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Ne pas faire d’amalgames en ce qui concerne les gilets

Depuis trois semaines maintenant, la France vit des événements difficiles, inimaginables il y a peu. Un mouvement spontané et non organisé nommé «gilets jaunes» parce que ses militants se reconnaissent par le port et la couleur de cette chasuble, manifeste pour réprouver l’augmentation du prix des carburants depuis le 17 novembre dernier. Au fur et à mesure que les jours passaient et que le mouvement recrutait des adeptes et des sympathisants, d’autres réclamations sont venues se greffer à la tige des carburants. Et le ton est monté crescendo, allant des manifestations pacifiques, à des casses et à des propos presqu’insurrectionnels.

Paris, comme au temps de l’insurrection populaire au Burkina (ph: L’Express)

Chez nous, le 29 novembre, la Coalition nationale de lutte contre la vie chère, la corruption, la fraude, l’impunité et pour les libertés (CCVC) a aussi sorti des gilets pour assurer la sécurité de ses marcheurs. Et notre confrère L’Observateur paalga de faire la comparaison dans un ton humoristique pour dire que nos gilets étaient rouges. Il n’en fallait pas plus pour que certains citoyens comparent les manifestations parisiennes à la marche de la CCVC. Or, en dehors du pouvoir d’achat, aucune autre comparaison n’est possible.

Car, la marche de la CCVC avait des responsables. Ensuite, elle a tenu sur une seule journée. Qui plus est, elle a été pacifique puisque personne n’a été violentée ni inquiétée et aucune casse enregistrée. Alors que la manifestation des gilets jaunes de France est bâtarde (elle n’a pas de père), elle n’est pas circonscrite dans la durée, il occasionne beaucoup d’actes de violence. Là, l’ancienne colonie peuplée de ‘’sauvages’’ a pris une revanche sur l’ancien colonie habitée par des hommes dits civilisés. Les rôles ont été inversés…

Maintenant, ici, si des gens pensent que pour contraindre le gouvernement à écouter leurs complaintes sur la hausse du prix des carburants il faille casser et brûler, ils se trompent lourdement; des auditeurs l’ont dit sur des ondes. Idem pour le gouvernement qui fait des comparaisons avec d’autres pays. La France c’est la France, la Côte d’Ivoire c’est la Côte d’Ivoire, le Burkina c’est le Burkina! Ne comparons pas l’incomparable! C’est ce qui amène les abcès de colère. Chaque pays vit avec ses moyens et selon ses réalités.

Les Français peuvent ‘’s’amuser’’ à casser, à détruire; tout est reconstruit ou restauré dans les temps qui suivent. Mais même un feu tricolore démoli mettra du temps à être remplacé ici au Faso. Et qui en pâtit? Pas le président du Faso à qui nous laissons tous la route lorsqu’il veut se déplacer, ni au Premier ministre ou au président de l’Assemblée. Si c’est un président d’institution ou un ministre, un DG ou même certains commis, ils ne paient rien pour attendre au feu dans son véhicule. Le carburant est pris en charge et il est confortablement installé dans le fêfê, pendant que toi et moi ‘’cramons’’ dans nos guimbardes ou sur nos motos, fussent-elles des 100 et quelques!

Alors, notre incivisme doit avoir des bornes à ne pas dépasser. Eux, ils sont en gilets jaunes (même si on voie qu’ils sont plutôt verdâtres, mais des goûts et des couleurs, on n’en discute pas) et nous en gilets rouges. Il suffit que Kaba dise qu’il n’ y a rien devant, tout est maïs, et qu’on peut enlever 50 F sur le litre, pour que nous, nous ayons satisfaction. Justement, cette fois, même si l’augmentation était justifiée, il faut mettre de l’eau dans le dolo et faire marche arrière. Ce n’est pas une faiblesse ni une défaite. Juste pour faciliter les fêtes à tous. Car, si la hausse limite les déplacements des côcôs, ça va être la galère pour les gens normaux de faire la ronde pour saluer les tontons et les patrons. Alors qu’on connaît nos susceptibilités ici.

A. T.

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