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Religion et politique: quand le ciel trouble la terre…

Les rapports du religieux et du politique sont d’une complexité redoutable. Loin d’avoir relégué la religion dans les coins des âges obscurs, la modernité paraît, au contraire, travaillée par la prégnance du facteur religieux et ses surgissements inattendus. Bien entendu, la religion ne pèse pas partout de la même manière et ses fonctions sociales sont diversifiées selon les contextes où elle surgit. Si parfois l’intrusion du religieux en politique semble facteur de confusion et de violence, ailleurs, et à d’autres moments, le religieux apparaît comme l’ultime rempart face à la dictature, l’instance d’où s’énoncent et sont rappelés les droits de tout homme à la dignité et à la liberté. C’est ce qui se passe ces derniers temps en République démocratique du Congo avec l’engagement de l’Eglise catholique, taxée de faire de la politique. Les religieux doivent-ils agir ou rester indifférents et neutres face à ce qui se passe dans leur pays? Quels rapports entre la religion et la politique? Pourquoi parfois les religieux se mêlent-ils de la politique?

En principe, les religieux sont apolitiques. Ils ne s’occupent que des choses spirituelles. Mais parfois face à l’injustice et à l’oppression, ils sont contraints de faire de la politique noble.

La religion n’est pas la politique et la vérité religieuse ne se tient pas sur le terrain du politique. Cette lapalissade vaut son pesant d’or lorsque l’on sait qu’il est écrit dans le Bible des chrétiens: «Le royaume de Dieu n’est pas de ce monde» ou encore: «Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu». Pourtant, les deux ordres, l’église et le pouvoir politique, entretiennent souvent des rapports tantôt face-à-face, tantôt antagoniques. Mais en tant que communautés organisées de personnes professant la même doctrine, d’aucuns pensent que les confessions religieuses devraient jouer leur rôle de neutralité face à la politique. D’autres encore estiment que les religieux devraient collaborer sainement dans un esprit légitimiste avec les autorités politiques afin de relever les défis qui s’imposent dans les pays et contribuer efficacement au bien-être social.

En effet, l’objectif poursuivi par les deux (Religion et Etat) est le bien-être social pour un essor considérable. Mais souvent, ceux qui ont la chose publique en mains la gèrent mal. C’est pourquoi quand les religieux constatent que les préoccupations du peuple sont tellement aux antipodes des intérêts de ses dirigeants qui lui imposent des sacrifices qu’il ne mérite pas, ils prennent partie pour les plus faibles, les populations. Ils s’engagent alors dans une lutte contre l’injustice et l’oppression. L’engagement des évêques congolais dans l’accord de la Saint Sylvestre et la marche des chrétiens pour l’application intégrale de cet accord montrent à quel point les religieux et leurs ouailles ne sont pas toujours de simples observateurs des situations politiques délétères dans leur pays.

En république démocratique du Congo, à cause des luttes de positionnement de la classe politique et du refus de l’alternance, le peuple paie le prix de la compétition des politiques, qui se partagent le gâteau du pouvoir. C’est ainsi que l’épiscopat congolais fait observer que dans cette logique, la préoccupation sociale de la population est bafouée par les dirigeants politiques qui, à la recherche des avantages sociaux, manifestent ouvertement leur désintéressement pour le bien-être de la majorité. D’où leur ferme engagement pour l’alternance.

L’indéboulonnable président Kabila et l’infatigable cardinal Monsengwo du Congo

En principe, les religieux sont apolitiques. Ils ne s’occupent que des choses spirituelles. Et le rôle de l’Eglise, c’est bien de nous parler des hautes sphères célestes, des choses de Dieu. Il se trouve qu’il est impossible dans la vie religieuse de dissocier une vie privée (religieuse) et une vie publique. La personne devant Dieu est un tout et on ne peut séparer sa participation à la vie sociale de son activité professionnelle (qui peut être la politique). Ainsi, les religieux ne peuvent pas se désintéresser du monde dans lequel ils sont placés, et dont ils sont aussi responsables devant Dieu, de même que les hommes au milieu desquels ils vivent. Alors l’on parle de double citoyenneté, spirituelle et séculière des croyants. C’est pourquoi, parfois, de la même manière que «la guerre est une chose trop sérieuse pour la confier aux militaires», les religieux finissent par dire «la politique est une chose trop sérieuse pour la confier aux seuls politiciens! » Autrement dit, pour les religieux, nous sommes tous appelés à «faire de la politique» au sens le plus noble du terme. Ce qui signifie, par exemple, qu’il faut lutter contre la tendance actuelle en Afrique au désintérêt et à l’abstentionnisme pour accentuer l’exigence d’une participation active et créative à la chose politique. Le message premier de la démocratie moderne n’est-il pas: «Le souverain, c’est vous citoyennes, citoyens? » Ainsi, pour la religion, nous avons à porter le souci d’une société ouverte, c’est-à-dire qui instaure des lieux de débat, de rencontre et de convivialité créative, permettant à tous de vivre ensemble égaux et différents.

Ce n’est pas pour autant qu’à tout rassemblement des croyants, les religieux doivent faire un discours politique. La prédication n’a pas à être une manipulation qui entreprend de dire pour qui les fidèles doivent voter, ou ce qu’ils doivent obligatoirement penser.

Marche pacifique des chrétiens congolais. Face à la situation politique délétère dans laquelle vit le peuple congolais, faut-il agir, rester neutre ou regarder faire?

Les lieux de rassemblement sont ceux du ressourcement, qui incitent à la rencontre avec Dieu. Les lieux de cultes permettent aux fidèles de remonter leurs batteries spirituelles, de recharger leur espérance, non pas pour affronter le monde, mais pour en être acteur responsables, selon la volonté de Dieu qui a un amour fou pour sa créature et sa création. Les religions n’ont pas comme rôle de faire de la politique en l’imposant à leurs fidèles.

Seulement, concrètement, le croyant ne peut pas ne pas se préoccuper de l’autre. Il ne peut pas faire l’autruche lorsque y a de l’injustice sociale, l’oppression des plus faibles, lorsque des abus se passent dans l’administration; lorsque tout simplement les droits de l’homme sont bafoués. Voilà bien qui s’appelle la politique au sens noble: celle qui mouille sa chemise pour les autres; celle qui ne cherche pas son propre intérêt mais voit en l’autre une image du Dieu qu’il aime. Justement, pour la religion, la foi ne pousse pas à la capitulation, à la démission, mais appelle à ce courage, à cette persévérance nécessaire pour l’intérêt général. C’est pourquoi, chaque fois que le ciel trouble la terre, c’est pour une cause noble et juste. La religion, n’est donc pas partout et toujours facteur de troubles. Elle est parfois l’espoir et le seul recours de libération, de justice et de paix.

Théophile MONE

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