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Les obligations spéciales de politesse et les causes de la mort dans la tradition moaga

Le langage et les concepts du savoir-vivre sous toutes ses formes sont autant de faits valorisés par les humanistes, les anthropologues et les comparatistes littéraires au fil des siècles. La «civilité» apparaît d’ailleurs chez Aristote, venant de «civilitas, civilis» (sociable, bienveillant, doux, poli) et exige la «grâce». C’est l’expression suprême d’un idéal à la fois politique, social, moral et esthétique représenté pour les Grecs par la notion de douceur. La politesse a servi de structure à la civilisation et à l’interculturel. La politesse, en tant qu’expression de la bienséance et du savoir-vivre, règle encore les pratiques d’interactions sociales et sert de structure aux multiples civilisations. Dans la société moaga et dans bien d’autres, la politesse a connu une histoire et se présente sous plusieurs formes en fonction des circonstances. Sa pratique dans divers domaines de la vie sociale est faite de formules précises.

Un Moaga. Ce sont eux qui nous ont tracé la voie.

La politesse vient du latin politus qui signifie uni, lisse, brillant. Elle regroupe un ensemble de comportements sociaux entre individus visant à exprimer la reconnaissance d’autrui et à être traité en tant que personne ayant des sentiments. Son objectif est de «concilier l’homme avec l’homme, en vue d’une communauté de langage et de vie».

Pour Montaigne «La politesse est une qualité plus rare et plus exquise, elle tient non seulement aux manières affichées, mais aussi à la finesse de l’intelligence et à la délicatesse de la cour, elle suppose la synthèse de la nature et de l’art, elle est une réussite qui a toujours un caractère individuel».

Dans la tradition moaga, il existe des obligations spéciales de politesse. En voici quelques-unes.

Les visites aux beaux-parents

Elles sont obligatoires lors d’un décès, le jour même ou après. Elles permettent d’exprimer à la belle-famille la compassion et la solidarité. La visite régulière aux beaux-parents permet d’entretenir la bonne entente. Souvent, certains ménages, hier comme aujourd’hui, sont en difficultés parce que le mari n’a plus rendu visite à ses beaux-parents depuis des années. Egalement, lors de funérailles ou «kuuré». Vous pouvez y aller personnellement ou vous faire représenter. Ce sont des occasions rares de prouver que vous chantez la même chanson et que les liens sont indéfectibles. Lors de ces événements traditionnels, toutes les filles du buudu (famille) doivent être présentes. La fille aînée doit d’ailleurs coutumièrement donner la chèvre à immoler.

Lors d’un malheur ou d’un incendie, il est recommandé d’aller saluer l’infortuné «né toogho» en apportant une natte, un dag-noré,…

Malheureusement, ces réflexes combien utiles sont en train de disparaître avec le modernisme. Il est des gens qui pensent qu’il suffit de faire étalage de leur richesse pour avoir la considération sociale. Oui, l’argent peut attirer les gens vers vous, mais pas le sincère respect. La politesse, elle, est une forme de diplomatie qui peut vous ouvrir les portes inimaginables.

Les causes de la mort chez les Moosé

La mort n’est jamais le fait du hasard: «né d pa kiid zaalem yé».

Il y a d’abord la mort naturelle, celle voulue par Dieu et qui se produit au temps fixé: «Wênnam sê kurga sob winri, a ta daré». C’est, par exemple, la mort des vieux et des vieilles. Ils sont au bout de leur voyage. Leur mort est normale. S’ils ont des enfants et des richesses, ils quittent la terre en paix et avec joie. Ces sentiments sont partagés par ceux qui restent. Ces vieux laissent quelquefois entendre qu’ils connaissent le jour de leur mort: «Mam pa nâ ki dunna yé. M kum daaré nâ pa ta yé, m nâ ki kazsé wakato …»

Dans bien des cas, les causes de la mort peuvent être:

Des fautes graves: Dieu lui-même ou les mânes châtient le coupable, et à cette fin utilisent surtout la foudre ou saaga: «a tum béda nyinga, Wênnam kurga winri». Ou encore: «kamba sê kida dunna wusghâ nyinga, ya b tum tum di, sê pa soma nyinga».

Ou le fait des sôba ou mangeurs d’âmes: «eb nyokda nior kwégha soba».

Ou le fait des timdâmba ou empoisonneurs qui tuent pour se venger ou même par pure méchanceté.

Ou le fait des kimkirsi qui cherchent à retrouver un ancien camarade. Il est souvent dit à cet sujet: le sorcier avait prévenu cet enfant de s’abstenir d’aller au marché ou à une fête quelconque; car ses anciens camarades kimkirsi le cherchent partout. Au lieu de réunion, il sera découvert et il mourra. Ainsi: «a kinkir taba n wa m pègha».

Il faut souligner que la mort des jeunes est toujours considérée comme anormale. C’est pourquoi après leur mort, on consulte souvent le sorcier afin d’en connaître la cause.

Toutes ces informations permettent de connaître nos traditions et de comprendre certains comportements sociaux. Sinon nous sommes déconnectés des réalités. Et quand le réseau ne marche pas, la communication ne passe pas, avec toutes les conséquences qui en découlent.

Résumé d’un recueil du Centre d’Etude de Langue Mooré de Gilongou, 1975

Théophile MONE

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