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Primaire à droite en France: Fillon propulsé, Juppé distancé, Sarkozy envoyé à la retraite anticipée

De sept au départ à s’affronter dans la primaire historique de la droite et du centre, François Fillon s’est qualifié, et en tête, le dimanche 20 novembre 2016. En quinze jours, le député de Paris a démenti tous les pronostics. Il a créé la surprise en emportant largement le premier tour de ces élections, avec 44,2% des voix contre 28,5% en  faveur d’Alain Juppé, arrivé en deuxième position. Nicolas Sarkozy, lui, est arrivé troisième.

Alain Juppé, Nicolas Sarkozy et François Fillon respectivement 2è, 3è et 1er du premier tour des primaires à droite
Alain Juppé, Nicolas Sarkozy et François Fillon respectivement 2è, 3è et 1er du premier tour des primaires à droite

Sans être un devin, Fillon, qui n’a que 6 points à rechercher, semble déjà très favori pour le second tour prévu dimanche prochain. Conséquemment, sans un grand miracle dans une semaine, c’est déjà plié pour Juppé. D’ailleurs, dans ses propres rangs, comme dans le camp de François Fillon, certains imaginaient qu’au vu des résultats proclamés, Juppé allait jeter l’éponge. Mais il a «décidé de continuer le combat».

Encore une fois, les sondeurs se sont plantés royalement et le peuple a décidé souverainement contre leur chouchou et celui des média.

Ainsi donc, les résultats de la primaire à droite en France ont, comme ce fut le cas aux Etats-Unis il y a quelques semaines, défié tous les pronostics.  Fillon s’envole, Juppé s’effrite, Sarkozy s’efface. Une vérité des urnes qui échappe de plus en plus aux sondages les plus sophistiqués!

Le maire de Bordeaux, qui était donné en tête au premier tour dans quasiment toutes les études d’opinion depuis plus de deux ans, se trouve relégué dans la position de challenger. En effet, les «juppéistes» imaginaient un premier tour à l’issue duquel leur champion serait talonné par Nicolas Sarkozy; ils abordent le second tour avec un net retard sur François Fillon, un concurrent qu’ils pensaient rallier à leur cause.

La principale victime de ce duel entre les deux anciens Premiers ministres est Nicolas Sarkozy. Selon les résultats, il termine en troisième position avec 20,6 % des suffrages et 805.000 voix. Pour l’ancien président de la République, revenu en politique en 2014, une page se tourne. Il l’a avoué lui-même. «Je ne suis pas parvenu à convaincre une majorité d’électeurs», a-t-il regretté, avant d’expliquer qu’il votera, à titre personnel, pour François Fillon au second tour.

N’en déplaise à ceux qui pariaient sur un échec complet du processus ou sur une participation en demi-teinte, la première édition de la primaire de la droite et du centre est également un succès populaire. Ce résultat est très symbolique.  Au-delà de la forte participation des électeurs, il a créé une surprise qui exprime un vibrant désir de rupture des Français d’avec une certaine politique séduisante mais creuse, celle notamment de Nicolas Sarkozy. En outre, les électeurs ont ruiné les ambitions les plus aiguisées puisqu’ayant réussi à souffleter tous ces importuns qui se prennent pour des importants.  Les sondeurs ont encore une fois de plus mal sondé les votants versatiles et imprévisibles.

François Fillon, contrairement à Alain Juppé dont on ignore ce qu’il pense et Nicolas Sarkozy dont on ne comprend pas ce qu’il fait, s’est distingué tant par le ton que par le fond. Au moment où Fillon racontait pendant sa campagne une histoire que les Français voulaient entendre, Juppé et Sarkozy étaient trop occupés à s’entre-dévorer.  Fillon s’est bien gardé de s’immiscer dans leur querelle trop intellectuelle et totalement éloignée des préoccupations réelles des Français.

Sarkozy envoyé à la retraite forcée

Les jours de tiercé hippique, la place de troisième est honorable, mais pour une primaire présidentielle, c’est la place du mort. Nicolas Sarkozy ne pouvait envisager le pire. C’est arrivé. Fillon «l’a tué».

La question du financement libyen de la campagne de Sarkozy a négativement impacté les électeurs. En effet, en pleine campagne, Mediapart avait publié un témoignage l’accusant d’avoir reçu des valises pleines d’argent liquide en provenance du régime libyen de Mouammar Kadhafi pour financer sa campagne de 2007. Lors du dernier débat télévisé,  Sarkozy a escamoté une question y relative évoquant «l’indignité» du questionnement.  Il avait laissé apparaître une colère froide.  Les téléspectateurs  avaient vite compris le jeu de la dérobade et du refus d’assumer ses erreurs.

L’ancien chef de l’Etat n’a pas réussi, au cours de la campagne, à redorer une image largement ternie depuis sa défaite à la présidentielle de 2012. C’est une des raisons aussi de ce naufrage.

La défaite de Nicolas Sarkozy met un brutal coup d’arrêt à la carrière politique de l’ancien président de la République. L’on pensait qu’il allait tirer avantage de son statut d’ancien président de la République. Au contraire: déjà rejeté par une large frange de l’opinion depuis son passage à l’Elysée, il a dû subir les attaques de ses concurrents qui ont tous critiqué, à leur façon, son bilan.

Nicolas Sarkozy s’est souvent défendu avec panache, mais n’a pas pu convaincre qu’un retour aux affaires se solderait par de meilleurs résultats. Son retour en politique en 2014 n’aura rien changé.  Attaqué de toute part il n’a pas réussi à rassembler au-delà de sa base.

«Le poids des affaires a joué, injustement», a regretté Eric Woerth.  Désormais en retrait de fait de la vie politique, Nicolas Sarkozy a dit, dimanche soir, aspirer à une vie «avec plus de passion privée et moins de passion publique». Dans cette retraite forcée, même si son nom ne fera plus les gros titres des pages politiques, il pourrait encore faire les choux gras de la rubrique justice.

Les Echos du Faso

 

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