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Que devient la série télévisée «Vis-à-vis»? Le réalisateur explique

«Vis-à-vis» est une série télévisée qui a connu du succès auprès de la jeunesse, de la gente féminine, des personnes âgées… Diffusée sur la Télévision nationale du Burkina, cette série satirique, qui avait fidélisé pendant longtemps les téléspectateurs, a disparu des écrans. Qu’est-ce qui explique une telle situation? Pour en savoir, nous avons rencontré le réalisateur de la série, Abdoulaye Dao, le mardi 11 octobre 2016. Il s’est confié à cœur ouvert.

Abdoulaye Dao, le réalisateur de la série "Vis-à-vis"
Abdoulaye Dao, le réalisateur de la série « Vis-à-vis »

Les Echos du Faso (LEF): Pouvez-vous nous relater l’histoire de la série Vis-à-vis?

 Abdoulaye Dao (AD): C’est sur la base de la camaraderie, de l’amitié que l’émission «Vis-à-vis» est née dans les années 1995-1996. C’est l’une des premières émissions télé sitcom en Afrique de l’Ouest. Au départ, on ne voulait pas faire une production classique avec un budget établi. C’est pour cela que les quatre premières émissions ont été réalisées avec des moyens très dérisoires. C’est lorsque nous avons réalisé les premières émissions et que ça bien marché que nous avons continué de fonctionner pendant au moins deux ans. Au début, le scénario n’était pas tout à fait au point. C’était une forme de sketch, tous les personnages avaient chacun son caractère et on créait des situations conflictuelles entre les comédiens. Le tournage se faisait dans un maquis. Il y avait beaucoup d’improvisations, mais au fil du temps, nous avons vu la nécessité de partir sur la base d’un scénario conçu.

LEF: Pourquoi la réalisation de l’émission a-t-elle été arrêtée?

AD: On a arrêté parce que c’était une production de la télévision nationale et il faut reconnaître qu’il n’y a pas mal de soucis en termes de production. Cela dépend des responsables qui arrivent et des moyens qu’il faut mobiliser… Le problème de production dans les structures publiques de télévision est difficile à mettre en route. Il y a beaucoup d’émissions qui démarrent mais qui s’arrêtent après. Nous avons eu la chance de tomber mais de se relever plusieurs fois et c’est ainsi que fonctionnent les chaînes de télévisions publiques en Afrique. C’est dommage pour une belle émission comme «Vis-à-vis» qui fait la pointure sociale, qui utilise nos langues nationales. Ce sont des émissions à conserver car les géniteurs peuvent ne même plus être là, mais des jeunes peuvent prendre la relève après et donner plus de carapace à l’émission en l’améliorant. Cela manque ici car nous sommes dans une tradition où il faut jeter tout ce qui est vieux et recommencer.

LEF: Qu’est-ce qui a rendu possible la reprise, entre-temps, de la réalisation de Vis-à-vis?

AD: Oui, on a repris sous la demande de la Direction générale de la Télévision nationale avec tous les acteurs. On a déjà produit 26 épisodes qui passent à la télé. C’est vrai qu’avec les perturbations, ce n’est pas diffusé de manière normale, mais ça existe déjà. J’ose croire qu’on va continuer de produire l’émission.

Adoulaye Dao, il a servi une dizaine d’années à la TNB où j’ai réalisé plusieurs séries dont Vis-à-vis
Abdoulaye Dao.  Il a servi une dizaine d’années à la TNB où il a réalisé plusieurs séries dont « Vis-à-vis »

LEF: Quelles sont les difficultés rencontrées dans la production de la série?

AD: Nous avons rencontré une tonne de difficultés. En termes de production et de mobilisation des moyens, ce n’est pas toujours évident que les financiers comprennent les urgences, les contraintes de production d’une chaîne, d’une télévision. J’avoue qu’il y a des moments où ça coince un peu en termes de mobilisation des moyens. Je pense que la télévision nationale est en train de penser à d’autres formes de production pour alléger tout cela en associant peut-être des structures privées de production. Cela pourrait alléger la dynamique de production et faire en sorte que lorsque vous décidez de produire une saison de 26 épisodes, que vous ne le fassiez pas de façon morcelée. Il y a une réflexion qui est menée pour que les émissions puissent être externalisées et portées par des structures privées en coproduction avec la télévision nationale.

LEF: Quels sont les problèmes auxquels est confronté, de nos jours, le cinéma burkinabè en général? AD: Il faut reconnaitre que le cinéma burkinabè a eu ses grands moments de gloire, avec des moyens consistants, avec de grands réalisateurs qui ont fait de grands films qui sont passés dans le monde. Il y a eu des moments où les choses se sont beaucoup compliquées. Cela est dû non pas seulement à un problème de moyens, mais au fait qu’on est passé de la pellicule au numérique qui est très vulgarisé en ce moment. Les gens ne prennent plus beaucoup de temps pour travailler le scénario, faire le casting. Ils vont vite sur le plateau de tournage. Il y a le fait que l’argent manque, mais il y a aussi le fait qu’on n’a pas su prendre le virage du passage de la pellicule au numérique. Tout le monde se prend pour réalisateur. Quand il n’y a pas de bons scénarii, ni un bon casting, des acteurs qui ne connaissent pas bien leur texte, qui ne maîtrisent pas leur personnage, on ne peut pas faire un bon film.

LEF: Parlez-nous de vos expériences professionnelles?

AD: Je suis un réalisateur burkinabè. J’ai une licence en création cinématographique après avoir fait l’INAFEC, l’INA de Paris, le Caire puis Dakar. J’ai servi une dizaine d’années à la TNB où j’ai réalisé plusieurs séries dont la préférée des Burkinabè reste incontestablement «Vis-à-vis». Je me suis lancé dans le cinéma par amour, par passion. J’ai commencé par l’enseignement, en passant par les finances publiques comme contrôleur financier, avant de tout abandonner pour faire le cinéma. Pour moi, le métier de cinéaste est comme un sacerdoce et tant qu’on n’est pas passionné, ce n’est pas la peine de s’y lancer. Pour être un bon cinéaste, il faut d’abord être patient, prendre un peu de recul pour réfléchir et ne pas se précipiter. La série «Vis-à-vis» nous a permis de créer des familles qui se connaissent, se fréquentent dans la joie comme dans la peine. C’est une aubaine car après le plateau, les gens continuent d’être ensemble. Interview réalisée par

Madina Belemviré

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