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Procès du putsch manqué: les déclarations versatiles et incohérentes du général Diendéré inquiètent

Le procès du putsch manqué de septembre 2015 avait débuté le 27 février 2018 au Tribunal militaire. Le présumé responsable en chef de ce putsch le «plus bête» au monde tant il était inopportun et insensé, est l’ex-chef d’état-major particulier de la présidence du Faso, l’homme svelte de Yako, le général de brigade, Gilbert Diendéré. En effet, à la tête d’un mouvement porté par les soldats de l’ex-RSP (Régiment de sécurité présidentielle), chef Diendéré avait tenté de mettre fin au pouvoir de la Transition et avait proclamé dans la foulée l’avènement du CND (Conseil national de la démocratie).

Cette tentative de coup de force a causé la mort de plusieurs Burkinabè et fait de nombreux blessés. Mis aux arrêts après sa reddition, le 1er octobre 2015, le général Diendéré était attendu à ce procès gigantesque tant sa part de vérité allait permettre au peuple burkinabè de comprendre les en dessous de ce triste événement. En effet, l’on s’attendait à ce que le général fasse des révélations et surtout qu’il assume ses actes, à l’image d’un bon chef. Mais, ce lundi 26 novembre 2018, lors de sa comparution devant le Tribunal militaire de Ouagadougou, le général Gilbert Diendéré a nié avoir été le cerveau de la tentative de coup d’Etat de 2015 au Burkina Faso. Malheureusement lui, selon le dicton, pour être un bon menteur, il ne faut surtout pas oublier ses propos de la veille. Et c’est justement là que les déclarations du général sont assez versatiles et surtout incohérentes.

Le général Gilbert Diendéré assume un coup d’Etat manqué, mais ne se sent pas responsable

Depuis ce lundi, le général Diendéré est à la barre pour répondre des accusations de complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, meurtre, coups et blessures. Une chance inouïe pour lui car tous les putschs manqués dans ce pays n’ont pas donné lieu à un procès juste et équilibré. En tant que bras-droit de Blaise Compaoré, il en sait sans doute davantage sur les exécutions sommaires liées à des putsch supposés ou réels, sous le régime de l’Enfant terrible de Ziniaré. Même sous Lamizana, des proches de Maurice Yaméogo, accusés d’avoir tenté un coup d’Etat, avaient été jugés à la sauvette et jetés en prison. Sous le capitaine Thomas Sankara, des Burkinabè accusés du même crime, après un simulacre de procès dans l’enceinte du camp Guillaume Ouédraogo, ont été fusillés. Il devrait donc se réjouir lui qui n’aura pas connu le sort qui avait été réservé au commandant Lingani et au Capitaine Zongo. C’est dire que la tenue même de ce procès, dans le respect des droits de la défense et des droits humains, est une avancée de notre démocratie. Les Burkinabè doivent en être fiers. Mais pas certainement des déclarations décousues du général Diendéré.

Il faut d’abord souligner que le 29 septembre 2015, après la libération du camp Naaba Koom II, Diendéré, refugié à l’ambassade du Vatican avait, dans un premier temps, par un canal diplomatique, négocié son exfiltration vers un pays étranger, quitte à revenir plus tard répondre de ses actes devant la Justice. Et comme « tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute », le général, n’ayant pas eu gain de cause, s’était finalement plié, d’autant que ses marges de manœuvres étaient fort réduites.

Pourquoi voulait-il quitter le Burkina comme Blaise Compaoré s’il n’avait rien à se reprocher? Un chef ne fui pas. Il assume ses responsabilités! Cette tentative d’exfiltration était la preuve qu’il craignait la justice pour les actes dont il s’était rendu coupable.

D’ailleurs, quand la résistance au putsch a réussi, le présumé chef des putschistes, le général Gilbert Diendéré avait déclaré : «Le putsch est terminé. On n’en parle plus.», avant de reconnaître avoir eu tort. Une responsabilité qu’il rejette aujourd’hui. «Je n’ai ni commandité, ni planifié, ni organisé, ni exécuté ce que d’aucuns appellent le coup d’Etat du 16 septembre 2015», a-t-il déclaré à la barre.

Pourtant le 18 septembre 2015 il avait reconnu devant les médias avoir été obligé de prendre la tête du mouvement, manœuvre des sous-officiers. «Je n’étais au courant de rien, ce sont des sous-officiers qui étaient à la manœuvre. Peu après, des hommes sont venus chez moi pour m’informer de la situation. J’ai donc fini par assumer en prenant la tête de ce mouvement, car j’étais un des seuls à pouvoir le faire. Je l’ai fait dans un esprit d’apaisement, pour essayer d’aboutir à une solution consensuelle», avait-il soutenu, tout en ajoutant avoir voulu ainsi permettre l’organisation d’élections «véritablement démocratiques et ouvertes à tous», alors que les autorités de la Transition avaient interdit aux candidats pro-Compaoré de se présenter.

Pourtant, après les négociations de sortie de crise, il avait reconnu ses torts et regretté le triste événement. Aujourd’hui, il nie tout. A-t-il oublié ses déclarations antérieures? Ce procès n’a pas encore fini de nous réserver des surprises. Wait and see.

Des déclarations multiples et variées qui montrent que le général connaissait bien les objectifs visés par le putsch manqué. Mais il ne voulait pas assumer tout seul. La preuve, le vendredi 27 octobre 2017, aux  audiences de confirmation de charges, les avocats de Diendéré avaient demandé l’inculpation de la hiérarchie militaire en poste au moment des événements. En particulier, Me Matthieu Somé, s’était voulu formel sur «la vérité du dossier»: «Le général Gilbert Diendéré avait le soutien de l’armée. Car, la sortie du matériel de maintien d’ordre est assujettie à la signature du chef d’état-major général des Armées. Si je suis contre je ne signe pas. Quand le matériel a été amené, la Gendarmerie et la Police ont toutes signé. Le général a donc demandé qu’ils soient tous inculpés». A la question de savoir ceux qui devaient être inculpés, Me Somé avait été assez clair: «La hiérarchie militaire qui était à la réunion (des 16 et 17 septembre 2015) à commencer par le chef d’état-major général des Armées, Gal Pingrenoma Zagré et autres».

Ainsi, selon le général Diendéré qui cherchait à quitter le pays, tantôt ce sont les sous-officiers qui ont commandité le coup avant que lui ne prenne la tête et assume, tantôt il justifie le putsch par l’exclusion des candidats pro-CDP à l’élection présidentielle. Après avoir même reconnu ses torts il y a quelques années, il fait aujourd’hui un virement spectaculaire à la barre et nie tout en bloc.

Mais les Burkinabè ne sont pas dupes. Pour n’avoir pas pris, en tant que supérieur hiérarchique, toutes les mesures nécessaires et raisonnables qui s’imposent pour prévenir le putsch fait par ses subordonnés, le général Diendéré a failli à son devoir. Ne serait-ce que cela, il doit assumer ses responsabilités.

Car, comme le disait Aristote, « nul ne gouverne innocemment », alors, le général ne peut pas avoir assumé un coup d’Etat innocemment!

Les Echos du Faso

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