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Renforcement des capacités des enseignants: des instituteurs du privé crient à l’injustice

Le bras de fer qui oppose le ministère de l’Education nationale au corps enseignants des écoles primaires privées du Burkina est en train de prendre une nouvelle tournure avec l’éventuelle création d’un syndicat. Ce, pour mieux organiser la lutte et faire prendre en compte leurs préoccupations par les autorités. Cette opposition fait suite aux traitements jugés discriminatoires entre les instituteurs du public et ceux du privé lors des sessions de renforcement de capacités dont la dernière en date est la formation organisée par un projet japonais, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Cette situation a été à l’origine du débrayage des enseignants concernés qui ont entrepris une série d’actions dont la plus récente est la tenue le jeudi 5 mars 2015, d’une assemblée générale au Centre d’éducation ouvrière à Ouagadougou pour faire le point de l’évolution de la lutte.

Ils sont nombreux à crier leur ras-le-bol face à ce qu’ils appellent discrimination entre enseignants du public et du privé.
Ils sont nombreux à crier leur ras-le-bol face à ce qu’ils appellent discrimination entre enseignants du public et du privé.

Les mouvements de protestation des enseignants des écoles primaires privées du Burkina ont commencé le lundi 23 février 2015 par le boycott de la session de renforcement en capacité des enseignants du primaire organisée sur toute l’étendue du territoire national. Les manifestants dénoncent ce qu’ils qualifient de discrimination faite aux enseignants du privé lors des sessions de formation. Par la suite, ils ont haussé le ton à travers un sit-in le jeudi 26 février 2015 qui les a conduits à la direction régional de l’éducation nationale et de l’alphabétisation où ils ont laissé entendre qu’ils sont déterminés à continuer la lutte en vue de se faire prendre en charge désormais au même titre que leurs collègues du public lors de ces formations.
En effet, ils sont de plus en plus nombreux, les enseignants des écoles primaires privées du Burkina à épouser l’idée de la lutte à l’image de Raphäel Zoungrana. «Si nous sommes sortis, c’est à propos de la non prise en charge des enseignants du privé. Il y a longtemps qu’ils sont là, qu’ils vont négocier et jusqu’à cette année, il n’y a pas eu gain de cause. En fait, c’est une discrimination et nous ne sommes pas d’accord pour cela. Nous éduquons des enfants du Burkina et nous pensons que nous sommes des Burkinabè. Les enseignants du public sont pris en charge d’un montant de 5000 FCFA par jour et par personne. Maintenant, ils disent qu’ils ne peuvent pas prendre en charge les enseignants du privé. Nous réclamons qu’ils nous prennent en charge aussi».

Le Directeur général de l’Education de base, Sibiri Korbéogo:  «le privé, il est lucratif; cela veut dire que ce sont des gens qui cherchent le bénéfice».
Le Directeur général de l’Education de base, Sibiri Korbéogo: «le privé, il est lucratif; cela veut dire que ce sont des gens qui cherchent le bénéfice».

Pour Adam Sankara de la Coordination des enseignants du privé du Centre, «nous voulons interpeller les premiers responsables de ce projet à ouvrir l’œil et vérifier, voir qu’ils sont là pour former des enseignants du Burkina et non des enseignants du public pour laisser le privé. Il faut en profiter également pour interpeller les enseignants des autres CEB (ndlr: circonscription d’éducation de base), de toutes les CEB du Burkina Faso à suivre le mouvement afin que l’objectif visé soit atteint».
Selon Daniel Tiendrebéogo, la lettre transmise au ministère de l’Education nationale et de l’Alphabétisation (MENA) par le biais de la directrice provinciale de l’Education nationale et de l’Alphabétisation du Kadiogo, contient les doléances des instituteurs du privé du Burkina. Face à l’attitude de ces derniers, le directeur général de l’Education de base, Sibiri Korbéogo, explique que les principales difficultés, «c’est généralement l’insuffisance du module de formation qu’on n’a pas pu obtenir pour tous les enseignants, notamment ceux du privé et il y a également des remous du côté des enseignants du fait qu’ils ne sont pas pris en charge par l’organisation (…) Chaque fois que nous avons des formations à l’adresse des enseignants, le ministère prévoit donc la place pour tous les enseignants du privé», a-t-il laissé entendre. En clair, les enseignants du privé ont le droit et même le devoir de suivre les formations organisées par les structures du ministère, que ce soit au niveau central ou que ce soit au niveau déconcentré. Pour le directeur général, la prise en charge des enseignants du privé incombe aux fondateurs des écoles en question. «Ce sont les promoteurs du privé qui doivent se charger justement de leur prise en charge ou de toute motivation à leur endroit pour les mettre dans les conditions meilleures pour pouvoir suivre les différentes formations et ça, c’est stipulé dans le cahier des charges. En tout cas, il n’est pas stipulé dans le cahier des charges que ce soit l’Etat qui prenne en charge ces enseignants du privé lors des formations organisées par l’Etat». Pour Sibiri Korbéogo, tous les promoteurs du privé savent que la prise en charge de leurs enseignants pour les formations leur revient.

Le mouvement a pris corps à l’école Sainte Famille située dans l’arrondissement N°6 de Ouagadougou le lundi 23 février 2015
Le mouvement a pris corps à l’école Sainte Famille située dans l’arrondissement N°6 de Ouagadougou le lundi 23 février 2015

«Normalement, certains d’entre eux reçoivent des soutiens de l’Etat; je parle des établissements conventionnés qui reçoivent des soutiens financiers relativement importants de l’Etat», a-t-il précisé avant d’ajouter que même si tous les établissements privés ne sont pas conventionnés, ils appartiennent à des corporations organisées qui ont des rencontres et toutes les préoccupations doivent être débattues à ce niveau et cette question qui est récurrente aurait dû normalement traitée à leur niveau.
Mais, Adam Sankara rejette la balle dans le cas des autorités. «Si les fondateurs ont signé des cahiers des charges, c’est à l’Etat de veiller à ce que cela soit appliqué», a-t-il rétorqué.
En attendant d’accéder à cette requête, les enseignants des écoles primaires privées ont obtenu du ministre de l’Education nationale et de l’Alphabétisation l’engagement de leur intégration dans l’organisation des examens scolaires.
Omar Compaoré

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