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Népotisme des potentats africains: y en a marre!

Les présidents de la pauvre Afrique s’abonnent de plus en plus à d’incroyables bêtises en allant du concept révoltant «Tu seras président, mon fils!», à celui relatif à la transmission sexuelle du pouvoir d’Etat dernièrement tenté au Zimbabwe. Des comportements aux antipodes de la démocratie et dont on a maintenant marre. Car à ce rythme, la démocratie familiale remplacera les élections libres, transparentes et équitables et l’Union africaine ne sera finalement plus qu’une rencontre des dynasties africaines. Inquiétant pour un continent qui se veut émergent.

Robert et Grace Mugabe. La transmission sexuelle n’a pas eu lieu

Hier, il était question de dévolution du pouvoir en Afrique «par héritage», après les exemples du Congolais Joseph Kabila, du Togolais Faure Gnassingbé et du Gabonais Ali Bongo, devenus présidents de la République aux places de leurs défunts pères morts dans les charpentes dorées des palais présidentiels. Ainsi, le slogan était: «Tu seras président, mon fils!».

Pour ce faire, des présidents encore en vie ont rêvé que leur fils leur succède. C’est le cas des présidents Abdoulaye Wade du Sénégal (avec son fils Karim Wade), de Teodoro Obiang Nguema Mbasogo de la Guinée Equatoriale (avec son fils Teodorin Obiang), de Paul Biya du Cameroun (avec son fils Franck Biya), etc.

Là où les descendants directs n’étaient pas en âge ou en situation de prendre le «témoin» politique, un autre membre de la famille était désigné pour assurer la succession. C’est ainsi que le président Compaoré du Burkina Faso avait tenté de favoriser discrètement son frère cadet François Compaoré d’ailleurs surnommé, petit président.

Contaminés par cette maladie de l’héritage, certains héritiers ou héritières de la nouvelle génération ont voulu emboîter le pas à leurs aînés. Ainsi lorgnent-ils le fauteuil paternel avec une appétence pour l’exercice du pouvoir, officieusement assumée ou prêtée.

La tentative d’usurpation du pouvoir d’Etat, de mari président à épouse première dame, avortée du Zimbabwe est venue enrichir ces ambitions familiales qui assassinent çà et là le processus démocratique en marche. En effet, de secrétaire à la première dame en passant par le rôle bien assumé de maîtresse du président, Grâce Mugabe pensait, sans vergogne, accéder au pouvoir par héritage marital. Finalement, la haute hiérarchie militaire a empêché cette ‘’transmission sexuelle’’.

Père et fils Bongo

En effet, les ambitions démesurées de «disgraceful» se sont effondrées par le coup de force militaire qui l’a même obligé à prendre la poudre d’escampette et à s’installer en Namibie depuis le 14 novembre dernier.

Certes, le pouvoir de père en fils et l’héritage sont des mécanismes presque aussi vieux que l’humanité. Le clan, la filiation, la transmission font partie de nos gènes. Mais cela ne doit être valable que dans le monde de l’argent et du business car là-bas, la propriété privée règle la question. Dans la sphère publique et celle du pouvoir d’État en particulier, on entre en zone trouble. Officiellement, le pouvoir n’appartient à personne, ou, pour être plus précis, il appartient aux citoyens, au peuple.

Qui plus est, en Afrique, où la question démocratique et les impératifs de gouvernance se posent avec une acuité particulière, le débat est essentiel. En effet, un «fils ou une fille de président» peut devenir président(e). Il n’est même pas normal qu’il en soit de facto exclu. Mais, dans ce cas, il doit le mériter et passer par les urnes et ce, dans un processus le plus transparent possible. Il doit être adoubé par les citoyens et non pas par un clan. Il doit agir en démocratie, et non pas en oligarchie, où le pouvoir se concentre entre les mains de quelques-uns. Au fond, les choses sont assez claires. Il n’y a pas de délit de patronyme ou de progéniture, il ne peut y avoir que des délits de mal-gouvernance, de détournement de démocratie.

En somme, l’Afrique n’étant plus celle de nos aînés, les méthodes archaïques et antidémocratiques doivent changer, ici et maintenant. Parce que y en marre.

Les Echos du Faso

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