Accueil » Lu, vu, entendu » Requiem de chefs d’États africains morts de maladie au pouvoir

Requiem de chefs d’États africains morts de maladie au pouvoir

Les chefs d’Etat du continent africain aiment délaisser les hôpitaux (laisser dépérir les systèmes de santé nationaux) de leur pays pour aller se soigner en France, en Belgique, en Suisse ou en Amérique. A titre d’exemple, on peut citer le Malien Ibrahim Boubacar Keita (IBK), l’Ivoirien Alassane Ouattara, le roi Mohamed VI qui ont tous suivis les pas de leurs aînés, le Gabonais Ali Bongo Ondimba, l’Algérien Abdelaziz Bouteflika ou du Camerounais Paul Biya.

Disons-le sans ambages: abandonner les institutions sanitaires de son pays pour se soigner à l’étranger est, au bas mot, une faute pour un chef d’Etat. C’est la preuve irréfutable qu’il n’a pas réussi à bâtir sur place un système de santé digne de sa confiance.

Si, dès qu’ils sont malades, même légèrement, les présidents africains sautent dans l’avion pour Paris, Londres, Lisbonne ou Madrid afin d’y recevoir des soins, c’est aussi parce qu’ils n’ont pas favorisé chez eux le développement de l’expertise médicale nationale. Ce qui ne les empêche pas de mourir parfois en Occident pendant l’exercice de leur pouvoir.

Au-delà donc de cette faute politique et des moyens colossaux mis en branle, nous voulons évoquer ici la santé parfois fragile de nos chefs d’Etat qui ont l’habitude de cacher au peuple leurs maladies et d’en faire un secret d’Etat; jusqu’en en mourir et créer de facto, un vide institutionnel handicapant.

Ils sont morts de maladie en étant toujours au pouvoir
Ils sont morts de maladie en étant toujours au pouvoir

Malheureusement, bien des chefs d’État africains n’ont pu achever leur mandat pour raisons de santé.  Problème cardiaque, cancer, «longue maladie» sans plus de précisions ou pathologie plus rare, en tout cas, ils sont morts dans l’exercice de leur fonction. D’Houphouët Boigny à Lansana Conté, en passant par Houari Boumédiène et Omar Bongo Ondimba.

Mais avant tout, il faut noter que la mort d’un chef d’État au pouvoir n’est jamais chose ordinaire, quelle soit de maladie, ou plus violente, comme cela a été le cas à de nombreuses reprises depuis les indépendances sur le continent. Vacance de la fonction gouvernementale, tentatives de coup d’État (surtout par le passé), chaque fois, le pays est plongé dans l’incertitude.

Sans être exhaustive, voici la liste des chefs d’Etat décédés au pouvoir.

Houari Boumédiène
Le président Houari Boumédiène

Houari Boumédiène (Algérie)

Né le 23 août 1932, Houari Boumédiène est militaire de carrière. Chef de l’État-major général de l’Armée de libération nationale de 1959 à 1962, il occupe de hautes fonctions d’État, tel que vice-Premier ministre durant la présidence d’Ahmed Ben Bella de mai 1963 à juin 1965. À la suite d’un coup d’État, Houari Boumédiène devient président du Conseil de la révolution puis est élu deuxième président de la République d’Algérie. Souffrant d’une maladie du sang, dite de Waldenström, il meurt le 27 décembre 1978 à 4 heures du matin. Sans que cela ne soit jamais prouvé, l’ancien ministre des Affaires étrangères irakien, Hamed Jabori, affirmera que Boumédiène a été empoisonné par les services irakiens avec du thallium.

Félix Houphouët Boigny
Le président Félix Houphouët Boigny

Félix Houphouët Boigny (Côte d’Ivoire)

Successivement chef traditionnel, dirigeant syndical, député ivoirien en France, ministre, président de l’Assemblée nationale ivoirienne, maire d’Abidjan, Premier ministre ivoirien, Félix Houphouët-Boigny devient le premier président de la Côte d’Ivoire. Il occupe le poste de 1960 à 1993, bien que, à partir de 1990, ce soit plutôt son Premier ministre, Alassane Ouattara, qui assure l’essentiel du pouvoir. En décembre 1993, en phase terminale d’un cancer, le « vieux » est ramené d’urgence dans son pays. Maintenu en vie artificiellement pour que les dernières dispositions soient prises concernant sa succession, il est débranché le 7 décembre.

Gnassingbé Eyadema
Le président Gnassingbé Eyadema

Gnassingbé Eyadema (Togo)

Né le 26 décembre 1935 à Pya, Étienne Eyadéma Gnassingbé, dit Gnassingbé Eyadema, a occupé durant 38 ans, de 1967 à sa mort, le poste de président de la République togolaise. En 1999, avec le décès du roi Hassan II du Maroc, il était devenu le doyen des chefs d’État africains. Il meurt le 5 février 2005, victime des conséquences d’une crise cardiaque subie le matin même dans sa ville natale de Piya, à bord du Boeing 707 présidentiel, qui survole alors la Tunisie et l’évacue vers l’Europe. Proche de la France, il aura droit à une oraison funèbre de la part de Jacques Chirac, qui dira de lui: « Avec lui disparaît un ami de la France qui était pour moi un ami personnel ».

Lansana Conté
Le président Lansana Conté

Lansana Conté (Guinée)

Le colonel Lansana Conté participe au coup d’État de 1984 en Guinée, une semaine après la mort du « père de l’indépendance », Sékou Touré. La junte, dénommée Comité militaire de redressement national (CMRN), le porte alors à la tête du pays avant que, devenu général, il ne soit officiellement élu président de la République en 1993. Largement reconduit en 1998 et 2003, grâce à une modification constitutionnelle, il fait face, à la fin de sa présidence, à plusieurs révoltes, réprimées dans le sang. Victime de plusieurs tentatives de renversement et d’assassinat, il décède des suites d’une « longue maladie », le 22 décembre 2008.

Omar Bongo Ondimba
Le président Omar Bongo Ondimba

Omar Bongo Ondimba (Gabon)

Né le 30 décembre 1935, Omar Bongo Ondimba entre en politique en s’impliquant dans les législatives de 1961 au Gabon. Repéré par le président Léon Mba, il gravit les échelons malgré un emprisonnement lors du coup d’État de 1964 visant à placer Jean-Hilaire Aubame au pouvoir. Libéré par les Français accourus au secours de Mba, il finit par recueillir le soutien de Jacques Foccart, qui en fait le successeur désigné. Alors que meurt le président de la République, c’est donc Omar Bongo Ondimba qui lui succède, le 28 novembre 1967. Il exercera ses fonctions jusqu’à sa mort, le 8 juin 2009, à Barcelone, après avoir été réélu en 1973 (99,6% des voix), 1979 (99,8%), 1986 (99,97%), 1993 (51%), 1998 (66%) et 2005 (79,18%).

Umaru Yar'Adua
Le président Umaru Yar’Adua

Umaru Yar’Adua (Nigéria)

Le Nigérian Umaru Yar’Adua est d’abord gouverneur de l’État de Katsina du 29 mai 1999 au 29 mai 2007, avant d’être investi président de la République et de prêter serment le 30 mai 2007, après des élections considérées comme extrêmement frauduleuses. Succédant à Olusegun Obasanjo, dont il a reçu le soutien, il est considéré comme un politicien sans charisme. Yar’Adua meurt à son domicile le 5 mai 2010, à l’âge de 58 ans, des suites de la longue maladie cardiaque qui l’avait tenu éloigné de la vie politique pendant plus de six mois. Goodluck Jonathan décrète sept jours de deuil national et lui succède officiellement le 6 mai 2010.

John Atta Mills
Le président John Atta Mills

John Atta Mills (Ghana)

Membre du Congrès démocratique national, John Atta Mills a occupé le poste de vice-président de la République du Ghana de 1997 à 2001 aux côtés de Jerry Rawlings. Battu par deux fois aux élections présidentielles par John Kufuor, en 2000 et en 2004, il accède finalement à la magistrature suprême lors du scrutin du 28 décembre 2008, prenant ses fonctions de président de la République le 7 janvier 2009 avec John Mahama comme vice-président. Il meurt le 24 juillet 2012, à l’âge de 68 ans, d’une maladie cardiaque.

Pour avoir fait le choix de négliger les structures sanitaires de leur pays, convaincus qu’ils pourront toujours être évacués vers les capitales occidentales, les dirigeants africains ont mis le continent au sommet du palmarès mondial des présidents décédés à l’étranger.

De toute cette liste, les deux cas les plus scandaleux sont ceux du Gabonais Omar Bongo Ondimba et du Togolais Eyadema Gnassingbé. Le premier est mort en 2009 à Barcelone, en Espagne. Le second est mort en 2005 dans l’avion qui le transportait de Lomé vers une capitale occidentale.

Ce qui est ecoeurant, c’est que les années passent mais les chefs d’Etat africains continuent d’entretenir des mystères autour de leur état de santé. Qui plus est, ils ne semblent pas avoir tiré les enseignements des erreurs de leurs aînés en continuant d’aller mourir hors des frontières nationales plutôt que de développer leurs systèmes de santé. Pourtant, investir dans un système de santé national performant pourrait sauver la vie de bien d’entre eux du fait de la proximité et de la disponibilité des soins sans oublier qu’une telle option est un signe vibrant  de patriotisme. En attendant, nos chefs d’Etat doivent faire preuve de plus d’honnêteté en renonçant à la magistrature suprême quand leur état de santé ne le permet pas. Car ils doivent éviter à nos institutions déjà fragiles, la mort et le donc chaos.

Théophile MONE

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *