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Procès putsch manqué de 2015: le tort de Gilbert Diendéré, le faux justicier

Le 27 février 2018, dans la salle des banquets de Ouaga 2000, s’ouvrira le procès de Gilbert Diendéré et de ses 83 co-inculpés. En rappel, ce putsch manqué avait pour objectif de mettre un coup d’arrêt à la Transition dirigée par le président Michel Kafando. Par ailleurs, le général lui-même ne nie pas son implication dans cette tentative de prise du pouvoir par les armes. Même si au début, il avait voulu faire croire à un coup monté par des sous-officiers de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) en colère, dont il aurait tout ignoré, mais qu’il aurait fini par assumer dans le but d’éviter un bain de sang…

En revanche, les cinq avocats dont les Burkinabè Mathieu Somé, Paul Kéré, Olivier Yelkouni, Bernard Guizot Takoré (Ivoirien) et Jean Yaovi Degli (Togolais) qui vont assurer sa défense comptent prouver qu’il se devait d’agir pour rétablir l’ordre et la justice; et donc que le putsch était justifié. Mais comment comprendre la colère brutale du Général face à des injustices pour lesquelles il s’autorise un putsch alors que pendant 27 ans, le régime de Blaise a excellé dans les pires injustices que lui-même a couvé ou laisser faire? Pourquoi en 2015 il s’est cru investi d’une mission de justice? Par intérêt, par fidélité à ses anciens amis, par vengeance ou par dépit?

Le général Gilbert Diendéré au palais présidentiel, le lendemain du putsch de septembre 2015. Dans le rétroviseur, ce chef militaire n’a jamais oser contrarier Blaise Compaoré quand celui-ci commettait toutes les injustices du monde au peuple burkinabè. Alors…

Avant tout, distinguons les termes. Un coup d’État est un renversement du pouvoir par une personne investie d’une autorité, de façon illégale et souvent brutale. On le distingue d’une révolution en ce que celle-ci est populaire. Le terme fait référence à celui de Napoléon Bonaparte, lors de son coup d’État du 18 brumaire. Le mot putsch, d’origine allemande (putsch de Kapp à Berlin, 1920 et putsch de la Brasserie à Munich, 1923), synonyme du coup d’Etat, est en effet un coup d’État réalisé par la force des armes. La technique de base du coup d’État consiste à s’emparer des organes centraux de l’État ou à les neutraliser, en occupant leurs lieux de fonctionnement qui sont aussi les lieux symboliques du pouvoir.

D’un point de vue historique, et y compris dans l’époque contemporaine, le coup d’État a été l’un des moyens les plus fréquemment utilisés pour accéder au pouvoir. Ainsi, en 2015, en désaccord avec le Premier ministre, Issac Zida, le général Gilbert Diendéré voulais en fait prendre le pouvoir par la force des armes en mettant à contribution des sous-officiers du RSP qui lui étaient fidèles. Frustré de ne plus avoir un réel contrôle sur l’Armée et sur les renseignements généraux, sentant le CDP sombré par les exclusions de certaines candidatures aux élections, sentant son pouvoir affaibli et surtout ses intérêts et ses amis nuis par une nouvelles forme de gouvernance, l’ex-bras droit de Blaise Compaoré s’est transformé en Messie pour rétablir l’ordre et la justice. Son tort est justement d’avoir, dans un régime démocratique et après une insurrection populaire par laquelle le peuple burkinabè a désavoué le gouvernement Tiao, décidé d’attenter à la sûreté de l’État en commettant des actes contraires au règlement et à la discipline militaire, dont la violence sur autrui.

Ce qui est émétique dans cette affaire, c’est que durant le long règne de Blaise Compaoré les Burkinabè ont souffert d’exclusions de toutes sortes, de chantages, d’injustices, de meurtres et de crimes sans que le «général justicier» n’ait levé le petit doigt pour rétablir un quelconque l’ordre. Par le péché d’omission, lui et ses amis ont ignoré sinon couvert tous les actes ignominieux posés par les tenants de l’ancien régime. Alors, pourquoi en 2015, il est devenu subitement raisonnable et arbitre des lois du pays? Pourquoi un putsch sanglant (14 morts et 25 blessés, selon les chiffres officiels donnés par le Premier ministre Isaac Yacouba Zida) pour soi-disant mettre fin aux arrestations arbitraires et éviter un scrutin frauduleux en préparation?

En réalité, et tout le monde doit le savoir, le général Diendéré ne voulait pas de la stabilité du pays et ne luttait pas contre les prétendus actes anticonstitutionnels du gouvernement de la Transition. Il voulait simplement se venger du départ précipité de son mentor Blaise Compaoré et protéger les intérêts d’un clan pour lequel il a travaillé des années durant.

C’est pourquoi aujourd’hui, en tant que haut gradé de l’armée et pour espérer le pardon des Burkinabè, le général Diendéré devrait assumer les conséquences des actes qu’il a posés. Il en sortirait grandi puisqu’il justifierait l’image que bien de burkinabè ont de lui: un chef qui s’assume. En aura-t-il le courage? Wait and see!

Les Echos du Faso

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