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Ces raisons de bonne foi à l’origine des mariages forcés qui ne tiennent plus

Tous les jours, les mariages se célèbrent dans la ferveur et l’enthousiasme. L’âge moyen de la première union varie selon les pays et sa législation. Au Burkina Faso, une jeune fille doit être âgée d’au moins 17 ans pour pouvoir se marier. Ce qui est certain, quel que soit le pays, l’âge des engagés dans le mariage laisse à penser que cet acte relève d’une totale liberté. Pas toujours sûr puisqu’une autre réalité moins souriante demeure: le mariage forcé. Le Burkina n’échappe pas à ce phénomène. Interdit par la loi, le mariage «ne peut être conclu qu’avec le libre et plein consentement des futurs époux». Pourtant, chaque année, beaucoup de jeunes filles âgées entre 10 et 18 ans sont menacées potentiellement par un mariage forcé. Au Burkina, la situation est grave. A titre d’exemple, selon Amnesty International, plus de la moitié (51,3%) des filles âgées de 15 à 17 ans dans la région du Sahel (Nord du pays) sont déjà mariées. Au départ, les familles mariaient leurs filles afin de renforcer les alliances familiales, de les protéger, de sauver l’honneur de la famille ou de contrôler la sexualité des femmes. Même si ces intentions de bonne foi sont devenues désuètes, il faut les connaître pour pouvoir lutter efficacement contre le phénomène qui brise des vies.

Les mariages forcés brisent des vies de jeunes filles

 

Le mariage forcé n’a pas de frontières. L’Afrique centrale, occidentale, l’Asie, l’Europe sont touchées par cette problématique même si les chiffres sont difficiles à établir. C’est en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud, que la pratique du mariage précoce des filles est la plus répandue.

Au Burkina Faso et en Afrique de façon générale, des familles marient souvent leurs filles afin de renforcer des alliances familiales, d’acquérir un statut social ou en échange de biens, d’argent et de services. La pratique du «Pog-lenga» ou «femme bonus» au Burkina, selon laquelle la nouvelle épouse peut aussi emmener sa nièce dans la famille de son mari, une jeune fille qu’on peut donner en mariage est la preuve de cette intention de renforcer liens familiaux.

Pour sûr, les raisons qui motivent le mariage planifié, éventuellement forcé, sont multiples et varient en fonction du contexte social, culturel, économique, politique et juridique. Elles peuvent s’additionner ou se croiser.

Il ne faut pas oublier que le mariage est considéré comme un acte social qui est l’affaire de la famille nucléaire ou élargie, voire de la communauté et ses membres qui croient qu’il est de leur devoir de marier leurs filles. Pour eux, ce rôle est fondamental et ne pas l’exercer constituerait une négligence voire un manquement grave à leur devoir.

Pour protéger les jeunes filles

Des parents ont recours au mariage arrangé ou forcé pour «caser» leurs filles parce qu’ils ont le sentiment de devoir les protéger et d’agir pour leur bien en les mariant et de préférence, jeunes. Ils cherchent, ce faisant, à assurer à leurs filles un avenir sûr en l’unissant à la personne qu’ils croient être la meilleure, car le fait qu’ils connaissent la famille ou la parenté du prétendant leur donne le sentiment que leur fille sera protégée. Ils confient en fait leur fille à un époux et à une belle-famille de confiance avec lesquels ils ont des liens d’honneur, ceux-ci constituant pour eux un gage de sécurité et de bon traitement pour la jeune épousée au sein de sa belle-famille qui ne l’accueillera pas en étrangère.

Pour sauver l’honneur de la famille

Certaines familles, redoutant de voir leurs enfants contracter des unions avec des «étrangers», jugés différents de culture et de religion, les parents font pression sur ceux-ci pour qu’ils se marient dans le cercle familial ou communautaire afin d’éviter la fonte dans la société d’établissement. Le mariage arrangé ou forcé se trouve ainsi constitué en enjeu identitaire et représente pour ces familles un rempart contre l’assimilation et la perte de repères identitaires.

Quand les filles s’y opposent, elles subissent souvent des violences physiques et psychologiques fortes

En effet, le mariage est l’institution dans laquelle l’honneur familial est le plus fermement cristallisé, et c’est par lui que se maintient la reconnaissance sociale de l’individu et de la famille. Il revêt donc un caractère d’obligation impérative. Ne pas se soumettre à cette obligation peut mettre en cause les fondements mêmes du lien familial, et les personnes qui se soustraient à cette obligation risquent le reniement.

Pour contrôler la sexualité des femmes

Le mariage imposé constitue aussi un moyen de contrôler la sexualité des femmes. Certains parents voient dans le mariage forcé une protection pour leurs filles contre le risque de fréquentations amoureuses et surtout contre le risque de relations sexuelles hors du mariage. Ce qu’ils cherchent à éviter par-dessus tout, ce sont des grossesses considérées illégitimes qui pourraient résulter de ce type de fréquentations. Pour de nombreuses familles, leur réputation repose sur le bon comportement sexuel de leurs membres et davantage sur celui de leurs filles. La vigilance à l’égard de cet honneur est pointilleuse et un mariage imposé, de préférence précoce, constitue le meilleur rempart contre une atteinte à celui-ci.

Une garantie contre la pauvreté

La pauvreté est l’une des principales assises d’une union imposée. Pour certaines familles confrontées à la pauvreté, le mariage d’une fille avec un homme mieux nanti est un moyen d’une part, de faire accéder celle-ci à un niveau de vie économique plus intéressant que celui qu’elles peuvent lui offrir et d’autre part, de se faire un pécule moyennant une dot.

La pauvreté est l’une des principales assises d’une union imposée

Pour parer les suites d’une grossesse hors mariage

Il y a des familles qui forcent leurs filles à une union dont celles-ci ne veulent pas pour réparer la «gaffe» quand survient une grossesse hors mariage, évitant ainsi de perdre la face. Souvent, se trouvant enceintes, certaines filles en informent leurs parents qui les obligent, malgré leurs protestations, à se marier avec le père de l’enfant à venir afin d’éviter de voir leur réputation ternie. En fait, tenir son rang et sa place en respectant les convenances est un élément important dans plusieurs cultures, et le comble de l’humiliation est une grossesse en dehors des liens du mariage. En effet, la chasteté des femmes est fortement mise en valeur comme reflet de l’honneur du groupe. Aussi, toute grossesse hors mariage est considérée comme une cause de dommage irréparable à la réputation des jeunes filles et de leurs familles. Un mariage forcé est donc estimé le seul moyen de préserver la réputation de tous.

Aujourd’hui, toutes ces raisons, bonnes soient-elles, sont dépassées et farfelues car il n’est pas concevable de vivre avec une personne qu’on n’aime pas. Obligé de le faire pour faire plaisir à la tradition, à la famille ou pour satisfaire aux besoins matériels des siens est avilissant. Qui plus est, les mariages forcés, comme leur nom l’indique, sont souvent pratiqués avec les pressions exercées par les familles et l’entourage sur les jeunes filles pour les amener à se plier à leur décision. Il n’y a donc pas de consentement. Parce qu’elle porte atteinte aux droits de la personne humaine, par le biais du chantage, de la violence physique ou psychologique, avec ces terribles conséquences que sont les viols et les humiliations, subies par les victimes en silence, nous devons lutter pour mettre fin à cette ignoble pratique, surtout au Burkina.

Théophile MONE

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