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Plaidoyer pour une école qui responsabilise!

Autrefois dans la société traditionnelle, nos parents nous formaient sur le tas certes, mais ils avaient la sagesse de développer en nous, par leur pédagogie, une intelligence pratique qui nous permettait de nous confronter au réel dans sa globalité. Toute chose qui nous amenait à participer à l’élaboration d’une société plus juste, désirable et disciplinée. Aujourd’hui, malheureusement, l’école moderne, en plus d’être un système qui classe et divise, confine les jeunes à l’acquisition de «compétences» à court terme ou d’un diplôme à long terme. Elle ne promeut pas une éducation qui permette aux élèves de s’émanciper vraiment. C’est-à-dire, de mieux comprendre le monde dans lequel ils évoluent pour pouvoir le transformer, de sortir des schémas de pensée préétablis, pour trouver leur place dans un groupe, pour faire des choix judicieux et pour agir avec responsabilité.

L’école devrait permettre aux jeunes d’avoir les moyens de se confronter au réel dans sa globalité pour participer à l’élaboration d’une société de valeurs

L’heure de la rentrée officielle des classes va bientôt sonner. Les vacances presque terminées, les débats autour de l’école reprennent. Et parmi les multiples sujets en débat, nombreux sont ceux qui s’accordent sur un point: l’école a pour mission d’émanciper, de responsabiliser. Mais que recouvre ce terme invoqué de toutes parts?

Pour certains, une personne émancipée est une personne indépendante financièrement, formée à intégrer le marché de l’emploi, afin de participer au fonctionnement de la société. Pour d’autres, l’émancipation se définit essentiellement par la capacité à exercer son esprit critique, et à se rendre solidaire de projets pour des changements de société. Comme on le voit, ce terme, par ses multiples sens, peut recouvrir des logiques différentes voire contradictoires. Mais de quelle «émancipation» l’école devrait-elle davantage se montrer porteuse?

Un système qui classe et divise

Nous constatons que les structures et les modes d’organisation de l’école d’aujourd’hui tendent essentiellement à préparer les jeunes au mode de fonctionnement du travail. En attestent les logiques d’évaluation, de classement, de redoublement et d’orientation. En plus de reproduire les inégalités sociales, notre système continue à diviser, classer et former en vue de l’intégration future des individus dans le monde professionnel.

Dans ce contexte institutionnel, les connaissances tendent à être réduites à des procédures ou à de simples instruments en vue de l’acquisition de «compétences» à court terme ou d’un diplôme à long terme. Ce mode d’organisation, quelles que soient les stratégies de résistance mises en place par bon nombre de professeurs, incite davantage à la formation d’élèves «compétents» par rapport aux exigences du monde professionnel qu’à une éducation globale qui permettrait réellement aux élèves d’être émancipés.

L’indispensable mue

Aujourd’hui, l’école gagnerait beaucoup à s’émanciper en ayant pour missions principales la capacité à permettre à tous, surtout aux personnes adultes, de comprendre le monde dans lequel ils évoluent pour pouvoir le transformer.

Dans le même ordre d’idées, outre une préparation au monde professionnel dont on ne peut bien sûr pas faire abstraction, l’école devrait permettre aux jeunes d’avoir les moyens de se confronter au réel dans sa globalité pour participer à l’élaboration d’une société plus juste, désirable et respectueuse des valeurs.

Aujourd’hui, l’individualisation de plus en plus marquée dans notre société rend de plus en plus difficile la démarche de transformation collective. Dans ce contexte, il est indispensable de redonner à cette mission de l’école la place centrale qu’elle aurait toujours dû avoir.

Ce qui est en jeu, c’est la résistance à une organisation sociale qui freine, globalement, la capacité critique et émancipatrice des futurs citoyens. Plus encore qu’un cours de «philosophie et citoyenneté», c’est un changement de la vie scolaire qui est indispensable pour former les citoyens qui imagineront et feront le monde de demain!

Les défis de notre société sont colossaux: inégalités sociales croissantes, incivisme, montée inquiétante des discours identitaires, etc. C’est grâce à une école qui apprend à coopérer et qui libère le potentiel créatif de notre jeunesse que notre génération d’êtres humains sera à la hauteur des enjeux inédits de notre époque. Il s’agit de mobiliser l’action citoyenne et de développer la capacité d’imaginer, de se projeter dans de nouvelles manières d’organiser la vie en société car, comme le soulignait avec justesse Albert Einstein, «on ne résout pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont engendrés».

Théophile MONE

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