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Mutilations génitales féminines: partager la bonne pratique du Burkina

Le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), l’UNICEF et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en partenariat avec d’autres organisations internationales, des ONG et des missions permanentes de plusieurs pays auprès des Nations Unies à Genève, ont organisé le 20 juin 2018, un panel sur la lutte contre les Mutilations génitales féminines (MGF). L’événement qui se tenait en marge de la 38ème session du Conseil des Droits de l’Homme, avait pour thème: «Cadres juridiques pour mettre fin aux mutilations génitales féminines: combler l’écart de mise en œuvre».

L’Ambassadeur Sougouri pendant sa déclaration introductive

On estime à au moins 200 millions le nombre de filles et de femmes ayant subi des MGF dans le monde et plus de 15,2 millions de filles risquent de subir des MGF d’ici à 2020. Même s’il est admis que la prévalence des MGF connait une régression lente mais régulière, le phénomène reste préoccupant. Et selon l’Ambassadeur, représentant permanent du Burkina à Genève, Dieudonné W. Désiré Sougouri, qui a introduit les débats, «une réponse adéquate s’impose de la part de tous», parce que ces MGF doivent être considérées comme une violation des droits des jeunes filles et des femmes.

Le juge Romuald Yaméogo Sans l’appropriation communautaire, la lutte serait vaine

«Expression d’une inégalité profondément enracinée, elles constituent une discrimination à l’égard des femmes et une violation des droits de l’enfant. Elles violent également les droits à la santé, à la sécurité et à l’intégrité physique, le droit d’être à l’abri de la torture et de traitements cruels, inhumains ou dégradants, ainsi que le droit à la vie. Partant de là, la seule stratégie valable pour les éliminer est celle qui se base sur une approche des droits humains des victimes», a notamment affirmé l’Ambassadeur Sougouri.

Que faire donc, face à la persistance des MGF, et surtout de la dangereuse émergence de leurs nouvelles formes que sont la médicalisation et la pratique transfrontalière?

Certains pays ont renforcé leurs législations, allant jusqu’à la criminalisation de la pratique des mutilations génitales féminines. La coordinatrice du Programme conjoint UNFPA/UNICEF sur les MGF, Nafissatou Diop, a présenté aux participants à ce panel, «une analyse des Cadres juridiques relatifs aux MGF» de 9 pays sélectionnés d’Afrique de l’Ouest. Il en ressort que si tous ces pays ont promulgué des lois contre la pratique des MGF, on remarque une grande diversité dans la mise en œuvre. Le Burkina a été choisi pour servir d’étude de cas dans le rapport «car il présente un bilan unique en ce qui concerne l’application de la loi criminalisant les MGF».

Prévenir et pas seulement punir

«La mise en œuvre de la loi, de même que l’approche de l’élimination des MGF adoptée par le gouvernement, sont exemplaires et sans pareilles», indique le rapport. Certaines études ont mis en évidence que l’adoption de la loi (depuis 1996) s’est traduite par une baisse considérable de la probabilité que les filles soient excisées dans leur pays. «Selon ces chercheurs, peut-on lire encore dans ce rapport, la loi aurait empêché environ 240 000 filles et femmes d’être excisées au cours des 10 dernières années».

Le panel a reconnu les mérites du modèle burkinabè

Le Burkina Faso, par l’intermédiaire du juge Romuald Yaméogo, président du Tribunal de Grande Instance de Tenkodogo, a donc été invité à partager cette bonne pratique, afin que la loi puisse, partout, «prévenir et pas seulement punir».

Le juge Yaméogo dira que sans l’appropriation communautaire, la lutte contre les MGF serait longue et peut-être vaine, malgré la répression. Il a cité cinq cibles communautaires qui sont les exciseuses, les jeunes, les femmes, les hommes, les chefs coutumiers et religieux, avec des approches, des modèles d’interventions et des actions adaptées à chacune d’elles.

Selon lui, cette appropriation peut se faire par le biais des tribunaux qui «visent non seulement à appliquer la loi nationale, mais aussi à promouvoir le dialogue avec les communautés».

«En vérité, a-t-il affirmé, les audiences publiques, surtout lorsqu’elles sont foraines, constituent une occasion de choix pour un dialogue fructueux pour peu qu’elles soient bien préparées et bien conduites». Il importe donc, de bien déterminer l’opportunité, le cadre et la date, de conduire l’audience avec tact et de savoir personnaliser la sentence.

La société civile devra également jouer sa partition dans l’appropriation communautaire. La représentante du Comité interafricain sur les pratiques traditionnelles ayant effet sur la santé des femmes et des enfants (CI-AF) Adebisi Adebayo, préconise l’inclusion des pratiques néfastes dans les programmes d’éducation.

L’autre levier qu’il faut actionner pour donner plus de chance de succès à la lutte contre les MGF est la volonté politique.

L’Ambassadeur, représentant permanent du Burkina a annoncé que le Groupe africain, à l’initiative du Burkina Faso, présentera un projet de résolution à la 38ème session du Conseil des droits de l’homme. Cette résolution, selon S. E. M. Dieudonné W. Désiré Sougouri, «interpellera les Etats sur leur devoir d’agir contre cette pratique, conformément à leurs engagements internationaux. La résolution insistera également sur les défis liés à la pratique transfrontalière et à la médicalisation et la réponse à y apporter».

Mathieu Bonkoungou

Ambassade, Mission permanente du Burkina à Genève

 

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