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Le procès du putsch tarde à entrer dans le fond: les raisons

Le procès du putsch déjoué se hâte lentement pour entrer dans le fond des débats. Les avocats de la défense, avec cette stratégie de prendre à contre-pieds le tribunal qui, il faut le reconnaître, a ouvert beaucoup de failles où l’on peut s’engouffrer pour retarder le démarrage, ne se sont pas fait rien que des amis au sein de la population qui ne comprend toujours les ésotérismes juridiques.

Au sein de la population, on entend souvent à propos du procès du coup d’Etat: «Que veulent ces avocats? Le général a reconnu tout, il dit tout assumer, il a même demandé pardon, alors pourquoi, en un tournemain, on ne le juge pas pour le sanctionner?» C’est vrai, vu de cette façon et les avocats de la défense le savent bien, les débats au fond ne seront pas à leur avantage. Car dans la justice des Blancs, le gros du travail se fait à l’instruction, le procès public n’est en fait qu’une diffusion en différé comme lors des matchs de foot.

Et comme dans la nomenclature des avocats qui sont aux côtés des prévenus, il y a le qualificatif défense. Alors, ils se défendent et comme au football, la meilleure défense étant d’attaquer, ils attaquent à tout-va. Pour donc bien comprendre le difficile démarrage du procès, moi Mounafica j’ai rencontré un féru en droit, un pote qui a presqu’une tonne de documents sur les grands procès d’Afrique, d’Europe et même des Amériques. Étant dans le domaine, il a des tuyaux qui lui ont refilé les procès-verbaux d’audition des accusés et des témoins, mais il n’a pas voulu me céder une copie.

C’est après avoir épluché tout ce gros lot de paperasserie qu’il m’a dit que le procès n’arrive pas à entrer facilement dans le fond tout simplement parce que le travail du juge d’instruction a été bien fait. Les prévenus se sont mutuellement balancés et, des éléments recueillis, il n’y a pas de doute que les principaux accusés vont en prendre pour leur grade. Pour lui, le général a été confondu par certains de ses hommes, et il assure que l’impression d’impréparation qu’a donnée le coup d’Etat n’est pas la réalité. La chose a été bien mûrie avant son exécution. Seulement, il y a comme un flou autour de ce putsch, assure-t-il.

Pour lui, on peut dire que cela ressemble à 2 coups d’Etat en un! Le 1er serait de Gilbert Diendéré et le 2e serait de Djibrill Bassolé. En un mot, Golf allait être coiffé au poteau à la dernière minute.

Sans que je le lui demande, le juriste a dit, «toi Mounafica, je vais te donner quelques éléments sur ton confrère Damiss Ouédraogo». C’était la gêne, car la presse n’aime pas parler d’elle-même. C’est là qu’il a lancé, «on ne parle pas de votre métier, ce n’est pas dans le cadre du journalisme qu’il est impliqué dans cette affaire.» J’ai alors dit oui mais est-ce qu’on peut passer sur son cas? Mon juriste a dit non, car il faut éclairer l’opinion sur ce coup d’Etat qui a fait des morts.

Alors, il commença son développement. «Votre confrère a certainement un bon avocat qui lui a conseillé de sortir un livre sur Blaise Compaoré après avoir été épinglé dans l’affaire du putsch manqué. C’est ainsi qu’il base sa défense sur son travail de journaliste-écrivain.» Et tout le monde sait qu’un livre sur Blaise Compaoré sans le témoignage du général Diendéré serait du riz au soumbala sans piment, une voiture sans carburant, un manguier sans mangues…

Dans ce cas de figure, des contacts téléphoniques s’imposent avec le général putschiste, des rencontres même à des heures tardives sont acceptables. «Mais tout cela ne veut point dire qu’il a participé à la préparation du putsch!», ai-je lancé. «Oui mais sachez bien mon cher Mounafica, le juge d’instruction n’a pas été dupe, le tribunal non plus ne sera pas dupe. Les débats vont permettre de voir la vérité vraie».

Mounafica, tout œil tout ouïe!

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