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Comment le marketing politique en Afrique biaise le choix de nos présidents

Pendant l’entre-deux-guerres, les politiciens ont appris à se servir habillement de la radio pour diffuser leurs messages. Adolf Hitler en est un exemple, puis à partir des années 60 avec John F. Kennedy, la télévision devient l’élément majeur de la communication politique.

Le marketing politique vend une marchandise politique. Son objectif est de gagner des élections, répandre des convictions politiques, manipuler les électeurs, lutter contre d’autres candidats et d’autres partis.

Aujourd’hui, la communication politique s’inspire largement des techniques du marketing pour devenir un rouage essentiel du jeu politique. Souvent utilisé de manière pernicieuse en Afrique, le marketing politique ressemble à la femme angélique, mais diabolique. La dernière campagne au Mali en est une illustration parfaite.

Les leaders religieux devraient éviter de confondre leur mission aux intérêts mercantiles de ce bas-monde

Dans une démocratie représentative et pluraliste, la communication politique à pour but de permettre à l’électeur de poser son choix mais aussi – et surtout – à favoriser l’élection d’une personne qui se présente au scrutin. C’est ce que la Cellule de communication de Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) a tenté de faire à la dernière campagne électorale en utilisant le héros Mamoudou Gassama avec la photo du président sortant et en publiant sur le Net la photo de leaders religieux le couvrant de bénédictions. Non seulement tous ceux qui s’identifient à Mamoudou Gassama, le sauveur de l’enfant français suspendu dans le vide, sont invités à faire comme lui en supportant IBK, mais IBK est également présenté comme le choix des religieux, des leaders d’opinion. Dans une société fortement islamisée, cette communication est persuasive et peut influencer les choix des électeurs.

En utilisant entre autres l’affichage électoral, les réunions et les meetings politiques, les apparitions dans la presse, l’internet et ses multiples possibilités, la communication politique repose sur une obsession première inaliénable: faire élire son candidat. C’est la vocation majeure de cette communication, si le candidat n’est pas élu la communication politique n’a plus de raison, pour lui, d’exister.

Ce que l’on oublie souvent dans ces stratégies, c’est qu’il y a l’image, il y a les mots, il y a aussi la façon de dire les mots, mais surtout, la diffusion de ces images et de ces mots. En effet, même si l’image est essentielle en politique, elle ne peut satisfaire à elle seule à l’exigence du jeu politique, il faut en effet un discours derrière l’image et c’est encore le rôle du communicateur politique que de fabriquer ce discours et de s’assurer de sa bonne diffusion.

Pour gagner les élections, tous les moyens sont bons.

Justement, il y a une différence capitale entre la communication politique et la propagande! Là où la communication politique repose sur une libre adhésion de la cible au message ou sur le choix du public quant aux différents messages qui émanent de plusieurs sources distinctes (les partis politiques), la propagande repose sur un message unique auquel le public n’a d’autre choix que l’adhésion. Clairement, la propagande est un ensemble d’actions de communication qui consistent à endoctriner une population afin de la faire penser ou agir selon des préceptes imposés.

Quand des leaders religieux donnent subtilement des consignes de vote avant l’ouverture de la campagne officielle pour le scrutin, ce n’est pas bon pour la démocratie dans laquelle l’on s’attend plus à ce que les candidats vendent plutôt leurs idées. En plus, si l’on s’éloigne de la parole de Dieu à la recherche des intérêts mercantiles de ce bas-monde, il faut alors s’attendre à tout. Car on ne peut pas tromper Dieu.

Quand les candidats cherchent par tous les moyens à paraître qu’à proposer et défendre un projet de société, il ne faudrait pas s’étonner qu’une fois élus, ils naviguent à vue. C’est par des idées que l’on peut persuader, séduire et influencer les électeurs. Pourtant, en Afrique, la plupart de nos politiciens ont l’habitude de se vendre (les candidats) comme on vendrait des choses, des produits dans la publicité en remplaçant leurs idées politiques par les images. Un marketing politique qui ne porte pas souvent de bons fruits. Car la manipulation politique a ses limites. Elle dope le peuple. Et quand la duperie se découvre plus tard, le divorce est aussi programmé. Dans ce sens, le marketing politique mal orienté peut devenir un danger pour la démocratie.

Théophile MONE

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