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Mendicité à Ouaga: un phénomène qui prend de l’ampleur

On constate que la mendicité a pris de l’ampleur dans plusieurs villes du Burkina Faso. A Ouagadougou, en particulier, les personnes qui pratiquent la mendicité sont nombreuses. Elles sont souvent marginalisées et victimes d’humiliations. En dépit de cette situation, les mendiants comme on les appelle, ne semblent pas se décourager. On peut d’ailleurs les voir chaque jour dans plusieurs lieux de la capitale à toutes les heures de la journée et de la nuit. Afin de s’imprégner de leurs conditions de vie, nous avons échangé avec certaines personnes qui s’adonnent à la mendicité. Témoignages.

Un groupe de mendiants appelés talibés.
Un groupe de mendiants appelés talibés.

Ouagadougou, capitale politique du Burkina Faso. Difficile de sillonner les artères de cette ville sans apercevoir des personnes qui pratiquent la mendicité. Ces personnes appelées mendiants ou talibés sont visibles aux abords des mosquées, marchés, feux tricolores et autres lieux publics et privés. Elles sont de tous âges (enfants, vieillards, hommes, femmes, etc). La présence de personnes très âgées ainsi que de petits enfants parfois sous le soleil accablant dans la journée ou tard dans la nuit ne peut laisser indifférente et insensible toute personne attachée aux valeurs des droits de l’homme et de la dignité humaine.
En effet, c’est souvent difficile de voir cette triste réalité et ne pas mettre la main dans la poche pour soutenir ces personnes vulnérables et défavorisées. A côté des personnes victimes de handicap, il y en a d’autres, bien portantes et au physique impressionnant qui pratiquent la mendicité pour la recherche du luxe. Ils ont la force nécessaire et des bras valides pour travailler mais préfèrent prendre la voie du raccourci pour le gain facile. Qu’est-ce qui explique une telle situation? A cette question, les réponses sont multiples et variées et parfois énigmatiques, difficiles à comprendre.
Ainsi, certains parents qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts confient leurs enfants à des maîtres coraniques communément appelés «karanssamba». Ces enfants ont souvent un âge compris entre 3 et 10 ans, voire plus. Ils sont très sollicités par certains citoyens qui désirent faire des offrandes, ou qui cherchent la clémence de Dieu comme cela est recommandé dans les Livres Saints «Donnez à ceux qui n’en n’ont pas». Ces mendiants vivent la plupart du temps chez leur maître coranique qui se charge de leur apprendre à lire le coran (livre saint de l’islam) une fois qu’ils reviennent de leur tournée de quémande. «Quand on sort le matin, on revient à midi pour la lecture du coran», confie un mendiant rencontré à Larlé sis à l’arrondissement 2 de Ouagadougou. Et un autre rencontré plus tard d’ajouter: «Nous, on sort à 7 h pour mendier et on revient à 9 h pour la lecture du coran. On ressort à 16 h pour revenir carrément le soir vers 18 h ou 19 h». Si certains partagent ou remettent entièrement ce qu’ils ont reçu de leur tournée, d’autres, par contre, le gardent pour leur repas quotidien. «Ce que nous mangeons chez le maître est insuffisant, donc on est obligé de sortir mendier, et avec l’argent que l’on gagne on paye de quoi se nourrir», a révélé un mendiant. Il est soutenu par un autre: «Souvent, on revend les offrandes que nous recevons pour pouvoir payer de quoi manger. Par exemple, si nous avons reçu une offrande tel du mil, du lait… qui coûte 200 F, on le revend à 100 F avec les vendeuses».

Pour se protéger, ils récitent souvent des versets donnés par leur maître coranique.
Pour se protéger, ils récitent souvent des versets donnés par leur maître coranique.

Se méfier des cadeaux empoisonnés
A la question de savoir quel type d’offrandes ils reçoivent, plusieurs mendiants ont répondu qu’ils en reçoivent de toutes sortes: «Nous recevons du mil, du lait, des galettes, de l’argent, les coqs…». Néanmoins, ils ont précisé qu’ils ont peur de prendre certaines offrandes, comme par exemple le lait de vache mélangé avec du miel, le chien, le cheval… «Quand nous recevons ce genre d’offrande, nous le montrons immédiatement au maître et s’il nous dit que ce n’est pas bon, on le jette», révèle un mendiant. Aussi, ajoute-t-il, il arrive que certaines personnes leur demandent de les suivre pour aller recevoir des offrandes. «Si le maître nous donne l’autorisation, on suit sans problèmes, mais s’il nous dit de ne pas aller, on n’y va pas» a dévoilé un mendiant. Ce qui n’est pas le cas pour tous dont certains prennent le risque de suivre des personnes sans aviser leur maître. «Si on nous demande de suivre, on le fait sans problème tout en priant Dieu pour qu’il nous protège» a avoué un autre mendiant. Et de préciser que lorsqu’ils trouvent une offrande bizarre, ils lisent un verset que le maître leur a appris, et cela se retourne contre la personne. En tout état de cause, le risque est grand pour les mendiants qui reçoivent parfois des offrandes dont la nature est douteuse.
Que dire enfin aux personnes bien portantes au physique impressionnant qui se présentent comme des mendiants? Ces personnes qui «gâtent le nom» des vrais mendiants doivent prendre leur responsabilité pour travailler et avoir des revenus de survie à la sueur de leur front. L’obtention du gain facile est une voie sans issue. Seul le travail paye. De ce fait, il est temps pour certains mendiants de luxe, qui ne réclament que de l’argent, de travailler. Le travail est une source de dignité et de fierté pour l’être humain. Comme le chante si bien l’artiste, «mendier ce n’est pas bon» surtout quand on ne le fait pas par nécessité.
Madina Belemviré

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