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Pour une réconciliation véritable et durable, il faut la justice

Suite aux assassinats odieux de Norbert Zongo et de ses compagnons de route le 13 décembre 1998, le pouvoir de Blaise Compaoré avait été contraint de mettre sur pied un Collège de sages qui devait trouver les mécanismes nécessaires pour une sortie du Burkina Faso de la crise sociopolitique dans laquelle il était enlisé. Le Collège a fait des recommandations dont toutes tournaient autour du triptyque Vérité, Justice et Réconciliation. Malheureusement, le pouvoir de l’époque a louvoyé, se contentant d’organiser la Journée nationale de pardon qui devait couronner toute l’œuvre. On a mis la charrue devant les bœufs, il n’y a pas eu le préalable de la vérité et de la justice.

Compaoré (3e à partir de la g.) avec ses prédécesseurs Jean-Baptiste, Lamizana et Saye Zerbo (à d.) au 4-Août le 30 mars 2001

En réalité, pour contourner les recommandations, le gouvernement a mis sur pied la Commission nationale de réconciliation chargée de faire le point sur les personnes victimes en politique depuis 1960. Le 30 mars 2001, lors de la Journée nationale de pardon, il a été décidé que ces victimes ou leurs ayants-droits soient indemnisées. En mars 2002, le gouvernement a mis en place un fonds d’indemnisation. Ram Ouédraogo, Alain Yoda, le pasteur Freeman Compaoré, toutes ces personnalités ont géré cette facette de la réconciliation qui a coûté plus de 2 milliards de FCFA.

Certaines victimes ou leurs ayants-droits ont été ‘’contraintes’’ de prendre cette indemnité par dépit sans savoir la vérité sur ce qui est arrivé à leurs parents et sans savoir pour d’autres là où ils ont été inhumés. Ces personnes ne voulaient pas perdre leurs parents et l’argent qui était prévu pour ‘’acheter’’ leur pardon. On a donc décrété le pardon le 30 mars 2001 et l’on connaît la suite.

La grogne a quitté les rangs de la société civile pour se faire entendre dans les casernes. Les bidasses, jusque-là tenus en dehors des différentes manifestations contre le pouvoir, ont aussi donné de la voix de la plus bruyante des manières. Par des manifestations successives. En 2011, Blaise Compaoré a même été contraint de fuir le palais de Kosyam avant d’y revenir. Le bouquet final a été l’insurrection populaire d’octobre 2014.

On le voit, la réconciliation nationale option Compaoré et affidés est inopérante. On a perdu beaucoup de temps pour rien. Si, depuis 1999, le régime Compaoré avait suivi les recommandations du Collège de sages, la situation aurait été autre et son sort aurait été meilleur que son exil chez ses beaux-f’.

Du bout des lèvres, le 30 mars 2001, lors de la mascarade Journée nationale de pardon, au Stade du 4-Août, Blaise Compaoré avait demandé «pardon» à ses compatriotes et leur avait exprimé ses «profonds regrets pour les tortures, les crimes, les injustices commis depuis 1960» au Burkina Faso. Sans plus.

Qui est responsable de ces tortures, crimes et injustices? In fine, c’était Maurice, Lamizana, Saye Zerbo, Jean-Baptiste, Sankara. Et lui-même. Il a voulu diluer ses propres responsabilités dans celles de ses prédécesseurs qui sont de loin inférieures aux siennes. Mais le sang qu’il a versé ou qui a été versé en son nom est plus lourd que les quelques larmes que ses prédécesseurs ont fait couler. Et voilà que c’est à lui que l’on demande toujours des comptes. Et les Burkinabè sont toujours en quête de cette réconciliation nationale.

Ça n’a pas empêché cela et la chute de celui qui se croyait un  »naaba » intronisé.

Aujourd’hui, des voix continuent d’exiger la réconciliation nationale sans la vérité et la justice. Ces voix sont entendues dans le même camp, celui des partisans du président déchu. Ces personnes ont bien raison car la force était de leur côté. Le sorcier oublie mais pas la famille de la victime. Etant du bon côté, ces personnes n’ont pas connu les tortures, les crimes et les injustices.

Hier seulement, ce sont les femmes de l’UNDD de Me Hermann Yaméogo qui demandaient la réconciliation avant la vérité et la justice. Humainement, un fils peut-il pardonner sans savoir qui a tué son père, pourquoi et où il a été enterré? Ce serait hypocrite. Les familles qui ont connu moins ‘’l’injustice‘’ comme les ayant-droits des premiers dignitaires de ce pays dont la famille Yaméogo ont été grassement dédommagées, quand bien même elles n’ont pas perdu d’êtres chers. Des enfants ont eu leur avenir compromis par la faute d’hommes assoiffés de pouvoir. Ces enfants ont simplement soif de justice aujourd’hui.

Alors, ceux qui sont pour le pardon d’abord peuvent absoudre les bourreaux de leurs proches. Mais cette fois, ils doivent permettre à ceux qui réclament justice d’abord le droit de le revendiquer.

Que ceux qui ont fauté reconnaissent d’abord leurs torts. Après, on peut pardonner, on peut amnistier. Comme au Rwanda.

Les Echos du Faso

2 commentaires

  1. Très pertinente analyse. Je suis entièrement d’accord car sans la vérité et la justice, toute réconciliation serait vaine et temporaire. Il y’ a eu tellement de mal, tellement de compromis que le respect de la seule logique de « vérité, justice et pardon suivi de réconciliation pourrait mettre définitivement le Burkina Faso sur la voie du progrès.

  2. Très bonne analyse! Cependant, nous sommes au Burkina Faso. Des hommes et des femmes ont mangé à tous les râteliers, se sont retrouvés à un moment ou à un autre mêlés aux affaires dignes ou louches. Chez nous, on a l’habitude de désigner une seule personne, le Chef de l’Etat, comme le seul criminel dans ces affaires-là. Or, en s’en allant, assassiné ou chassé comme un malpropre, l’accusé laisse derrière lui ses âmes damnés, ses hommes de main, bourreaux attitrés ou ses conseillers en matière de meurtres, si ce ne sont pas simplement des idéologues ès mise hors d’état de nuire des adversaires. Et ceux-ci deviennent dirigeants, responsables à leur tour dans tous les départements-clés. Vous comprenez donc pourquoi nous avons des problèmes sérieux à libérer des dossiers et à appliquer le concept très sage de la triptyque VERITE-JUSTICE-RECONCILIATION?

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