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Réactions à l’article: La ‘’moins-disance’’ qui dit plus: elle appauvrit et endette

A la publication de l’article cité en titre (http://lesechosdufaso.net/disance-dit-plus-appauvrit-endette/), deux lecteurs (Muriel Berg et Ibrahim Diallo) ont réagi à travers des réactions que nous jugeons dignes d’être partagées. Notre secret espoir est qu’elles parviennent aux oreilles de nos décideurs, ceux qui ‘’nous endettent’’, et à celle des OSC, censées mener une veille citoyenne. Lisez.

La réfection du pont sur le Nazinon a fait l’objet de plusieurs marchés. Et pourtant, voici l’état dans lequel il est.

«Parfaitement juste, le moins-disant financier est une absurdité, qui au lieu d’encourager la concurrence revient à la contourner. Mais il faut ajouter que, du fait même de ceux qui rédigent les appels d’offres, on se heurte aujourd’hui à un moins-disant technologique. Par ignorance, par négligence ou par complicité, soit on n’exige pas la technologie la plus développée, soit on omet des spécifications qui laissent la place à des technologies dépassées.

Ainsi dans l’appel d’offres concernant le remplacement des lampes ordinaires par 1,5 million de lampes à LED, si on ne précise pas, pour les réglettes à néon, qu’il est nécessaire de procéder à un branchement direct (sans passer par le transformateur), la consommation de ladite lampe à LED sera supérieure au mieux de 15 %, au pire équivalente à l’ancienne lampe…

Ce moins-disant technologique cache un moins-disant financier qui, tous deux, aboutissent à un résultat que tout le monde pourra constater: les économies d’énergie attendues ne seront pas au rendez-vous, ni pour les ménages, ni pour la puissance publique.

Il est temps que les appels d’offres soient non seulement rédigés par des gens compétents, mais surtout contrôlés avant publication par des sortes d’ «avocats du diable» chargés de pointer toutes les incohérences et tous les oublis.

Muriel Berg, Conseil stratégique, marketing, design global

 

En réponse à Muriel Berg.

Très juste! Seulement, ceux qui sont concernés et qui vous lisent en rigolent. Pour la simple et unique raison que personne ne les ébranlera, même pas le Premier ministre qui semble vouloir aller au charbon. Remarquez aussi que cela nous a été importé. Avec cela, «ils» veulent qu’on leur confie totalement les rênes du pouvoir. Ce n’est pas comme ça, ce pays appartient à tout le monde. Nous ne pouvons l’abandonner aux mains de magnifiques ignorants et voleurs qui veulent continuer à faire décliner notre honneur et nos petites richesses. A bon entendeur…

Ibrahim Diallo

 

En réponse à Diallo Ibrahim.

Vous avez raison, devant le phénomène de la corruption dans les marchés publics, il convient moins de faire de grandes déclarations, comme nombre d’hommes politiques ou d’organisations internationales, que de mener la vie dure en particulier aux corrompus, et ce non pas lorsque le mal est fait, mais avant qu’il ne soit consommé. Pour anticiper la corruption, il faut avant tout être sur le terrain même où se joue ce jeu nuisible.

Les appels d’offres étant en général rédigés pour répondre à des ententes occultes entre les commanditaires publics et certains membres du monde des affaires, il faut que la société civile, en particulier des OSC comme le REN-LAC, décortique dès parution chaque appel d’offres, avec l’appui d’experts et de ce que je nomme des «avocats du diable». L’objectif est de rechercher toutes les incohérences, les erreurs, les imprécisions ou les oublis qui vont permettre de qualifier le soumissionnaire pressenti avec une offre moins-disante technologiquement et financièrement. Autrement dit, tout appel d’offres doit être soumis au préalable à un audit de qualification totalement indépendant des services rédacteurs, audit instruit exclusivement à charge.

Il faut ensuite rendre publics les résultats de cet audit, en interpellant non seulement le service de l’État responsable de la rédaction, mais aussi les bailleurs de fonds du projet concerné et bien sûr l’opinion publique. Presque certain que lesdits services de l’État, ou du moins leurs tutelles politiques, seront rapidement ébranlés par ces critiques tellement documentées qu’elles pointent publiquement au mieux leur incompétence, au pire leur duplicité.

De même, il faut qu’un certain nombre de clauses du cahier des charges techniques soient d’office disqualificatives sans qu’aucune autorité ne puisse revenir sur la disqualification de l’offre concernée ou l’occulter. Là encore, les OSC peuvent se saisir des résultats publiés par la commission d’attribution et chercher à déceler les vices autant dans la notation que dans les appréciations, souvent tellement incohérentes que la désignation de l’attributaire relève d’avantage de l’arbitraire. Cette intervention extérieure et neutre devrait éviter qu’un certain nombre de recours soient étouffés dans l’œuf, soit par pression, soit par entente entre l’attributaire et les soumissionnaires lésés. Ce qui suppose que la saisine des organes administratifs et judiciaires de contrôle soit ouverte aux associations de la lutte contre la fraude et la corruption, en particulier le REN-LAC, comme c’est le cas dans le cadre de la lutte contre le blanchiment.

Enfin, lorsque l’attributaire a été régulièrement désigné, il faut également soumettre à un audit technique les échantillons prévus à l’appel d’offres, lequel doit nécessairement fixer les méthodes et les protocoles d’analyse, là encore sous le contrôle d’experts et d’ «avocats du diable». Il est entendu que la disqualification du soumissionnaire à cet audit technique entraîne la disqualification de celui-ci à l’appel d’offres en son entier, avec interdiction de participer à tout nouvel appel d’offres dans un délai de 3 ans au minimum. Si le soumissionnaire est convaincu de mauvaise foi ou de manœuvres graves, la caution de garantie accompagnant son offre est systématiquement appelée au bénéfice du Trésor public à titre de dommages et intérêts.

Au départ, il y a un risque d’allonger un peu le délai de soumission, mais il est certain que tout ce monde trouble se sentant aiguillonné, l’État en particulier sera contraint de produire des appels d’offres de moins en moins contestables. De même, parmi les soumissionnaires, ceux qui ne seront pas en mesure de répondre techniquement au cahier des charges seront peu à peu écartés au profit de soumissionnaires plus compétents et plus honnêtes. Enfin, le temps perdu au niveau de la soumission sera le plus souvent rattrapé au niveau de l’exécution, sans même parler de l’augmentation de la qualité des produits et des services livrés aux populations.

Je pense résolument que si l’on définit une stratégie de lutte contre la fraude et la corruption appuyée sur des moyens opérationnels faisant appel aux capacités conjointes de la société civile et du monde des affaires — sous la forme de cabinets d’audit rémunérés pour décortiquer les appels d’offres —, il est possible de rendre beaucoup plus compliquée la perversion des marchés publics, qui aujourd’hui est quasiment un jeu d’enfant. Si la corruption des marchés publics représente un préjudice si grand pour les finances publiques d’un État, pourquoi tarde-t-on tant à faire de la lutte contre la fraude et la corruption une activité économique à part entière, en permettant à des sociétés privées de réunir les compétences, l’expérience et les méthodes pour en démonter les mécanismes, et ce faisant dégager un profit privé, sous la forme de commissions ou d’honoraires rétribuant ce travail d’audit, et un profit public du fait des sommes économisées ou rendues par ce biais à l’État, et in fine à la population toute entière ?

Muriel Berg

Conseil stratégique, marketing, design global

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