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Référendum: pourquoi le gouvernement pourrait laisser tomber cette arme dangereuse?

L’organisation d’un referendum pour passer à la 5ème république a été une promesse électorale du candidat Roch en 2015. A son investiture le 29 décembre 2015, il l’a réitérée parce qu’elle lui tient à cœur. Mais au regard des exigences financières que nécessite le contexte sécuritaire, de plus en plus de voix réclament le report pur et simple de cette consultation pourtant très importante pour l’exécutif. Pour ces Burkinabè, sans sécurité, le référendum pourrait ne pas se tenir dans de bonnes conditions outre les grosses sommes d’argent – près de 20 milliards – qu’il faudrait y investir, au moment où les Forces de défense et de sécurité (FDS) ont besoin de matériels conséquents pour «mater» les terroristes. Un argumentaire solide auquel le pouvoir pourrait tomber sous le charme, surtout que dans une situation délétère, le peuple pourrait se prononcer pour ou contre le gouvernement plutôt que sur la nécessité de passer à une autre république.

La décision reste tout de même délicate, car si le référendum venait à être reporté le pouvoir en place n’aura plus d’excuse quant à l’équipement tant attendu des FDS dans le but de bouter les forces du mal hors de nos frontières.

En principe le choix est vite fait entre renforcer la sécurité du pays et la tenue d’un référendum

Habituellement, les promesses de campagnes électorales ne sont valables que pour ceux qui les croient. Mais le président Roch tient à sa promesse d’organiser une consultation populaire afin de passer à une 5ème république. S’il le réussit, il validerait ainsi le changement de régime tout en permettant de faire de grandes réformes comme la limitation des mandats du président du Faso et des députés, le rejet de l’homosexualité, bref, des options fondamentales qui renforceraient notre jeune démocratie. Mais, utilisé pour la dernière fois le 2 juin 1991 pour l’adoption de la Constitution de la 4ème république, le référendum est l’outil de la démocratie directe qui peut s’avérer une arme très délicate à manier.

En effet, s’il est perdu, il se retourne contre son initiateur. En plus de la possible défaite, il existe une peur de l’abstention ou encore d’un vote en opposition à la question posée. Pourtant, le référendum, dans son utilisation populiste, peut être un moyen pour le président de légitimer son pouvoir et d’asseoir son autorité. Il lui permettrait de réaffirmer sa volonté de ne pas s’éterniser au pouvoir comme Blaise Compaoré a voulu le faire. Il serait un test en termes d’organisation, de communication, de marketing politique, avant les élections de 2020. Mais le contexte ne s’y prête pas pour l’instant, marqué principalement par des velléités de déstabilisations du pays, des attaques meurtrières à répétitions. Une situation difficile dans laquelle les hommes de terrain réclament du matériel sophistiqué et adapté pour faire face à l’ennemi. Et ne pas accorder une oreille attentive à ce cri de cœur serait faire preuve de négligence ou d’erreur politique. S’agissant d’une lutte pour notre survie, la protection de notre territoire, de nos institutions et des Burkinabè, il y a mille et une raisons pour que le pouvoir fasse preuve de bonne foi en équipant nos vaillants soldats comme il se doit, histoire de leur donner plus de chance de se défendre face à des assaillants parfois plus lourdement armés qu’eux.

Un investissement financier qui pourrait dépasser largement les prévisions budgétaires et remettre en cause la tenue du référendum. C’est bien ce que certains membres de la société civile prévoient et réclament d’ores et déjà un choix préférentiel pour la sécurité au détriment de la consultation populaire dont la date n’est pas encore fixée.

Il est clair que l’exécutif fera tout son possible pour sécuriser les Burkinabè et le pays avant une quelconque consultation, aussi importance soit-elle. Ce qui ne signifie pas que les réformes n’auront plus lieu ou que les limitations des mandats deviendront caduques et mises aux calendes grecques! Les Burkinabè restent déterminés pour défendre les règles démocratiques et, partant, l’alternance comme en 2015. Toute décision donc qui mettrait le référendum en «hibernation» ne sera pas une opportunité à saisir pour un quelconque passage en force plus tard. Le peuple insurgé ne se laissera pas faire.

En attendant, le pouvoir a intérêt à mettre au frigo la consultation populaire coûteuse au profit de la sécurité. Ce d’autant plus qu’un forcing pourrait s’avérer doublement préjudiciable pour le pourvoir, un couteau à double tranchant: se rendre responsable indirect du massacre qui se joue sous nos yeux et essuyer un échec cuisant par vote référendaire non pas parce que le peuple ne veut d’une nouvelle constitution, mais pour contester une politique suicidaire du gouvernement. Sagement donc que les clés du référendum soient mises sous le paillasson, jusqu’à nouvel ordre. Tout le monde y gagnerait.

Théophile MONE

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