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La poutre qui vicie notre regard!

Les nouveaux moyens de communication que sont Internet avec sa cohorte de téléphones portables, i-phones et autres filmant et traquant inlassablement nos politiques pour laisser entrevoir des failles éclairantes qui accouchent de biens dérangeantes réalités démontrent qu’il y a loin entre l’image lisse qu’ils veulent afficher et la réalité.

D’ailleurs, dans le monde entier, la plupart des gens ne font plus confiance aux hommes politiques. Les scandales, les complots et la corruption sont monnaie courante dans tous les pays et dans tous les partis: d’où la méfiance même des partisans envers la majorité des politiciens. Beaucoup de gens pensent que la politique engendre nécessairement la corruption (un dicton bien connu dit que «Le pouvoir corrompt»). Alors, il n’est pas étonnant que les gens se méfient non seulement des politiciens mais aussi de la politique elle-même. Ceux qui sont dégoûtés de la duplicité des politiciens recherchent des politiciens dignes de confiance. Lorsqu’ils en trouvent, ceux-là aussi les déçoivent tôt ou tard. Alors, l’on finit par se convaincre que tous les hommes politiques sont avant tout soucieux de leurs intérêts personnels et fort peu préoccupés par les problèmes qui rendent notre vie dure. Mais sans nous faire les avocats du «diable», sommes-nous vraiment mieux qu’eux? Pour une fois, allons à la rescousse de nos hommes politiques sans les disculper de quoi que ce soit.

Qu’aurions-nous fait, en toute sincérité si le suffrage universel nous hissait aux postes de responsabilités où les tentations sont grandes?

Le pouvoir, c’est comme une drogue. Ceux qui le prennent une fois, que ce soit au sein de l’Etat, d’une église, d’une municipalité, d’une école ou de la famille, ne peuvent plus s’en passer. De nombreux politiciens ont soif de pouvoir comme une fin en soi, et même ceux qui l’utilisent vraiment pour améliorer la société feront n’importe quoi pour l’obtenir. Or ce qui corrompt, ce n’est pas la politique, mais le pouvoir. C’est pourquoi le slogan «tête haute, mains propres» est difficile à appliquer par les politiciens. Cela est d’autant vrai que beaucoup de gens croient fermement que l’homme politique est synonyme d’hypocrisie, de duplicité et des conspirations les plus sordides.

Mais en vérité, les ministres ou les députés ne sont pas différents du reste des hommes. Et pour preuve et sans jeter l’anathème sur tout le monde, combien sont ceux qui, devant les pièces sonnantes et trébuchantes, restent droits comme des aiguilles? Quand l’occasion se présente, malgré l’intégrité dont on se réclame, combien de larrons ne se laissent pas tenter! Et qui donc, même en poste de responsabilité, ne calcule pas parfois son intérêt personnel?

Reconnaissons donc que la morale agonise au Faso, si elle n’est pas morte. La vraie question à se poser quand on veut critiquer ceux qui sont au pouvoir est de chercher à savoir le comportement que nous aurions si d’aventure, le suffrage universel nous hissait aux postes de responsabilités où les tentations sont grandes. Car il est effectivement des fonctions – pas seulement en politique, mais dans toutes les activités – où la disposition du pouvoir tend à faire croire qu’on forge soi-même ses règles morales, qu’on est le seul juge de ses actions et de ses choix.

En quelques cas de figure que ce soit, c’est la nature même de l’homme – de tous et de chacun – qui est en procès. Capable du meilleur et du pire. Champ ensemencé d’ivraie et de bon grain. En tout homme qui cherche la justice se trouve l’injustice. En tout homme qui cherche le bien commun, il y a la cherche de son propre bien. Allons! Assez de ces exigences pour les autres que nous se sommes même pas capables d’assumer pour notre propre compte. Assez de cette utilisation, pour des fins qui nous arrangent en ce que nous avons de moins bon, de ces sales «affaires» qui, au lieu de nous scandaliser sur le fond, sont une aubaine tactique qui nous remplit le cœur d’une joie perverse.

Attention, ce n’est pas là minimiser le mal quand le problème est réel: détournement de fonds publics, interférence entre fonction officielle et intérêts privés, … Mais c’est nous donner comme priorité de nous en prendre à la poutre qui vicie notre regard. Tout le monde est coupable en quelque sorte.

Théophile MONE

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