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Palu dengue: «Il faut éviter l’automédication», dixit Dr Bergès

La dengue est une maladie virale qui  se transmet par des moustiques «tigres» qui piquent le matin jusqu’à 16h. Elle a ressurgi au Burkina il y a environ deux ans de cela. Cette année encore, la dengue fait parler d’elle. Comment se fait le diagnostic? La prise en charge? Et quelles sont les précautions à prendre? Pour répondre à ces interrogations, nous avons échangé avec le Docteur Bergès née Y Gloria Damoaliga, médecin généraliste et chef de service des urgences et de la médecine générale Centre médical protestant Schiphra.

Docteur Bergès née Y. Gloria Damoaliga

Les Echos du Faso (LEF): Comment se manifeste la dengue?

Dr Bergès (Dr B): La dengue présente des signes impressionnants comme le paludisme mais un peu plus exacerbés comme les céphalées, les vomissements, les douleurs retro orbitaires qui, d’emblée, sont anodins sur un sujet normal, mais qui peuvent devenir assez graves chez certains sujets fragiles comme les drépanocytaires, les diabétiques, les femmes enceintes, les enfants et mêmes les personnes âgées.

LEF: Comment se fait le diagnostic?

Dr B: Nous avons des tests rapides pour poser le diagnostic. Mais le virus de la dengue est classé en quatre sérotypes. Pour établir de quel stérotype il s’agit, il faut encore des examens plus poussés au laboratoire. Mais les tests rapides nous permettent déjà de poser un diagnostic et des examens complémentaires nous permettent d’évaluer sa gravité, afin de pouvoir orienter le traitement.

LEF: Le test est-il accessible au citoyen lambda?

Dr B: Il est en moyenne autour de 9 000, 10 000 francs CFA. Dans certains endroits, il est subventionné et dans d’autres c’est gratuit. Mais 10 000 francs ne sont pas forcément accessibles par le commun des Burkinabè, néanmoins il est disponible.

LEF: Combien de consultations avez-vous par jour?

Dr B: C’est assez difficile à évaluer parce que les portes d’entrées à Schiphra pour la dengue sont plusieurs. Il y a la consultation pédiatrique, il y a les femmes enceintes, les urgences, la médecine générale et partout on pose le diagnostic. Mais depuis mi-août où il y a eu les premiers cas jusqu’à présent, on peut estimer à environ 800 cas suspects et environ 300 cas probables. Nous en avons hospitalisé environ 150 cas de dengue dont la plupart présentait des formes simples.

LEF: Est-ce que vous avez enregistré des cas de décès?

Dr B: Malheureusement, on a eu quelques cas de décès, mais c’était surtout chez les drépanocytaires qui ignoraient leur tableau. Si bien que le manque de suivi associé à la situation de dengue entrainait une complication du tableau. Et même en milieu de réanimation, cela ne se passe pas toujours très bien.

LEF: Comment se fait la prise en charge?

Dr B: Il n’y a pas de traitement spécifique de la dengue. C’est juste l’organisme qu’on accompagne le temps qu’il développe ses anticorps pour lutter contre la maladie. On rassure d’abord au maximum le malade car dengue ne signifie pas automatiquement danger de mort. Le traitement est symptomatique avec les antidouleurs, les anti-vomitifs et l’hydratation. La surveillance biologique aide surtout à éviter ou prévenir les complications.

LEF: Quels sont les médicaments à éviter quand on a la dengue?

Dr B: Les anti-inflammatoire non stéroïdés sont contre-indiqués. Dès qu’on a la dengue, il faut toujours avoir un avis médical afin de la classifier pour une meilleure prise en charge et surveiller. Il faut également éviter les médicaments de la rue dont on ignore la composition. Il y a aussi cette tendance à la phytothérapie, mais au jour d’aujourd’hui aucun traitement de phytothérapie contre la dengue n’a été homologué au Burkina à notre connaissance. Si vous prenez n’importe quelle feuille qui complique une fonction rénale ou une fonction hépatite, il sera difficile aux praticiens par la suite de mettre un quelconque traitement pour soulager. Le paracétamol est la molécule utilisée pour les douleurs, mais il ne faut pas en abuser car il peut entrainer une hépatotoxicité.

LEF: Avez-vous un appel à lancer à l’endroit des populations?

Dr B: Je tiens à rassurer tout un chacun sur le fait que avoir la dengue n’est pas une fin de soi. Certes, c’est une pathologie que l’on ne connaissait pas très bien jusque-là dans nos contrées. Mais il faut se rassurer et surtout se faire accompagner par les agents de santé quand on a un diagnostic positif à la dengue et éviter l’automédication.

Entretien réalisé par Madina Bélemviré

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