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Les présidents doivent-ils s’interdire la plaisanterie?

«Il est parti réparer la climatisation»: la plaisanterie du président français lors de son discours au Burkina Faso à propos de son homologue burkinabé Roch Marc Christian Kaboré a créé la polémique sur les réseaux sociaux. Elle n’a pas été bien appréciée par tous. A un étudiant qui cherchait à savoir si la climatisation de l’amphithéâtre allait profiter pendant longtemps aux élèves de l’université, le président français s’est lâché en ces termes: «Vous me parlez comme si j’étais encore une puissance coloniale! Mais moi je ne veux pas m’occuper de l’électricité dans les universités au Burkina Faso! C’est le travail du président!». La salle explose de rires et d’applaudissements.

Après avoir affiché un large sourire, le président Roch quitte la salle, à la surprise générale. «Du coup, il s’en va… Reste là!, plaisante le président français. Du coup, il est parti réparer la climatisation», ajoute-t-il, dans l’hilarité générale. Le président français en a même rajouté une couche, quelques minutes plus tard: «dès qu’il aura réparé la climatisation de l’amphithéâtre, il sortira de la zone franc, vous l’aurez compris». Dans sa décontraction, il ne s’est pas gêné d’appeler le président burkinabè par son prénom. Un ensemble de faits qui ont été qualifiés ça et là d’incident diplomatique. Attitude d’Emmanuel Macron que l’entourage du président du Faso a minimisé, y voyant «un non sujet». Les médias burkinabè n’y ont pas aussi vu de «l’insolence» et du «mépris» contrairement à l’opposition française. Du coup, le droit à la galéjade des présidents se pose. Peuvent-ils ou doivent-ils plaisanter?

Le président Emmanuel Macron

Les détracteurs estiment que le président français «aurait pu faire sa plaisanterie en présence du président du Faso». Qui plus est, tenir compte de l’âge et du fait qu’il s’agit d’un président de la république démocratiquement élu. «Roch n’est-il pas son aîné?». Aurait-il oublié qu’au Burkina Faso comme plus largement sur le continent africain, le respect des aînés est essentiel? Donc, même jeune, M. Macron devrait en tenir compte, lui qui vouvoie tous ses homologues européens et qui s’autorise à tutoyer le président du Faso.

En réponse dans une interview accordée à RFI, M. Macron a laissé entendre que loin de toute condescendance, «le tutoiement montre qu’ils s’entendent bien et exprime une proximité dans l’égalité».

Une caractéristique des présidents français

Emmanuel Macron n’est pas à sa première galéjade. Sa plaisanterie sur les petites embarcations utilisées par les migrants comoriens pour rallier Mayotte avait suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux. Cette saillie sur les des «kwassa-kwassa» comoriens avait valu à L’Élysée des « regrets » présidentiels. En effet, le service de communication de l’Élysée, avait indiqué que les propos du président étaient «une plaisanterie pas très heureuse» et «malvenue». «C’est une plaisanterie pas très heureuse sur un sujet grave, dont le président de la République a pleinement conscience (…) C’est complètement regrettable et malvenu».

Comme lui, ses prédécesseurs sont connus pour leurs humours ravageurs. EN effet, par le passé, le président François Hollande avait déclaré devant le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), sur le ton de la plaisanterie, que le ministre de l’Intérieur était rentré d’Algérie «sain et sauf». «C’est déjà beaucoup», avait-il  ajouté. Devant le tollé provoqué en Algérie, l’Elysée avait dû fait part de «ses sincères regrets pour l’interprétation (…) faite de ses propos». L’opposition  française avait, pour sa part, jugé cet épisode «consternant». Le même François Hollande avait plaisanté le jour même de la démission de Benoît XVI que «Nous devons laisser à l’Eglise catholique déterminer comment elle entend organiser cette succession. Nous ne présentons pas de candidat», avait-il alors déclaré. Certains catholiques y ont vu un manque de respect.

Les présidents américains ne manquent pas d’humours

L’humour est une pratique qui reste dans la lignée des prédécesseurs de Barack Obama qui était rompu à l’exercice du one-man show. De John Fitzgerald Kennedy à Ronald Reagan en passant par George Bush Senior, Bill Clinton et George W. Bush, tous sont connus pour leur sens de la répartie notamment envers les journalistes.

L’humour d’un président est toujours attaché à sa fonction

Les plaisanteries des présidents ne peuvent pas passer aussi facilement que celles du citoyen Lambda. Pour les uns, ce sont de simples traits d’humour; pour d’autres, des maladresses, voire des bourdes. N’étant pas n’importe qui, l’humour d’un président s’interprète sous plusieurs angles notamment politique, historique et diplomatique. Quand on un président s’exprime, on s’attend naturellement à ce qu’il dise tout avec sérieux. Il lui est interdit les petites-blagues car son humour peut être mal vu. N’est-il pas difficile de faire de l’humour sur des sujets plus ou moins graves? Dans tous les cas, les citoyens ne font pas toujours la différence entre humour et dérapage dans les discours des présidents. Ils prennent tout au sérieux.

Aussi, quand on représente un pays, l’on doit savoir se tenir et avoir du tact. Car toute plaisanterie a ses limites. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre les commentaires acerbes sur la plaisanterie d’Emmanuel Macron. Les propos de tout autre président, du fait de sa position, aurait été traités avec la même rigueur. Il leur revient de ne jamais oublier ce qu’ils représentent et ce qu’ils sont. Refréner leur inclination à la plaisanterie fait donc partie de leurs obligations diplomatiques.

Théophile MONE

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