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Remaniement ministériel: ce qu’on ne dit pas

Depuis un bon moment, les bruits couraient puis le ministre porte-parole du gouvernement a fait une sortie qui a cassé l’ambiance en affirmant que «le remaniement n’est pas à l’ordre du jour  en Conseil des ministres». Mais voilà que ce remaniement tant attendu a finalement eu lieu. Les avis sont certes partagés sur sa profondeur et sa nécessité.

Pour certains, il est le bienvenu car il fait la part belle à la jeunesse; pour d’autres, la montagne n’a même pas accouché à forte raison d’une petite souris. Car le principal était pour beaucoup de personnes le départ du 1er ministre Paul Kaba Thiéba.

Mais voilà qu’il est reconduit. Moi Mounafica j’ai fouiné et j’ai pu avoir le fin mot de ce remaniement. La mouture qui a été publiée n’était pas celle arrêtée; des contingences de dernière minute sont venues chambouler les choses. Le remplacement du 1er ministre était arrêté, mais son avenir à la BCEAO, lui, ne l’était pas. La BCEAO a commencé à tergiverser concernant le poste de vice-gouverneur qui devait lui revenir.

Du coup, le président du Faso n’a pas voulu le jeter en pâture. Donc, il fallait le maintenir. Dans ces conditions, que faire? A défaut de la tête du 1er ministre qui allait amener un tsunami gouvernemental, il a fallu trouver quelque chose pour contenter les populations, principalement les syndicats et les groupes sociaux.

L’éducation était déjà dans le collimateur et, contre toute attente, la ministre de la Femme est venue se donner avec l’autorisation accordée à des opérateurs économiques d’importer des pagnes imprimés estampillés 8-Mars, Journée internationale de la femme. L’occasion a été saisie à belle main.

Ainsi, les syndicats de l’éducation peuvent dire qu’ils ont eu en plus du protocole d’accord la tête de leur ministre. Un vrai bonus.

Il en est de même des associations de tisseuses de pagnes Faso dan fani. Elles aussi ont pu attraper leur ministre par son pagne imprimé en Chine pour l’éjecter du gouvernement. Né Wendé me disait qu’il craint que cela ne soit un précédent grave. Les prochains mouvements sociaux vont se focaliser sur d’abord le départ d’un ministre avant toute discussion. L’amélioration des émoluments des magistrats reste toujours le détonateur des revendications salariales des syndicats.

Les raisons du débarquement de Souleymane Soulama des Transports

C’est à croire que l’entrée au gouvernement ne réussit pas toujours aux seconds couteaux des partis qui font alliance avec la majorité présidentielle. Il n’y a pas longtemps, Tahirou Barry a eu maille à partir avec son mentor, le père fondateur du Paren, la puissance du parti a finalement eu raison de lui. Avec la formation du nouveau gouvernement PKT3, on se retrouve dans la même configuration ou presque concernant Souleymane Soulama, ci-devant ministre des Transports du Burkina.

En effet, depuis un bon moment, le courant ou du moins pour rester dans le domaine transport, la route entre lui et le patron du parti NTD est jonchée de ronces, de nids de poule et de gendarmes couchés. Il est vrai que les deux ne se sont pas épanchés dans une guerre des médias qui aurait étalé au grand jour leurs désamours.

Le grand patron du NTD, le parti de l’ex-ministre des Transports voulait dès le départ entrer dans le gouvernement, dans la première mouture de l’équipe qui était tombée dans les mains de Nè Wendé, on y voyait bien écrit ministre des Transports et de la Mobilité urbaine Vincent Dabilgou. Mais c’est à la dernière minute qu’un des faiseurs de ministres a estimé qu’il fallait enlever le nom de Vincent Dabilgou car les insurgés pouvaient le prendre très mal. Il fallait donc parer au plus pressé. C’est ainsi que le nom de Souleymane Soulama a été donné; il est le secrétaire général du NTD.

Seulement voilà, depuis que celui-ci est devenu ministre, il y a eu un petit froid entre lui et le patron du NTD, et de petit ce froid est allé grandissant. Les deux ne dansaient pratiquement plus le ‘’takborsé’’ ensemble. L’un reprochant à l’autre de n’en faire qu’à sa tête, oubliant qu’il est au gouvernement sous la bannière NTD.

Les antennes de Mounafica n’ont pas capté des sons sur une intention de l’ex-ministre de s’accaparer le parti NTD, mais de l’autre côté on n’en pense pas moins. Car on estime que l’ex-ministre se la jouait solo. Voilà pourquoi, à la faveur du remaniement, le patron du NTD a pris ses responsabilités en prenant la tête du département des Transports.

Il faut souligner qu’il y a été encouragé par celui qui est désormais l’ex-ministre de la Sécurité, Simon Compaoré, qui, à ce qu’il se dit, aurait volontairement souhaité quitter la Sécurité pour se ménager; il n’est plus très jeune et donc il lui faut un département pépère qui va lui permettre de s’occuper du parti MPP.

Il s’est donc éclipsé de la scène chaude pour s’engager au ministère d’Etat auprès de la présidence du Faso auquel on a volontairement ôté la partie «Affaires présidentielles» comme on le voit ailleurs. Si on avait laissé cette particule «Affaires présidentielles», les internautes allaient avoir du grain à moudre en tournant au ridicule le seul ministre d’Etat qui nous reste.

Déjà que Tranquilos est entré dans le langage commun en même temps que yada-yada, on ne serait pas loin de voir sur les réseaux sociaux «Simon s’occupe du panier à ménage du président» ou alors «Simon est le boy du président». C’est pour éviter tout cela qu’on a choisi «ministre d’Etat auprès de la présidence du Faso».

Il reste qu’il faudra encore tracer la frontière entre ce département et le Haut-représentant pour que Simon et Chériff ne se marchent pas sur les lacets.

Il fallait donc à Simon un de ses petits dans un ministère stratégique. Et ce n’est un secret pour personne que Vincent Dabilgou est ‘’le bon petit’’ de Simon.

Ce qu’on ne dit pas aussi est ce nouveau ministère taillé pour Simon Compaoré. A première vue, on a l’impression qu’il a perdu du poids politique. Il va rester tranquillos à Kosyam sans avoir grand-chose à faire. C’est mal connaître Simon. Ce ministère ressemble à bien d’égards à un poste de vice-président du Faso. Simon Compaoré va tout faire pour mettre de l’ordre dans l’entourage du président car, de ce côté, ça volait dans tous les sens et le président, dans sa bonacité légendaire, ne disait rien.

Avec Simon Compaoré, les choses vont changer. Comme à son habitude, il en fera trop et, très vite, on va lui coller le sobriquet de non «le petit président» mais celui de «le vrai président».

Mounafica, tout œil tout ouïe!

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