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Ne pas faire la place à un 3ème larron

Nous avons, dans un autre papier (lire: http://lesechosdufaso.net/voici-exemples-de-valent-50-milliards-de-f-cfa-aujourdhui/) donné quelques exemples de l’incidence de 50 milliards dans le budget de la Nation. Nous avons terminé par la question «Que faire?» Nous n’avons pas la réponse précise à cette violente question mais nous voulons ici donner des exemples de conséquences de crises mal gérées afin que les protagonistes ne laissent pas encore perdurer ce bras de fer.

La mobilisation s’intensifie à travers le pays. Ici à Pô.

En d’autres circonstances, nous dirions que quand l’âne veut te terrasser, tu ne vois pas ses oreilles. Si on pouvait demander à feu Maurice Yaméogo, à feu Lamizana, à feu Saye Zerbo ou à Blaise s’ils allaient reproduire les mêmes colères qui ont été à l’origine de leurs départs du pouvoir, il est presque sûr qu’ils répondraient qu’ils auraient eu plus de tact dans la gestion de leurs crises respectives.

Maurice a été déposé en janvier 1966 par un soulèvement populaire des travailleurs et d’organisations de la société civile. Le mouvement syndical était embryonnaire et n’y a pas joué un rôle prépondérant. La plus longue grève du Burkina (55 jours) dirigée par le Syndicat national des enseignants africains de Haute-Volta (SNEAHV) a terrassé Lamizana en novembre 1980; il faut se souvenir de noms comme Zoungrana Ali Pascal dit ZAP, Baba Halidou Ouédraogo…

Saye Zerbo, à son tour va tomber deux ans après, au bout d’une succession de contestations syndicales. Il avait interdit le droit de grève et avait réprimé des leaders de la CSV, la Confédération syndicale voltaïque, dont le SUVESS (Syndicat unique voltaïque des enseignants du secondaire et du supérieur) de l’époque (SNESS aujourd’hui) était membre. Soumane Touré en sait quelque chose, qui était rentré dans la clandestinité.

L’avènement du CNR est mal accueilli par le SNEAHV, surpris, qui s’en démarque à travers une déclaration inamicale. Quelques militants sont arrêtés et il s’en suit une grève. Celle-ci est sévèrement réprimée car les grévistes ont été licenciés.

Plus proche de nous, le tout-puissant régime Compaoré a été balayé par une insurrection qui a allié syndicats, partis politiques et OSC. Si on demandait à ces présidents déchus s’ils adopteraient les mêmes attitudes, ils répondraient par la négative.

Il est temps que Roch Marc Christian Kaboré, le président du Faso, le chef suprême, vienne à la rescousse de ses  »sapeurs-pompiers »

Alors, Roch Marc Christian Kaboré a intérêt à prendre la pleine mesure du problème au lieu de le laisser aux mains de sapeurs-pompiers stagiaires. Il faut absolument ne pas laisser la confiance s’effriter avec les syndicats. Tôt ou tard, cette crise sera résolue. Que ce soit à 50 milliards ou moins ou par tout autre coût. On ne peut plus licencier tous les grévistes comme ce fut le cas sous le CNR. D’ailleurs, ceux qui sont à la manœuvre sont en partie des enseignants révolutionnaires qui avaient remplacé les licenciés au pied levé.

C’est vraiment déplorable qu’un chef de gouvernement sorte sur les médias pour ‘’pleurer’’ le montant d’une enveloppe pour sauver l’avenir de la Nation. Prendre l’opinion à témoin sur le poids de la satisfaction des revendications des enseignants dans le budget est inopérant. Les enseignants ne sont pas des élus du MPP pour leur demander un sursaut patriotique. Même le président du Conseil régional des Hauts-Bassins, qui est pourtant un élu du MPP, n’approuve pas le choix du gouvernement de construire un échangeur à ‘’l’hère-là’’, à Bobo. Il y a d’autres priorités.

Le gouvernement doit proposer aux enseignants, de bonne foi, ce qui peut être fait maintenant, ce qui pourra être fait d’ici la rentrée prochaine et ce qui va l’être plus tard avec un échéancier à déterminer. Ces enseignants sont aussi des parents d’élèves et mesurent la gravité de leur acte. Mais pour une question d’honneur, ils n’abandonneront pas la lutte. Ils peuvent lâcher du lest, pour peu qu’on ne les infantilise pas. L’éducation est le socle de notre devenir. Rien n’est de trop s’il le faut. Un vieux dicton ne dit-il pas que «l’éducation est le plus bel héritage à laisser à nos enfants…»? Et au poète d’ajouter que «Quand on aime, on ne compte pas»?

Ecoutez le cri de détresse, en réalité, de l’ensemble des élèves et de leurs parents (dont vous-mêmes) pour agir dans les sens de l’intérêt général et surtout de l’avenir de la jeunesse et du pays. Chers enseignants, cherchez le pantacourt aujourd’hui plutôt que le pantalon sinon d’autres n’auront même pas de cache-sexe…

L’histoire a montré, nous l’avons rappelé plus haut, qu’un bras de fer entre syndicats et gouvernants a toujours tourné à l’avantage d’un 3ème larron. Evitons alors de laisser trainer le bâton avec lequel nous pourrons être tous battus. Surtout pas en cette période de soupçon de déstabilisation du pouvoir. A bon entendeur, salut!

Les Echos du Faso

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