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Pratiques sadomasochistes: quand la douleur devient le meilleur aphrodisiaque

Dans les pratiques sadomaso, la douleur est source de plaisir pour ses adeptes. Elle est donc utilisée dans le cadre d’une relation sexuelle pour y parvenir. Comment? Pourquoi? Explications.

Mains d’un jeune homme attachées avec une corde. Symbole de l’oppression ou de la domination

C’est une pratique sexuelle qui utilise la douleur, la domination, ou encore l’humiliation, dans la recherche du plaisir. Sadomasochisme renvoie à deux termes: sadisme et masochisme. Le sadisme – terme développé à partir du nom du Marquis de Sade – consiste, pour une personne, à infliger des souffrances à l’objet de son désir en vue d’accéder au plaisir. Le masochisme à l’inverse, consiste à recevoir, et à avoir besoin, de cette souffrance pour atteindre ce même plaisir. Les partenaires vont donc établir une relation de dominant/dominé, où la mise en œuvre de violences verbales et de sévices corporels va leur procurer une satisfaction intense.

Mais dans cette pratique longtemps considérée comme déviante et répréhensible, il faut faire une distinction entre violence et agressivité. La violence est une pression que l’on exerce sur l’autre, une contrainte. Elle blesse et détruit. La violence n’entraîne pas d’excitation, parce qu’elle nie l’existence de l’autre, elle ne lui accorde pas de liberté. Mais les personnes adeptes de pratiques sadomasochistes encadrent, balisent, contrôlent leur violence qui, finalement, se résume à une agressivité consentante.

En effet, une certaine agressivité est naturellement liée à la sexualité. Faire l’amour est une manière de canaliser cette agressivité. C’est pour cela qu’un slogan tel que: «faites l’amour, pas la guerre», a connu un énorme succès en mai 1968. Car nous ressentons tous que l’amour est la plus belle manière d’utiliser notre agressivité.

Lorsque vous percevez que le désir de l’autre pour vous est violent, fort, puissant, cela décuple le vôtre. Quand vous vous sentez désiré(e) avec force, cela fait écho à votre désir. Et quand cette énergie violente en apparence fait partie du jeu amoureux, elle n’est jamais blessante, elle est respectueuse tout en étant extrêmement énergique. Cette explication permet de comprendre le sadomasochisme sans en faire l’apologie.

C’est ainsi que l’agressivité amoureuse peut aller pour certaines personnes, jusqu’à des jeux sadomasochistes qui sont acceptés parce que chacun respecte l’autre et sait très bien jusqu’où il peut aller.

Pourquoi une telle pratique? Bien souvent, il s’agit d’une curiosité pour rompre la monotonie, réaliser un fantasme, faire plaisir à son partenaire, expérimenter de nouvelles sensations, s’affirmer, se défouler…

Une douleur consentie par plaisir

Un jeu codé d’avance

Le sadomasochisme est encore fortement condamné par la société. La médecine porte elle aussi un regard plutôt méfiant sur ce type de pratiques, estimant que le sadisme relève d’une pathologie psychiatrique sévère. Toutefois, le risque d’avoir à faire à un réel sadique est rare, car les règles du jeu doivent être au départ bien définies par les partenaires. Il s’agit ici plus d’un comportement dominateur temporaire consenti, que d’un réel penchant pervers qui n’aurait pas de limites.

En effet, des limites doivent être fixées pour éviter les dérapages: certaines pratiques peuvent être dangereuses, car qui dit violence, dit blessures. Les partenaires auront donc établi un code qui, lorsque utilisé par la personne qui se soumet, commande l’arrêt immédiat et sans discussion de l’action en cours. La sécurité est ici une condition non négociable, de la même manière qu’il faut bien mesurer l’impact de ces pratiques sur l’équilibre psychologique de chacun, en particulier du dominé.

Une intimité encadrée par la loi

S’il paraît aujourd’hui indéniable que chacun mène sa vie sexuelle comme il l’entend, peut-on néanmoins tout se permettre sous prétexte que cela relève de notre intimité? Dans les pays européens, le sadomasochisme n’est pas interdit par la loi tant qu’il se pratique entre deux adultes consentants. Et c’est là que se situe la limite: même si le sadomaso repose sur une relation dominant/dominé, les sévices ne peuvent être infligés à l’autre sans son consentement. Sinon il s’agirait d’une agression caractérisée, et la victime serait en droit de porter plainte pour atteinte à son intégrité physique et/ou agression sexuelle.

Une expression de confiance mutuelle

Les violences et humiliations que les partenaires s’autorisent ne sont pas indissociables du lien affectif qui les unit. Au contraire. Les rituels sadomaso reposent avant tout sur la confiance mutuelle de chacun envers l’autre, c’est pourquoi le sadomasochisme se pratique le plus souvent dans le cadre d’une relation de couple stable. S’adonner au sadomasochisme se décide à deux, et comme toute pratique sexuelle, elle n’est pas indépendante des sentiments qui existent entre deux personnes.

Tout compte fait, des questions lancinantes demeurent: comment diable peuvent-ils aimer ça? Comment certains parviennent-ils à avoir du plaisir dans la douleur? Comment la douleur peut-elle devenir un meilleur aphrodisiaque?

Avant toute chose, comme dans toutes pratiques sexuelles, la dimension amoureuse est essentielle. Se retrouver sans préparation dans l’une ou l’autre des situations peut constituer un traumatisme. Le dialogue est nécessaire pour comprendre et ainsi choisir de rester ou non dans ce jeu érotique entre adultes consentants.

Selon les spécialistes, les pratiques sadomasochistes influenceraient l’irrigation du cerveau, et modifieraient par conséquent l’état de conscience de ceux qui s’y livrent. Une des raisons pour lesquelles ces activités peuvent être aussi extrêmes est qu’elles sont très efficaces dans la redistribution et la fluidité du sang dans le cerveau d’un être humain.

Ces raisons suffisent-elles pour se porter candidat (e) à la souffrance ou humilier autrui? Seuls les adeptes de cette pratique ainsi que les psychologues pourraient nous en dire plus. Comme quoi l’homme restera toujours un mystère entier. Ne dit-on pas que «Là où il y a l’homme, il y a l’hommerie»?

Théophile MONE

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