La quiétude sied mal à l’Afrique par la faute des Africains - Les échos du Faso
Accueil » Politique » La quiétude sied mal à l’Afrique par la faute des Africains

La quiétude sied mal à l’Afrique par la faute des Africains

L’Afrique est un continent très singulier: quand elle n’est pas victime des calamités naturelles, il faut que ses habitants lui créent de toute pièce et sur mesure des catastrophes de toutes natures. Comme si la quiétude sied mal à ce continent.

Paul Biya, candidat pour un 7ème mandat consécutif à la tête du Cameroun. Une honte pour le continent

Au Cameroun, avec la convocation du corps électoral pour le 7 octobre prochain, c’est la candidature déclarée de Paul Biya qui retient l’attention et nourrit des échanges corsés sur les réseaux sociaux. Avec 56 ans cumulés dans la haute administration publique dont 36 ans comme président, l’homme du 6 novembre 1982 sollicite un nouveau mandat de 7 ans. S’il venait à remporter l’élection, il pourrait alors présider aux destinées du Cameroun jusqu’en 2025, année au cours de laquelle il fêtera son 92e anniversaire. Toute honte bue, son ambition de concourir pour un énième mandat a été justifiée par l’obligation qui était sienne de répondre «favorablement aux appels pressants».

En plus de souligner le caractère démagogique et risible de cette éternelle antienne usée jusqu’à la corde, il importe de dire au président camerounais qu’il est parfois sain de renoncer à décrocher certains appels pour mieux se reposer. À 85 ans, la retraite est loin d’être une punition ou d’être un repos immérité. Personne n’est indispensable. Ceux qui pensaient l’être jonchent aujourd’hui par milliers les cimetières. Et la vie continue.

Le 7 octobre prochain, les Camerounais devraient se lever et barrer collectivement la voie à 7 autres années de division, de stagnation économique, de pauvreté, d’insécurité grandissante, de népotisme systémique, de blocage social et promesses fallacieuses. Ils méritent mieux!

Faure Gnassingbé

Au Togo, il est question de feuille de route de la CEDEAO pour une sortie pacifique de la crise politique dans laquelle Faure Eyadema, persiste et signe. En attendant la décision de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) le 31 juillet prochain, tous les Togolais, sans exception, retiennent leur souffle. Mais gare à la CEDEAO si elle ne prend pas en compte les aspirations du peuple togolais. Qu’elle n’oublie pas que le peuple a le droit de dire «Non» si les accords ne lui conviennent pas. Le peuple togolais en a assez de constater qu’une seule famille dirige le pays depuis 55 ans.

Kabila, Bemba, Katumbi. Les élections dépendront de la volonté et du sacrifice de chacun d’eux

En république démocratique du Congo, l’opposition exige des préalables, à commencer par le retrait du président Kabila comme condition de sa participation aux élections du 23 décembre 2018. En outre, elle exige des élections «libres, démocratiques et transparentes».

Le plus grand pays d’Afrique sub-saharienne (2,3 millions de km2), qui n’a jamais connu de transition démocratique et pacifique, aborde ce mercredi 25 juillet 2018 une étape cruciale de son processus électoral, avec l’ouverture du dépôt des candidatures à l’élection présidentielle jusqu’au 8 août.

En rappel, M. Kabila est au pouvoir depuis 2001, son deuxième mandat de cinq ans s’est achevé le 20 décembre 2016 dans un climat de violence. La Constitution lui interdit de se représenter.

Ainsi, tous les yeux se tournent désormais vers le «raïs» aux manières de sphinx, Joseph Kabila, qui jure son total respect pour la Constitution sans dire formellement qu’il quittera le pouvoir.

Il faut toutefois noter que Kabila, le plus jeune président du continent (47 ans), n’a pas encore désigné de dauphin, et ses très nombreux adversaires le soupçonnent de vouloir se maintenir coûte que coûte.

Aussi, depuis des semaines, de hauts cadres de la majorité présidentielle entretiennent l’ambiguïté sur l’avenir de Joseph Kabila, en s’appuyant sur la thèse d’un juriste, Cyrus Mirindi, selon qui «le compteur (du nombre de mandats présidentiels) a été remis à zéro après la réforme constitutionnelle de 2011». Cette réforme avait modifié le mode de scrutin, en passant de deux à un tour. Alors partira, partira pas? Wait and see.

Bédié PDCI tourne le dos au RHDP

En Côte d’Ivoire, c’est Bédié (PDCI) qui tourne le dos au RHDP et mise sur le FPI de Pascal Affi N’Guessan. En politique, il n’y a pas d’alliance contre-nature, a-t-on coutume de dire. Le PDCI et le FPI, naguère farouchement opposés, envisagent désormais un rapprochement pour la présidentielle de 2020. Le divorce entre le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et le Rassemblement des républicains (RDR) tend à être consommé. En dépit des discussions souterraines au sein de la majorité présidentielle, les dissensions entre le président Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié au sujet du Parti unifié sont tellement profondes que chaque parti lorgne d’ores et déjà sur d’autres formations politiques pour former une coalition en vue de la prochaine présidentielle. Au rythme de ces divorces et alliances inattendus, la paix reste fragile au pays de Félix Houphouët-Boigny.

En Angola, l’on assiste à nouvelle montée de tension entre la richissime Isabel dos Santos (elle serait la femme la plus riche du continent africain) et le président João Lourenço qui a annulé un contrat accordé à une de ses sociétés.

Isabel dos Santos

Motif avancé par l’administration Lourenço? Atlantic Ventures est sanctionné pour «ne pas avoir respecté les dispositions légales» d’une loi sur les marchés publics. En d’autres termes, l’entreprise d’Isabel dos Santos aurait obtenu ce marché sans être passée par la procédure d’appel d’offres.

Mais les reproches adressés à la société d’Isabel dos Santos ne s’arrêtent pas là; aux dires du ministère angolais des Transports, Atlantic Ventures n’a «aucune expérience» en termes de construction, ajoutant au passage que le plan de financement du projet de ladite entreprise est «peu crédible».

Dans un communiqué, Atlantic Ventures a sorti ses griffes, qualifiant la décision gouvernementale d’«expropriation», non sans exiger le «paiement d’indemnités, ce qui implique des coûts supplémentaires pour l’État et donc pour le contribuable».

En fait, l’ex-président Eduardo dos Santos (membre du MPLA, parti à la tête du pays depuis son indépendance en 1975) avait, durant ses 38 ans de règne, mis l’économie de son pays au service de ses proches. Venu au pouvoir en septembre 2017, João Lourenço, issu lui aussi du MPLA, promettait de remettre l’économie de son pays sur les rails et d’en finir avec la corruption.

La preuve, l’Angola et le Nigeria sont les plus gros producteurs de pétrole de l’Afrique subsaharienne. Mais le pays de Lourenço est paradoxalement l’un des plus pauvres au sud du Sahara et est, à l’instar des pays dont l’économie repose essentiellement sur le pétrole, frappé par la rude crise due à la baisse des prix du brut.

Au Nigeria, ce sont huit (8) personnes qui ont été tuées par un kamikaze qui s’est fait exploser dans une mosquée du nord-est du Nigeria. Les autorités soupçonnent la secte Boko Haram de semer la désolation dans la région.

Attaque d’une mosquée par un kamikaze au Nigeria

Dans cette météorologie politique fort sombre, un mince rayon de soleil: la visite africaine du président chinois Xi Jinping. Devenue le premier partenaire commercial de plusieurs pays africains, damant ainsi le pion à certains pays occidentaux, la Chine offre ses biens et ses services à des prix abordables. Parfois «gratuitement», à en croire des dirigeants africains.

Mais, les relations économiques de la Chine avec le continent font parfois l’objet de certaines critiques. Des observateurs redoutent que les prêts (des dizaines de milliards de dollars) dont la Chine gave l’Afrique deviennent un goulot d’étranglement pour le continent.

En attendant, «la relation grandissante avec la Chine repose autant sur le respect mutuel que sur des intérêts mutuels. Plus globalement, la Chine considère l’Afrique comme son égale», a déclaré Paul Kagamé du Rwanda. Malgré donc les inquiétudes observées çà et là sur le continent, par la faute des Africains eux-mêmes, il y a de l’espoir.

Théophile MONE

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *