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Poètes et écrivains maudits d’hier et d’aujourd’hui

Peut-on tout dire ou tout écrire? Eh bien au nom des bonnes mœurs et de la morale, par le passé, les écrivains qui avaient des vies dissolues étaient jugés, condamnés et rejetés par la société. Certains écrits supposés sulfureux étaient interdits. Il faillait bien protéger les populations des auteurs d’œuvres qui n’avaient pas une vie exemplaire et dont les ouvrages pouvaient contaminer les lecteurs. En fait, hier comme aujourd’hui, chaque époque crée ses écrivains maudits avec ses critères propres. L’attaque de Charlie Hebdo en France est la preuve qu’il existe encore aujourd’hui une forme de bannissement pernicieuse de l’écrivain au nom de la Fatwa ou de l’appel au meurtre.

Charles Baudelaire, poète français, père spirituel des poètes maudits

C’est Paul Verlaine, poète de la mélancolie qui appela «Poètes maudits» toute une génération d’écrivains de la fin du 19ème siècle qui se reconnaissent un père spirituel: Charles Baudelaire. L’expression «poète maudit» ayant fait florès, elle peut aujourd’hui qualifier d’autres auteurs que les amis de Verlaine.

Elle désigne en général un poète qui, incompris dès sa jeunesse, rejette les valeurs de la société, se conduit de manière provocante, dangereuse, asociale ou autodestructrice (en particulier avec la consommation d’alcool et de drogues), rédige des textes d’une lecture difficile et, en général, meurt avant que son génie ne soit reconnu à sa juste valeur. Ont ainsi pu recevoir ce qualificatif Verlaine lui-même, mais aussi des auteurs comme Charles Baudelaire, Gérard de Nerval, Emile Nelligan, John Keats, Gustave Flaubert, Eugène Sue …

Gérard Labrunie dit Gérard de Nerval, écrivain français

L’exemple de Baudelaire

Au XIXe siècle, un monde nouveau envahit le champ littéraire, certains motifs se hissant pour la première fois au rang de sujets dignes d’intérêt. En 1857, Baudelaire publie Les Fleurs du mal. Le recueil de poèmes connait un accueil mitigé. La presse se déchaîne pour en dénoncer l’immoralité. Le Figaro, en pointant du doigt les pièces les plus condamnables de l’ouvrage, parle de «monstruosités», si bien que le Parquet ordonne la saisie des exemplaires. Baudelaire et ses éditeurs sont poursuivis. A l’issue du procès, qui n’a duré que quelques heures, Baudelaire et ses éditeurs sont condamnés pour «outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs». Baudelaire n’a été «réhabilité» qu’en… 1949. C’est ainsi que le 31 mai 1949 la chambre criminelle de la cour de Cassation rendit un arrêt d’annulation du jugement de 1857, considérant que les poèmes «ne renferment aucun terme obscène ou même grossier». Depuis, les six poèmes censurés peuvent être légalement publiés.

Encore aujourd’hui, même s’ils ne risquent la peine de Baudelaire, des écrivains sont victimes des ciseaux d’Anastasie au-delà des nouvelles formes de censure portées par le marché. Notre monde moderne n’est-il pas en effet commercial de marketing?

Emile Nelligan, poète québécois

La condamnation des auteurs maudits d’hier, quand bien même ils sont, pour la plupart, des icônes posthumes, interpelle les écrivains d’aujourd’hui à une certaine autocensure. Car au nom de la liberté d’expression – qui s’apparente en vérité à la responsabilité -, l’on ne saurait bafouer la morale et les valeurs d’une époque donnée. Tout ne peut pas se dire et s’écrire par exemple, sur la foi des gens, leurs convictions, leur raison de vivre. Un monde sans respect des valeurs et des autres, sans repères, est voué à la perdition et à la décadence.

C’est pourquoi, les poètes et écrivains du 21e siècle devraient se souvenir que c’est de ceux du Siècle des Lumières que procède la Révolution française. Ainsi donc, les écrivains, comme le couteau qui tranche le lien et qui libère, influencent énormément la marche du monde et donnent sens  à la vie. Cependant le même couteau aussi peut ôter la vie. Et à ce propos,  Mein Kampf en est un exemple.

L’écriture-lecture n’est donc pas toujours libération, émancipation. Il faut, pour qu’elle le soit, un auteur faisant œuvre honnête et surtout un lecteur sagace et à l’esprit critique. Ce qui n’est pas courant à l’heure des Réseaux sociaux où la morale fout le camp. Écrivains ou lecteurs, évitons donc d’être tous maudits.

Théophile MONE

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