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Quatrième anniversaire de l’insurrection populaire: qui, du peuple insurgé et des dirigeants, doit changer le premier?

L’insurrection populaire a été menée il y a de cela 4 ans, pour exiger plus de démocratie et de changements de comportements des dirigeants politiques. En effet, la forte intention de Blaise Compaoré à s’éterniser au pouvoir tout en ignorant les problèmes sociaux et économiques des Burkinabè avait suscité un ras-le-bol et alimenté l’esprit insurrectionnel. Même si aujourd’hui le gain immédiat de ce mouvement populaire est la garantie de l’alternance, car aucun politique n’osera encore violer l’article 37 de notre Constitution, le combat pour le changement de la mentalité reste est d’actualité.

En effet, les Burkinabè ont oublié l’adage qui dit que: «Si tu veux changer le monde, commence par te changer toi-même.» Aussi, depuis 4 ans, il y a un débat qui se mène entre deux camps concernant le changement de la mentalité. Pour le premier, le changement doit commencer par l’individu, avant de se répercuter sur les autres. Le deuxième soutient le contraire: l’influence de l’environnement est prépondérante, et donc, le pauvre citoyen ne peut pas changer sa mentalité tant que le pouvoir politique reste sur ses anciens réflexes. Finalement, d’où doit venir le changement?

Aujourd’hui il ne s’agit pas de savoir qui doit changer de comportement le premier ou pas, mais quel exemple je peux donner aux autres en termes de renouvellement de ma mentalité en lien avec les exigences de l’insurrection.

Réduire le débat sur le changement de la mentalité à la logique binaire du choix entre les deux thèses ci-dessus est réducteur. Malgré les divergences d’approches, il faut avant tout convenir du nécessaire changement de la mentalité au Burkina Faso. La mission est certes difficile, mais pas impossible. La question capitale à se poser aujourd’hui est plutôt «quoi faire?» ou quelle est ma part de contribution.

La mentalité est  définie comme un système de comportements conditionnés de l’individu ou d’une communauté (un peuple) face à des situations précises. La mentalité en elle-même n’est ni bonne ni mauvaise. Ce qu’on juge, en réalité, ce n’est pas la mentalité mais des attitudes ou des comportements particuliers de cette mentalité par rapport à certaines valeurs comme l’honnêteté, le courage, l’esprit d’initiative, le respect …. Par exemple, la solidarité, considérée comme une valeur dans la tradition africaine est perçue ailleurs comme une forme d’assistanat et de dépendance. Par ailleurs, le culte de l’ego des Occidentaux est mal perçu par les Africains. L’hospitalité naturelle du Burkinabè relève de la naïveté pour d’autres. Ainsi, avant d’évaluer un comportement, il faut convenir sur les termes de référence, eux-mêmes fonctions du contexte et de l’environnement.

D’ailleurs, il est incorrect de parler de changement de mentalité. Il est même impossible de changer de mentalité, car cela équivaudrait à changer de culture, de personnalité, d’identité. L’on pourrait parler de «renouvellement de la mentalité».

Comment changer la mentalité?

La question n’est pas simple car la mentalité trouve ses pulsions dans le subconscient de l’homme, cette zone de notre personnalité qui échappe à notre volonté immédiate. Par exemple, l’ivrogne qui tend la main vers la jolie bouteille sait souvent mieux que les gens sobres les méfaits de l’alcool. Il veut bien s’en libérer mais ne peut. C’est pour cela que quand l’apôtre Paul dit dans la Bible: «Je ne fais pas le bien que je veux et je fais le mal que je ne veux pas», il illustre bien la bataille entre le conscient et le subconscient.

Les autorités politiques doivent être des exemples et non des obstacles au changement de la mentalité.

Dans ce combat presque permanent, il faut aussi tenir compte des facteurs environnants, qui contribuent soit à maintenir et renforcer des comportements, soit à les neutraliser. Par exemple, qui, de l’étudiant corrompant pour passer de classe, et du professeur exigeant «l’argent des syllabus» doit changer le premier?

Ceux qui, dans le débat actuel, disent que c’est «par la tête que le poisson commence à pourrir» n’ont pas tort; ils veulent souligner les obstacles au changement de la mentalité. Ceux qui disent que le changement doit commencer par l’individu ont également raison; car dans notre contexte particulier l’attitude mentale positive face à l’adversité est un atout. Mais Il est totalement inutile de s’enfermer dans la dialectique de «qui a raison». L’essentiel réside dans la volonté sincère de dépassement et d’élévation de soi pour opérer des changements positifs.

Changer les autres en commençant par soi

Il est normal de percevoir parfois chez les autres une conduite que l’on juge inappropriée. Il y en a même qui tente de changer le comportement des autres simplement en leur demandant de «se corriger». Ainsi, depuis l’insurrection populaire qui tarde à induire les changements de comportements souhaités, les autorités du Burkina demandent sans cesse au peuple et en particulier aux jeunes de s’aligner aux exigences des règles démocratiques. L’incivisme grandissant agace et les parents et l’autorité publique. Dans le même contexte, les jeunes réclament du pouvoir en place un changement de gouvernance avec moins de corruption et plus de transparence dans la gestion de la chose publique.

Cette méthode de ping-pong n’est pas encore couronnée de succès car personne ne veut donner le bon exemple, mais l’exige des autres. Pourtant, comme le dit si bien Aldous Huxley, «Il n’y a qu’une seule partie de l’univers que nous pouvons changer d’une façon certaine: soi-même.» Cela signifie que souvent, il faut accepter effectuer nous-mêmes la transformation en goûtant aux difficultés qui s’y rattachent avant de demander à autrui de corriger son comportement jugé nocif. Cela peut nous rendre plus tolérants aux «imperfections» des autres.

En définitive, au Burkina, chacun doit changer les autres en commençant par soi. C’est le prix à payer pour que l’insurrection d’octobre 2014 porte vraiment ses fruits.

Théophile MONE

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