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Oui à l’indignation contre l’esclavage en Libye, non à une chasse aux sorcières

La découverte des images diffusées sur CNN montrant une vente d’esclaves en Libye a horrifié le monde entier. Cette actualité a profondément blessé les Africains et ravivé des douleurs issues des profondeurs de leur Histoire: l’esclavage du 16 siècle.

Ce crime contre l’Humanité se déroule malheureusement depuis plusieurs années dans le pays de Kadhafi. Des êtres humains y sont battus parfois jusqu’à la mort, rançonnés, violés, séquestrés, affamés et réduits en esclavage.

Au-delà des déclarations, l’urgence est bien celle de mettre fin à cette ignominie et de traduire en justice tous les criminels et leur réseau qui ont posé ces actes d’un autre âge.

Ce commerce abject de migrants mérite que la communauté internationale agisse vigoureusement pour marquer les esprits et l’histoire. Ce qui ne signifie pas une chasse aux sorcières, l’incrimination de tous les Libyens et l’appel à la violence. Il ne serait pas juste et bon de vouloir dénoncer des actes qui font outrage à la conscience humaine en se rendant coupable de comportements condamnables. La loi de Talion n’est pas la solution.

Un Lybien tabassé par des jeunes camerounais

Loin de nous l’idée de justifier ce qui se passe en Libye. Les images et les photos publiées sur les réseaux sociaux sont insupportables. C’est une honte pour notre humanité. Malheureusement, la pratique de l’esclavage ne se limite pas à ce pays. La vidéo diffusée par CNN n’a fait qu’éveiller les consciences sur une pratique que l’on croyait révolue. Mais, hélas, la Libye vient de nous montrer que le phénomène est encore bien vivace dans le monde entier. D’ailleurs, selon une étude réalisée conjointement par l’Organisation internationale du Travail (OIT) et la Walk Free Foundation, en partenariat avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 45 millions de personnes dans le monde étaient victimes d’esclavage moderne en 2016.

La seule différence des pratiques en Libye avec ce qui se passe dans le reste du monde est que la réalité de la Libye a été mise à nue par une journaliste à un moment où l’on s’y attendait le moins. Même si les ONG en avait parlé, nombreux étaient les Africains et même les dirigeants de nos pays qui ne croyaient pas à une pratique aussi ouverte de l’esclavage au 21ème siècle. Après la diffusion de la vidéo de CNN, les réactions se sont amplifiées par le biais des réseaux sociaux. Au-delà des images indéniables, les organisations de la société civile ont contribué à exacerber la colère des Africains par leurs réactions promptes et énergiques qui incitent pratiquement à la révolte et à l’insurrection.

C’est le cas de l’artiste ivoirien Alpha Blondy qui a publié une vidéo sur sa page Facebook invitant les Africains à assiéger les ambassades libyennes dans leurs pays respectifs. «Je demande à tous les Africains et à toutes les personnes qui ont été choquées par cet acte qui constitue un crime contre l’humanité d’assiéger toutes les ambassades libyennes (…) jusqu’à la libération totale de tous les captifs en territoire libyen», a-t-il lancé avant d’indiquer que ce cri de cœur n’est pas un appel à la violence. Mais au moment où l’incivisme fait des ravages sur le continent, et qu’il s’agit de l’image du Noir qui est écornée, un tel appel peut vite être compris comme une invitation à la violence et à la vengeance.

Par ailleurs, dans cette affaire ignoble, il y en a qui vont jusqu’à mélanger l’islam à toute cette bêtise humaine. Cet amalgame doit être évité car la religion n’a rien à y voir. Il s’agit simplement de personnes criminelles qui se trouvent être en Libye, pays musulman. Mais tous les Libyens ne sont pas des criminels.

Aujourd’hui, les initiatives foisonnent quant aux solutions à déployer pour dénoncer et mettre fin à cette pratique. Il faut s’en féliciter. Mais il faut bannir la vengeance des solutions proposées. Car la vengeance est une expression de la colère qu’on ressent. Ce qui se comprend aisément dans la situation actuelle marquée par la vente des migrants. Mais la vengeance n’est pas la solution à ce grave problème puisqu’elle ne le répare pas; elle ne fait que l’envenimer. Pour faire cesser la douleur et la colère qui nous hantent en ce moment, il faut d’abord renoncer à les propager chez autrui. En fait, la meilleure «vengeance» contre ce mal, c’est de le surmonter et de l’empêcher de se reproduire.

Pour ce faire, le Libyen tabassé au Cameroun par des jeunes est un acte regrettable, inutile et gratuit. Cette loi du Talion nous rabaisse au niveau de ceux qui ont osé vendre nos frères et sœurs aux enchères. De part et d’autre, plus jamais ça.

Théophile MONE

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