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Monsieur le Premier ministre, au Burkina, il y a un marasme social et une pauvreté aiguë

Au moment où la plupart des Burkinabè peinent à joindre les deux bouts, le Premier ministre, dans un élan de populisme a déclaré fièrement que «Depuis que mon gouvernement est arrivé, le pouvoir d’achat des Burkinabè a augmenté et toutes les statistiques le montrent, la masse salariale, les salaires des fonctionnaires ont augmenté plus vite au Burkina Faso que dans tous les autres pays de l’UEMOA. Les salaires ont augmenté à tel point que nos partenaires techniques et financiers s’en inquiètent». Soit le Premier ministre est en déphasage avec les réalités de son pays, soit il se moque de ses concitoyens. Après avoir «pleurniché» au fort moment des grèves parce que les richesses du pays sont limitées pour augmenter les salaires des fonctionnaires, après avoir reconnu que les fonctionnaires sont minoritaires et ne devraient pas s’accaparer plus de la moitié du budget du pays, c’est encore lui, qui avoue que le pouvoir d’achat de tous les Burkinabè à augmenté! C’est tout simplement du populisme. Mais cette posture est dangereuse car elle ne prendre aucun recul, aucun soin à comprendre les situations réelles que le peuple réel vit.

Le Premier ministre Paul Kaba Thiéba

La Bible dit qu’«abondance de paroles ne va pas sans faute». Aussi, les politiques ont souvent intérêt à se taire qu’à tenir certains propos qui, à la limite, sont provocateurs. La sagesse voudrait qu’ils évitent de jeter l’huile sur le feu.

C’est au moment où les citoyens peinent à boucler leurs fins de mois difficiles, avec dans la foulée une flambée du prix du carburant, compliquant davantage leur quotidien que le Premier ministre tient des propos impopulaires. Si la mal-cause rapportait, certains de ses devanciers seraient toujours au pouvoir. Toutes les opinions ne se valent pas et le Burkina n’ira pas mieux avec de tels langages, tenus à dessein.

Attention Monsieur le Premier parce que si le populisme est bien un révélateur d’une situation, ce qu’il mobilise est toxique pour la construction de l’opinion publique, la cohérence de la pensée, l’équilibre de notre société. Il privilégie en effet un abord réactif au détriment d’une approche analytique, un discours subjectif au lieu d’une déontologie de la vérification des faits, une conduite désinhibée, agressive, dans les mots puis dans les faits.

Valoriser un tel mode d’action est loin d’être innocent. Abaisser toutes les barrières peut mener loin. Se revendiquer de «faits alternatifs» est aussi absurde que le serait une mathématique où 2 + 2 feraient 5. Le glissement vers un totalitarisme de la subjectivité est patent. Il est bon de se documenter, mais il est encore mieux de toucher du doigt les réalités du terrain avant de parler. En voulant balayer toute discipline, on balaye les ressources du vivre ensemble, on fragmente le discours – puis la société.

Les hommes politiques oublient vite que les Burkinabè conjuguent le politique à la réalité sociale. C’est en cultivant la langue de bois que l’on crée la déconnexion et la désaffection du citoyen de la chose politique. Ceci étant, monsieur le Premier ministre, au Burkina, il y a un marasme social et une pauvreté aiguë.

Le populisme est un mal qui peut gangrener tout le corps social et nous condamner à une lutte de tous contre tous.

Fonder une politique sur de telles bases ne peut que conduire, au mieux, à un leadership embrouillé et erratique sur le mode Trump. Miser sur le populisme ou pactiser avec lui, c’est aller vers la division, le conflit, l’incapacité de gérer les enjeux.

Théophile MONE

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