être mis à contribution pour les dénoncer. C’est de cette façon que nous seront respectés par les autres.

Evitons donc de faire croire que nous soutenons de façon inavouée le régime de Faure Gnassingbé. Toute chose qui serait une manière de ramer à contre-courant des valeurs que nous avons défendues en octobre 2014.

Théophile MONE

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