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Mauvaise gouvernance: attention, les mêmes causes produisent les mêmes effets

Le régime de Blaise Compaoré a été balayé en octobre 2014 à la faveur de l’insurrection populaire pour des raisons de mauvaise gouvernance. En effet, lui et ses amis de classe aimaient abonder dans le gaspillage, mener une vie princière, thésauriser, vider le pays de ses richesses pour garnir les comptes personnels. Ils se plaisaient à être actionnaires dans toutes les entreprises juteuses, entretenaient des sociétés écrans, avaient le monopole partout où passe l’odeur de l’argent et y plaçaient leurs amis. Ils choisissaient celui qui devait être riche ou rester pauvre. Ils récompensaient l’activisme politique de manière ostentatoire. Conséquemment, pendant 27 ans, le laxisme, l’attentisme et le désespoir se sont emparés du fonctionnaire burkinabè. Personne ne voulait mouiller le maillot pour une Nation dans laquelle l’excellence ne payait plus, les talents n’étaient pas récompensés et les promotions ne respectaient aucune déontologie. Aujourd’hui, ces mauvaises pratiques devraient être de mauvais souvenirs derrière nous et dissoutes dans le sang des martyrs de l’insurrection. Mais à l’analyse, certaines autorités et la plupart des Burkinabè fonctionnaires entretiennent malheureusement encore les anciens mauvais réflexes. Sans le balai et une certaine rigueur, le risque du retour des mauvais démons est imminent. Et il pourrait être fatal.

Pour convaincre les plus sceptiques de la véracité de nos affirmations, il aurait fallu une étude sur le changement de comportements des autorités publiques et du citoyen burkinabè trois ans près l’insurrection populaire d’octobre 2014. Mais les études d’impact coûtent chères et prennent beaucoup de temps. Nous sommes donc obligés de nous en tenir à nos observations quotidiennes et aux aveux des uns et des autres pour interpeller tous et chacun sur ce qui apparaît comme un danger permanent pour la paix sociale: les détournements de fonds publics, le laxisme, la corruption, le népotisme, le favoritisme, la mauvaise gouvernance.

Las de la mauvaise gouvernance, le peuple burkinabè a obligé l’ex-président Blaise Compaoré à quitter le pouvoir en 2014

Les anciennes mauvaises pratiques qui continuent

Janvier 2017. Détournement de 251 millions au SIAO. Siriki Coulibaly, agent comptable et Claude Guébré, caissier, sont tous les deux accusés de détournement de derniers publics.

Mai 2017. Disparition de 400 millions F CFA au niveau du Fonds d’entretien routier: «C’est une faute commise par la direction financière et comptable du Fonds et une mesure disciplinaire a été prise», affirme Eric Bougouma, ministre des Infrastructures.

Juin 2017. Des malversations portant sur 90 millions de F CFA impliquent le DG du Fonds d’appui à la formation professionnelle et à l’apprentissage (FAFPA) et son comptable.

Janvier 2018. Soupçon de virement illégal de 9 milliards au Fonds spécial routier. Et ainsi de suite.

Évoquant comme arguments les bas salaires, qui ne donnent pas envie de travailler, des fonctionnaires profitent de l’instauration de la journée continue pour chercher des jobs de secours afin de juguler une vie souvent rendue chère par les folles envies: le Burkinabè vit au-dessus de ses moyens.

Le RENLAC a toujours attiré l’attention sur les conséquences de la corruption

Comme par le passé, il existe aujourd’hui une catégorie d’agents de l’Etat à qui on ne refuse rien parce qu’ils sont rentrés par la grande porte. Cette injustice a créé d’autres types de fonctionnaires normaux ceux-là, mais qui sont déçus et émoussés par ce qu’ils endurent dans un environnement politique où les non-alignés sont parfois dédaignés.

Les malversations financières au FAFPA et….

Pour ceux qui sont bien « branchés », les concours de recrutement et interview d’embauche se trouvent souvent au bout d’un coup de fil d’un ministre, d’un officier, d’un haut placé. Ces types d’agents sont nuisibles à notre Fonction publique et la force de nuisance de chacun est fonction de la force de frappe de son parrain. Ils sont dangereux parce que la hiérarchie ne peut les rappeler à l’ordre. Ils ont un traitement à part. C’est pourquoi, dans certains services réservés, quand une personne ressemble à un outsider, les collègues lui demandent carrément «qui t’a amené ici?». Cela s’explique par le fait qu’à certains, on trouve une place avant de leur demander de chercher un diplôme à la hauteur du poste disponible. Forts de leurs couvertures, ces fonctionnaires-là arrivent au boulot les derniers et partent les premiers, ils attendent juste leur salaire, leur part du gâteau. C’est leur façon de construire le Pays des Hommes intègres.

Les je-m’en-foutistes

Comme déjà évoqué plus haut, le Burkina regorge de nos jours de fonctionnaires normaux, mais qui n’ont aucune motivation face au théâtre qui se joue à leur barbe et à leur nez. Ils ont la compétence, ils sont recrutés par la voie normale, mais ils  sont frustrés de constater les fonctionnaires filous leur voler la vedette.

… au SIAO sonnent le retour des anciennes pratiques de mauvaise gouvernance. Attention.

Fonction publique = désordre + corruption + népotisme +…

De ce qui précède, le militantisme, la corruption, le laxisme et le népotisme dont souffre la Fonction publique burkinabè accouchent de l’absence de rendement.

La situation n’est pas née un petit matin. C’est le fruit de mauvaises habitudes acquises depuis le règne de Blaise Compaoré qu’on a refusé de corriger en certains parce qu’ils sont de tel ou tel bord ou qu’ils sont promus pour service rendu. C’est d’ailleurs, parfois, pour ne pas dire souvent, parmi eux qu’on choisi les chefs de service.

Des gens diront que ces constats sont exagérés et relèvent de l’imagination fertile et qu’au contraire, rien n’est comme avant. Mais il ne faut pas se chatouiller pour rire. Car ce rire-là ne peut qu’être jaune. La vérité est que le pays ne va pas bien comme on l’aurait souhaité. Pourquoi? Parce que comme une monnaie, chaque choix politique a son revers. Mais il n’est pas tard de faire des retouches courageuses et impopulaires. A défaut de faire la chasse aux indélicats, il faut oser rougir les yeux.  Oui, oser réformer, oser changer, maintenant; pour ne rien regretter demain. Le temps s’est arrêté au Burkina. On ne travaille plus. Le gouvernement est en panne d’inspiration. Regardez la moisson du Conseil des ministres: rien le 10 janvier et presque rien le 17. Même Paul Kaba Thiéba et son équipe attendent un remaniement qui ne vient pas. Plus rien ne va, Excellence Monsieur le président du Faso.

Les Echos du Faso

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