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Paul Kagamé: un président à craindre ou à aimer?

Ancien guérillero de 59 ans, grand comme un jour sans fin, au dos voûté, il dirige le Rwanda d’une main de fer depuis 1994, après avoir réussi à mettre fin au génocide. Manager (celui qui permet), leader (celui qui conçoit) et chef (celui qui fait faire), le président Paul Kagamé est à la fois admiré, vénéré et perçu comme un despote inflexible. Alors que les uns le décrivent comme l’archétype du dictateur moderne, les autres le ventent comme un président travailleur et louent le développement d’un pays exsangue au sortir du génocide – environ 800.000 morts, essentiellement parmi la minorité tutsi dont il est issu – grâce à des programmes axés sur les services, les nouvelles technologies et la modernisation de l’agriculture, et dont l’économie croît désormais de 7% par an en moyenne.

A la faveur d’une réforme de la Constitution plébiscitée par référendum en décembre 2015, il pourrait désormais diriger le Rwanda jusqu’en 2034. D’ailleurs, comme en 2003 (95%) et 2010 (93%), M. Kagamé vient de remporter l’élection présidentielle avec 98% des suffrages. Preuve qu’il bénéficie du large soutien de son peuple. Sauf que’«au pays des mille collines, ceux qui ont été trop verbaux dans leurs critiques ont fini bien souvent en prison ou en exil. Les opposants sont réduits au silence et ceux qui sont autorisés à participer aux élections ne servent que de façade démocratique», selon les observateurs. Le dilemme est donc évident: faut-il aimer Kagamé pour ce qu’il fait (développement) ou le haïr pour ce qu’il est (un tyran)?

Paul Kagamé, le président du Rwanda
En militaire, il dirige son pays avec une main de fer

Appelé «boss» par ses collaborateurs ou qualifié de «dirigeant visionnaire» par certains de ses amis comme l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, le président Kagamé est un autoritaire qui s’assume. D’ailleurs, imperturbable, il n’a cessé de dénoncer l’arrogance de l’Occident. «Un dirigeant fort n’est pas nécessairement un mauvais dirigeant, je ne sais pas où nous serions aujourd’hui si un dirigeant faible avait pris la tête du pays» après le génocide, avait-t-il balayé les critiques à son égard en 2016. Il reste que celui qui dirige le Rwanda avec dureté oppose régulièrement son bilan économique aux critiques dénonçant les atteintes aux droits de l’Homme. Ainsi l’on est partagé entre Paul Kagamé président du développement et l’homme politique qui réprime copieusement ses opposants.

Pour l’instant, que ce soit pendant les élections ou face aux critiques acerbes de l’Occident et des États-Unis d’Amérique, Paul Kagamé domine les débats et s’impose comme le dirigeant idéal du Rwanda pré génocide qui lutte contre le chômage et la pauvreté et qui tente d’éviter un cycle infernal de violences et d’insécurité au pays des mille collines.

Son physique est flatteur. Svelte, Kagamé est pourtant un homme de poigne

Même si ses dérives autocratiques sont réelles, le modèle de développement actuel du Rwanda axé sur la santé, l’éducation, les infrastructures et l’agriculture, plaide en sa faveur.

En outre, l’argument du développement économique comme parade à toutes les critiques sur les atteintes aux libertés tiendra aussi longtemps que la culpabilité de la communauté internationale face au génocide restera vivace comme une tache indélébile.

D’ailleurs, malin qu’il est, M. Kagamé le rappelle sans cesse aux Occidentaux: «Où étiez-vous en 1994?»

Pragmatique, Paul Kagamé reste un modèle pour les présidents africains. Pour qui la méfiance a depuis cédé la place à la fascination et dans les palais présidentiels du continent, le président rwandais, dont la réélection le 4 août 2017 ne faisait aucun doute, est désormais une référence. Pas en termes de répressions politiques, mais en termes de transparence, de discipline, de renforcement du secteur privé, de développement économique et social. Aimé ou craint, Paul Kagamé reste un chef. Et le chef mérite le respect.

Théophile MONE

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