Présidentielle annulée au Kenya: le président Kenyatta avait tenté d’inféoder les magistrats - Les échos du Faso
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Présidentielle annulée au Kenya: le président Kenyatta avait tenté d’inféoder les magistrats

«Nous déclarons officiellement que l’élection du 8 août n’a pas été organisée en accord avec la Constitution et la loi, son résultat est invalide, nul et non avenu.» Cette annonce du verdict du chef de la Cour suprême, David Maraga, est à la fois historique, courageuse, surprenante et incroyable, tant, en Afrique on a l’habitude de se résigner aux décisions des hommes de lois habituellement inféodés au pouvoir en place. Et pourtant, le miracle c’est produit dans le pays, classé 29e nation la plus corrompue au monde par l’ONG Transparency International.

Les juges de la Cour suprême du Kenya

Déclaré vaincu le 11 août, l’opposant Raila Odinga a saisi la Cour suprême pour fraudes électorales. Et cette dernière vient de lui donner raison, déclarant que les élections du 8 août doivent être reprises dans deux mois.

En effet, cinq sur sept juges de cette Cour ont convergé sur le fait que «les présidentielles du 8 août n’ont pas été conduites en accord avec la Constitution kenyane», deux autres déclarent avoir des conclusions contraires. Naturellement, ces magistrats sont à encourager car ce n’est pas toujours évident que la Cour aille à l’encontre d’un président qui s’est déjà autoproclamé président. Surtout que dans tous les pays du monde, les juges sont nommés, même aux États-Unis, le président de la Cour suprême est nommé.

David Maraga, président de la Cour suprême du Kenya

Habituellement, ceux qui sont nommés – mais pas issus du suffrage universel – se sentent redevables de ceux qui les ont nommés, une sorte de reconnaissance sinon de gratitude. D’ailleurs, des journalistes avaient rapporté qu’au mois de mars dernier, en déplacement dans le comté de Nyamira dont est originaire le magistrat, le président avait rappelé à la population qu’il avait nommé à la tête de la plus haute institution judiciaire un des leurs. Et qu’ils devraient donc le remercier en votant pour lui. David Maraga avait alors publié un communiqué rappelant que la justice était indépendante, qu’il ne devait rien au président et que ce dernier n’avait aucunement le droit d’utiliser cette nomination à des fins politiques. Le président Kenyatta s’attendait donc à de bons et loyaux services de la part du président de la Cour suprême et de ses pairs. Le pouvoir a oublié que le juge prête serment. Et quand il le fait, c’est pour dire le droit, ce n’est pas pour faire l’affaire de celui qui l’a nommé.

Ainsi le mérite de ces magistrats kenyans est d’avoir agi en âme et conscience. C’est ce que l’on attend de tous ceux qui ont une haute responsabilité publique en Afrique comme ailleurs.

Leur mérite est d’avoir refusé d’être simplement la bouche de la loi, juste une autorité d’application soumise aux pouvoirs politiques légitimes issus du suffrage universel. Leur refus d’aliénation prouve que la justice peut être un «marqueur» de la démocratie. C’est bien cet espoir sinon cette victoire arrachée qui est célébrée partout dans le monde. La victoire de l’impartialité et de la vérité.

Théophile MONE

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