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Ministère des Mines et des Carrières: il faut secouer le cocotier

Après l’or, le zinc et le manganèse, des informations font état de la présence de traces d’uranium, de fer et de pétrole dans le sous-sol burkinabè. Pendant ce temps, le gouvernement ne prend pas les mesures nécessaires pour se préparer à une éventuelle exploitation. Le ministre des Mines et des Carrières, Idani Oumarou, a du pain sur la planche.

Le ministre des Mines et des Carrières, Oumarou Idani

Arrivé à la tête du département des Mines à la faveur de la scission du ministère de l’Energie et des Mines, Idani Oumarou est tombé dans un secteur miné par des problèmes.

Le Burkina Faso a commencé à signer des conventions d’exploitation de l’or au milieu des années 90. Les mines sont rentrées en production une dizaine d’années plus tard. Plus d’une vingtaine d’années après la signature des premières conventions, le Burkina ne dispose pas d’une école digne de ce nom qui forme les nationaux aux métiers des mines. Actuellement, avec un financement de la Banque mondiale, l’Ecole des Mines de Fada N’Gourma tente de survivre. Pourtant, le département Science et Vie de la terre de l’Université de Ouaga pouvait ouvrir une spécialisation aux métiers adaptés au secteur minier. Quoi de plus normal que les sociétés minières emploient un personnel expatrié à certains postes!

Les Burkinabè, relégués aux postes d’ouvriers, passent leur temps à se plaindre sur les écarts de salaires. A qui la faute? Doit-on demander aux sociétés minières de former des nationaux avant de les embaucher ou bien le pays peut favoriser l’emploi de ses fils en les formants en amont? L’emploi des jeunes figure en bonne place dans le Plan national de Développement économique et social (PNDES). Les mines et les entreprises sous-traitantes sont de gros pourvoyeurs d’emplois. Le gouvernement ne fait pas la promotion des jeunes formés dans les centres de formation professionnelle et des lycées techniques et professionnels auprès de ces potentiels employeurs. La simple reconnaissance des diplômes délivrés par les centres de formation professionnelle pose problème. Une insuffisance qui incombe au gouvernement.

Le problème de ressources humaines se pose au ministère des Mines. Avec moins d’une centaine d’agents, ce ministère compte peu d’ingénieurs miniers (géographes, géologues, métallurgistes, etc.). Comment, en si faible nombre, peuvent-ils contrôler et suivre les activités de la dizaine de mines en exploitation, les centaines de sociétés en recherche?

Une étude de faisabilité d’une mine est un document d’environ 2 000 pages avec ses annexes. Ce document est rédigé par une équipe d’experts sous le contrôle des agents de la société minière au Burkina. Ces agents sont supervisés par l’équipe de la mine au niveau sous-régional. Tout ce monde travaille sous la coupe de la maison mère. Comment une équipe réduite du ministère des mines qui ne comporte qu’une seule ingénieur peut-elle analyser ce document et y apporter des commentaires?

Manque de personnels qualifiés

L’insuffisance des ressources humaines impacte aussi sur la mobilisation des ressources financières. Des agents du Trésor font office des percepteurs des recettes minières dans ce ministère. Des sociétés minières se plaignent qu’elles sont obligées de poursuivre ces agents pour obtenir les documents afin de se rendre au Trésor pour le paiement de certaines recettes. Conséquence: de nombreuses mines cumulent des arriérés de paiement de certaines taxes comme la taxe superficiaires, les royalties, les redevances proportionnelles. Ces agents n’ayant aucun pouvoir pour les contraindre à se mètre à jour, c’est le Burkina qui perd des recettes.

La Brigade anti-fraude de l’or reste l’ombre d’elle-même. Une brigade riche en hommes mais pauvre en ressources matériels et financières pour le travail. D’ailleurs, les attributions de cette brigade ne sont pas différentes de celles de la douane et du comité de lutte contre la fraude logée au sein du ministère des Finances.

L’Office nationale de sécurisation des sites miniers avec à sa tête un officier des forces armées reste une coquille presque vide. N’ayant aucun élément sous sa coupe, il doit se référer à la hiérarchie policière et de la gendarmerie pour déployer des hommes sur le terrain en cas de crise sur un site minier. Cette situation a conduit toutes les sociétés minières à s’attacher directement les services de la police et de la gendarmerie pour leur sécurité.

S’agissant de la faiblesse des contrôles, la société SEMAFO est sur le point de terminer la construction de sa mine à Boungou dans la région de l’Est. En dehors du ministère de l’Environnement, aucune structure du ministère des Mines n’a été sur le terrain pour des contrôles a fait remarquer le responsables d’une entreprise sur place. Même les contrôles du ministère de l’Environnement ont été financés par les sociétés.

Selon les standards de santé sécurité appliqués par certaines sociétés, les agents doivent passer une visite médicale annuelle. Etant en zone rurale, les sociétés présentent à Boungou ont voulu déplacer les services de santé concernés pour ce service. Ils ont exigé des prises en charge que les sociétés ont refusées. Conséquence, des certificats de visites médicales ont atterri dans leurs dossiers sans que les agents ne bougent du site.

Le ministre Idani Oumarou doit ouvrir l’œil. Il est entouré de personnes qui ont torpillé le Burkina Faso dans le dossier Tambao. Dans ce dossier, le Burkina a déjà été condamné à payer 9 milliards de FCFA à la société indienne Général Nice qui avait été chassée du site sans raison. Aujourd’hui, le Burkina est encore poursuivit par Frank Timis devant les instances internationales. Ce dossier ne verra jamais le jour avec des personnes dont les responsabilités sont engagées dans cette affaire toujours aux côtés du ministre.

Adoua Kassiro

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