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Relation Afrique francophone et France: entre attirance et répulsion

L’arrivée du président français Emmanuel Macron au Burkina a ravivé dans notre pays le comportement anti-français d’une partie de la population. La preuve, des étudiants burkinabè sont allés rebaptiser le boulevard Charles De gaule, en boulevard Thomas Sankara. Le développement de ce sentiment anti-Français qui prend de plus en plus d’ampleur, surtout parmi la jeune génération n’est pas propre au Pays des Hommes intègres. Toute l’Afrique francophone en est le théâtre.

La relation France Afrique est un paradoxe autant nous l’apprécions autant on la fustige

Aujourd’hui plus qu’hier, un fossé d’incompréhension s’est creusé entre la France et l’Afrique. L’une des raisons c’est que les Africains jugent la France à l’aune des travers du passé. Le phénomène a véritablement commencé au début des années 90 avec le vent de la démocratie et de la liberté d’expression et ne cesse de prendre de l’ampleur. Ainsi, violemment dénoncée dans la presse, de plus en plus vilipendée par la société civile, la cote de la France est en chute libre en Afrique.

En réalité, l’image de la France oscille entre attirance et répulsion dans ses anciennes colonies, au gré de ses soutiens politiques, de la défense de ses intérêts ou de ses interventions, militaires notamment. Le soutien apporté par Paris à des potentats africains est l’une des composantes de ce désamour. La présence de bases militaires alimente le fantasme d’une France qui n’agit qu’au profit de gouvernements iniques et pour des causes opaques. À l’évidence, les relations parfois assez troubles que continue à développer la France à l’endroit d’une certaine classe politique africaine sont vécues sur le continent comme une tentative de l’Hexagone de maintenir encore le cordon ombilical avec ses anciennes colonies, et pour les mêmes intérêts qu’autrefois: l’exploitation des matières premières. Aussi, les Africains en veulent à la France soit pour sa trop grande intervention soit pour sa capacité à lâcher l’Afrique quand cela lui chante. Les Africains francophones sont convaincus que Paris tire toutes les ficelles dans ses ex- colonies par son soutien à des régimes peu recommandables et à la légitimité discutable.

La relation France-Afrique est un paradoxe: autant nous l’apprécions autant nous la fustigions

Outre son paternalisme qui se manifeste par son laxisme ou son protectionnisme, la France laisse apparaître en Afrique l’image de donneuse de leçon. Or, les Africains en ont assez de recevoir des leçons de morale et de supporter une trop grande ingérence.

Au Burkina, les sujets qui fâchent sur cette fameuse relation sont le refus de la France de lever le secret défense sur le dossier du président Thomas Sankara, l’exfiltration de Blaise Compaoré par la France au moment de l’insurrection populaire d’octobre 2014 et l’issue incertaine de l’extradition de François Compaoré au Burkina.

Le fossé qui s’est creusé entre les Français et les Africains vient aussi du fait que les premiers voient les seconds comme des gens pauvres parce que corrompus, à qui la France doit dire ce qu’ils doivent faire. En miroir, domine en Afrique la vision d’une France qui ne défend que ses intérêts, lâche, saprophyte et méfiante à l’égard de la jeunesse africaine. Pourtant, les Africains font chaque fois appel à la France pour la sortir de certaines situations comme dans la lutte contre le terrorisme ou quand elle est confrontée à des difficultés financières.

Comme le voit, les Africains entretiennent avec la France une relation d’amour-haine empreinte d’une certaine schizophrénie. Mais dans le fond, ils ne la détestent pas vraiment. Avec elle, ils se comportent en amoureux très exigeants. Ils veulent qu’elle soit parfaite et ne lui pardonnent pas la moindre incartade. Quand elle prend ses distances, ils le lui reprochent. Et quand elle s’intéresse d’un peu trop près à leurs affaires, ils s’en émeuvent.

En définitive, la France a commis et commet encore des erreurs en Afrique. Mais elle ne saurait être le bouc émissaire de tous les problèmes, de toutes les insuffisances et tous les malheurs africains.

Théophile MONE

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