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Que vaut le pardon de Guillaume Soro?

Contre toute attente, la semaine dernière, le président de l’Assemblée nationale ivoirienne et ex-chef de la rébellion, Guillaume Soro, a demandé «pardon aux Ivoiriens» et à son principal adversaire du passé, l’ex-président Laurent Gbagbo, écroué depuis 2011 à La Haye où il est jugé par la CPI. «Aujourd’hui, dit-il, la Côte d’Ivoire a plus que besoin de pardon et de réconciliation. Je veux demander pardon aux Ivoiriens pour tout ce que j’ai pu faire (…) à ce peuple qui a tant souffert. Je demande pardon à mes aînés (…) et même au président Laurent Gbagbo». Pour lui, la division fait du tort à tous les Ivoiriens. Aussi il leur a demandé de ne pas diviser la Côte d’Ivoire! Mais de «Travailler à la paix!» Il a même précisé que «Dans les jours suivants, je serai plus engagé pour le pardon et la réconciliation. Même Gbagbo mérite que j’aille lui demander pardon. Je demanderai pardon à tout le monde…».

Sachant que cette déclaration est faite dans un contexte où l’on prête à M. Soro des ambitions présidentielles, son pardon est-il sincère? De façon générale, la politique et la repentance font-elles bon ménage?

Guillaume Soro a demandé pardon aux Ivoiriens et à l'ex-président Laurent Gbagbo
Guillaume Soro a demandé pardon aux Ivoiriens et à l’ex-président Laurent Gbagbo

Sans doute que les Ivoiriens, meurtris par la guerre – plus de 3 000 morts – post-électorale de 2010 ont soif de réconciliation, de pardon et de paix. Mais il ne suffit pas de le déclarer à haute et intelligible voix pour que, comme par un coup de bâton magique, ce besoin se réalise.

Le pardon et la réconciliation seront en panne dans ce pays aussi longtemps que la vérité et la justice seront mises de côté; ils resteront une illusion tant que certains se serviront de cette noble cause pour atteindre des objectifs personnels.

Pour que le pardon et la réconciliation soient effectifs dans le pays d’Houphouët-Boigny, il faut prendre en compte le paramètre de la vérité. Car comme le disait le Pasteur Martin Luther King «pardonner ne signifie pas ignorer ce qui a été fait ou coller une étiquette fausse sur un acte mauvais». Cela veut dire que les Ivoiriens ont besoin de connaître la vérité sur ce qui s’est passé dans leur pays entre janvier 2001 et avril 2011.

En outre, la Côte d’ivoire ne pourra parler de véritable réconciliation ou de pardon que si la justice sanctionne toutes les personnes coupables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Or, la justice à laquelle nous avons assisté jusqu’ici, tant à Abidjan qu’à la Haye, n’a rien d’une justice équitable et impartiale, puisqu’elle ne juge qu’un camp.

C’est pour toutes ces raisons que l’honnêteté de Soro ne fait pas l’unanimité. Qui plus est, son appel au pardon et à la réconciliation s’est fait dans un contexte de velléités de guerre de pouvoir dans son propre camp.

Comment d’ailleurs croire à la sincérité de Kigbafori Soro quand beaucoup d’Ivoiriens sont encore en prison pour des raisons politiques ou en exile parce que leur retour n’est pas sécurisé?

A vrai dire, sa sortie tapageuse pose avec acuité la sincérité des hommes politiques quand ceux-ci demandent publiquement pardon à leur peuple. Car la tradition veut, et ce, depuis Machiavel, qu’il y ait séparation rigoureuse de la morale d’avec l’exercice du pouvoir.

Mais que vaut la répentence d'homme politique en détresse?
Mais que vaut la repentance d’un homme politique en détresse?

Le pardon incompatible avec la politique?

D’ordinaire, on ne parle de pardon que lorsque ce qu’il y a à pardonner est absolument irréparable par la justice humaine. Par conséquent, cette énormité du pardon semble le réserver à un face-à-face privé entre le bourreau et la victime, hors de toute action collective ou politique.

Dans ce sens, dans une situation de conflit politique, demander pardon au peuple ou à autrui avant toute vérité et justice, c’est dévaluer significativement le sens que l’on donne à ce mot, en l’affadissant jusqu’à ne faire de lui qu’une simple excuse.

Le pardon ne peut que se dénaturer en entrant en politique. Un pardon «finalisé» n’est pas un pardon, c’est seulement une stratégie politique. Une tentative d’instrumentalisation du pardon dans l’objectif d’améliorer l’image publique de celui qui le demande.

Or, la dénaturation la plus grave que produise l’usage politique du pardon, devenu «excuse», c’est d’en faire le fossoyeur de l’histoire, alors qu’il devrait en être un moteur. Mais bien souvent, la paix qu’il instaure est celle des cimetières où un silence épais entoure les morts.

Guillaume Soro devrait donc savoir qu’il ne suffit pas de se repentir pour s’acquitter d’une dette, car la dette demande à être réglée de façon pragmatique et non symbolique.

En clair, sa sortie est une tentative frauduleuse pour s’exempter d’un règlement proprement politique des enjeux du conflit interne de son parti. Sa demande de pardon est une farce politique d’un homme politique en détresse. Son mentor Blaise Compaoré devrait le lui avoir enseigné, lui qui, le 30 mars 2001,  »décréta » une journée nationale de pardon au Burkina Faso. Depuis, les fantômes d’illustres personnages et de parfaits anonymes burkinabè ne cessent de hanter ses sommeils et la justice d’interpeller sa conscience…

Les Echos du Faso

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