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Procès du putsch déjoué: le temps du sauve-qui-peut

Des accusés dans le dossier du putsch de 2015

L’objectif du putsch déjoué de 2015 était de mettre un coup d’arrêt à la Transition dirigée par le président Michel Kafando. Même si le  »Général » (Golf, Gilbert Diendéré) lui-même ne nie pas son implication dans cette tentative de prise du pouvoir par les armes, au début, il avait voulu faire croire à un coup monté par des sous-officiers de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) en colère, dont il aurait tout ignoré. Et pour «éviter un bain de sang, avait-il soutenu, il a fini par l’assumer». Plus tard, les cinq avocats dont les Burkinabè Mathieu Somé, Paul Kéré, Olivier Yelkouni, Bernard Guizot Takoré (Ivoirien) et Jean Yaovi Degli (Togolais) qui assurent sa défense décident de prouver que le Général se devait d’agir pour rétablir l’ordre et la justice; donc, que le putsch était justifié. Abondance de déclarations et de stratégies qui montrent à quel point Gilbert Diendéré est coincé et tente par tous les moyens de sauver sa peau. La même stratégie est aussi adoptée par ses co-accusés de l’ex- RSP qui, sciemment ou inconsciemment, tirent des rafales sur les hauts gradés de l’armée, en termes d’aveux. Ce n’est pas encore de l’artillerie lourde, mais si ce que les sous-officiers, membres de cette grande famille divisée disent est vrai, c’est que bien des inculpés n’auront pas la conscience tranquille et leurs avocats auront du pain sur la planche. De toutes les façons, jouer la carte de la franchise, assumer leur part de responsabilité, même quand ils sont pris dans un engrenage, c’est ce que le peuple insurgé attend des interpellés dans le dossier du putsch de 2015.

Les avocats du procès du putsch de septembre 2015 ont du pain sur la planche. C’est l’heure du grand déballage inattendu

Le procès du coup d’Etat le plus idiot est rentré dans sa phase de débats contradictoires. Et contre toute attente, les langues se délient. Nul ne peut nier l’évidence. Malgré les valeurs de la loyauté, de l’obéissance et de la solidarité chères à la grande muette, face à la justice où les arguments solides et cohérents plaident en votre faveur, au nom de la vérité, certaines règles ne peuvent plus être respectées à l’aveuglette. C’est ainsi que les uns et les autres déballent ce qu’ils ont sur leur cœur quitte à mettre mal à l’aise les anciens amis. Il ne faut pas oublier que dans ce procès-vérité, chacun cherche à sauver sa peau. Surtout quand des responsables oublient que dans un coup d’Etat, il y a toujours un garant: le chef des opérations, le cerveau. Et quand on est le patron, on est le responsable.

Comme Moussa Nébié dit Rambo, le Sergent-chef Roger Koussoubé alias Touareg n’est pas passer par 2 chemins pour dire ses vérités

Ce qui est certain, ces derniers temps, la plupart des inculpés du RSP qui ont eu la parole ont craché leur part de vérité avec en toile de fond: «J’assume mon rôle et rien que mon rôle dans cette affaire, mais pas question d’être le seul à payer».

C’est le cas du Sergent-chef Roger Koussoubé qui a reconnu partiellement les faits qui lui sont reprochés tout en faisant des révélations. Au moment des faits, avoue-t-il, «le RSP était divisé en trois camps: Ceux qui sont restés fidèles au corps, les pro-Zida et ceux qui répondaient aux ordres du Général Djibril Bassolé.

Le Major Badiel et l’Adjudant Nion appartenaient au camp du général Bassolé.

Lui, Koussoubé, était resté fidèle au corps mais prenait des renseignements qu’il donnait à son commandant d’unité, le Capitaine Flavien Kaboré qui travaillait pour ZIDA ».

Celui qu’on a surnommé le Touareg a en outre avoué avoir «reçu la somme de 8 millions de F CFA en deux tranches de la part de ZIDA». Il nie avoir transmis un quelconque message du Général Diendéré au Major Badiel. « Si moi je suis venu voir le Major, ce qu’il devait faire c’est de me mettre aux arrêts». Pour lui, l’Adjudant Jean Florent Nion et le Major Badiel «mentent sur lui».

Si donc il y a de cela quelques mois certains inculpés étaient versatiles, tantôt intarissables, tantôt discrets et taiseux, aujourd’hui ils devront se défendre contre les accusations de leurs frères d’armes. C’est le temps de la vérité et du débat contradictoire afin que la justice militaire soit davantage située sur ce qui s’est réellement passé. Personne n’a plus intérêt à garder le silence. Ce serait suicidaire. Tous doivent donner leurs versions des faits. Tous les protagonistes, à quel que niveau que ce soit, doivent répondre de ce qui s’est passé, sans exception.

Mais une chose est sûre, pour espérer le pardon des Burkinabè, chacun des inculpés devrait assumer les conséquences des actes qu’il a posés. Avec courage. C’est d’ailleurs la meilleure façon d’avoir la conscience tranquille. En attendant, c’est le temps des aveux et du sauve-qui-peut. Parce que chacun veut sauver sa peau. A la justice d’en tirer profit.

Théophile MONE

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