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Pô et Pau: deux villes qui écriront la même histoire pour le Faso?

Macron et ses pairs du G5 Sahel

Le 4 août 1983, les éléments du Centre national d’entrainement commando (Cnec) basé à Pô (Burkina Faso), dirigé par le capitaine Blaise Compaoré (qui a effectué sa formation de parachutiste-commando à Pau-France), ont fait une descente sur Ouagadougou la capitale pour renverser le pouvoir du régime du Conseil de salut du peuple (CSP) dirigé par le médecin-commandant Jean-Baptiste Ouédraogo. Ils ont procédé à la libération du capitaine Thomas Sankara, Premier ministre du président Ouédraogo, arrêté et emprisonné le 17 mai de la même année. Le capitaine Sankara a été porté à la tête du nouvel organe dirigeant, le Conseil national de la révolution (CNR) ainsi créé. Avec l’ensemble des forces de défense et de sécurité, des forces paramilitaires et des forces vives de la Nation regroupées au sein du CNR, la Révolution démocratique et populaire (RDP) allait être proclamée en Haute-Volta. C’est ce même CNR qui allait procéder, le 4 août 1984, au changement du nom du pays, de son drapeau, de son hymne national et tout ce qui va avec cette nouvelle vision de l’avenir du pays et du Burkinabè.

Cette période de la RDP, sous la conduite du CNR et de son président Sankara, allait marquer un tournant qualitatif dans la vie du pays. Nul n’est besoin de revenir sur ces moments de l’histoire du pays car c’est à ce moment même qu’il est rentré dans l’histoire des nations.

Compter sur ses propres forces, produire ce que l’on consomme et consommer ce que l’on produit, telle a été la politique que ce CNR a menée sous la présidence du capitaine Sankara.

Lors du deuxième conflit frontalier qui l’a opposé à son voisin malien en décembre 85, le CNR avait sonné la guerre populaire généralisée qui a mobilisé toutes les forces vives de la Nation regroupées au sein des Comités de défense de la révolution (CDR).

Aujourd’hui, la situation se représente sous une autre forme: désormais, c’est la menace de groupes djihadistes et terroristes. Tout a commencé au Mali en 2011 et la France a dû intervenir pour éviter que les groupes djihadistes prennent la capitale Bamako. La menace s’est aujourd’hui étendue à tous les pays du Sahel (Mauritanie, Tchad, Mali, Niger, Burkina). Pour sa part, le Burkina fait face à des groupes terroristes qui lui livrent une guerre asymétrique. L’ennemi est invisible.

C’est dans ce contexte que des voix s’élèvent de plus en plus pour dénoncer une dualité certaine de la France qui, tout en se battant aux côtés des soldats de la sous-région, ne voudrait pas venir à bout des forces djihadistes et terroristes et mettre fin à la guerre. Des voix, et pas des moindres, clament même que la France se bat pour défendre ses propres intérêts et exploiter les ressources naturelles des pays en insécurité. Pour en rajouter à cette situation délétère qui envenime les relations entre l’ancienne métropole et ses anciennes colonies, une quinzaine de soldats français ont été tués au moment où ils livraient une chasse à des groupes terroristes au Mali. Emoi dans l’Hexagone où là-bas, également, des voix tonnent pour demander à la France de reconsidérer la présence de ses soldats au Sahel.

Entre donc le marteau de ses compatriotes et l’enclume de certains citoyens sahéliens, le président français est déchiqueté. Pour se sortir d’affaire, il s’est tourné vers les dirigeants des pays du Sahel (plus simple et facile à faire) pour leur refiler la patate chaude: voulez-vous des troupes françaises pour combattre à vos côtés? Si oui, faites-en la demande noir sur blanc et assumez. Si non…

C’est ce que le président français Emmanuel Macron a annoncé hier soir lorsqu’il dit qu’il va ou a invité ses homologues des pays du G5 Sahel le 16 décembre courant à Pau (Pô de France) pour clarifier cette situation. Pendant que je vous lave le dos, ne laissez pas vos concitoyens me taper sur le dos, veut dire en substance le Macroni (petit Macron en langue bambara, une langue largement partagée au Sahel). Que va répondre Roch Marc Christian Kaboré, le président du Faso, à Emmanuel Macron, le président de la République française?

Comme Maurice Yaméogo, le premier président voltaïque, va-t-il renoncer à la présence de troupes françaises sur notre sol? Comme Sankara, va-t-il répondre que nous préférons compter sur nos propres forces et rejeter l’aide des troupes françaises dans le combat contre le terrorisme? Le Burkina Faso peut-il compter de nos jours sur ses propres forces? Pô et Pau vont-elles écrire la même histoire (compter sur ses propres forces) pour le Faso? Là est toute la question.

Atiga Kassiro

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