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La révolution de Roch qui impactera la sécurité nationale

Selon le confrère Jeune Afrique, depuis fin octobre, le président Roch Marc Christian Kaboré a décidé, via l’Assemblée nationale, de restructurer les services de renseignement.

Le projet de loi qui les réorganise prévoit la création d’un Conseil national du renseignement qui supervisera l’Agence nationale de renseignement (ANR), dont le directeur général, François Ouédraogo, répond de la gestion devant les députés.

Alors dénués de cadre juridique, une sorte de police politique dirigée par général Gilbert Diendéré, les renseignements s’appuyaient sur un réseau informel tandis que la Police, la Gendarmerie et l’Armée disposaient de leurs propres services qui rendaient séparément compte de leurs activités aux autorités. En fait, les seules capacités des «grandes oreilles» de Blaise étaient l’anticipation et la prévention des risques et menaces sur son pouvoir.

Citadelle fermée sur elle-même, ce service de renseignement ne coordonnait que l’ensemble des renseignements sur des personnes susceptibles de convoiter le fauteuil de l’enfant terrible de Ziniaré. Il était donc question de savoir tout de vous, ceux que vous fréquentez, ce que vous lisez, ce que vous regardez, ce que vous dites, ce que vous mangez, ce que vous pensez, ce à quoi vous croyez, là où vous allez, là où vous êtes, ce que vous gagnez, ce que vous devez, ce que vous craignez, ce que vous avez fait, ce que vous allez faire… Désormais, tout sera légiféré et les informations hiérarchisées serviront plus à protéger les citoyens des menaces extérieures. Une initiative républicaine qui permettra d’anticiper les plans terroristes et donc de mieux sécuriser le pays.

Le président Roch Marc Christian Kaboré a décidé de restructurer les services de renseignement

Le renseignement vise à recueillir, exploiter et diffuser des informations afin d’éclairer les choix stratégiques d’un pays et de ses dirigeants mais aussi de préserver ses capacités militaires et civiles et de prévenir les menaces. Dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, c’est de la Lapalissade que d’affirmer qu’il permettra de recueillir des informations très pertinentes, notamment sur les réseaux terroristes.

Comme le disait si bien Sun Tse, le stratège chinois dans l’Art de la guerre, «la prévision ne vient ni des esprits ni des dieux, elle n’est ni tirée de l’analogie avec le passé ni le fruit de conjectures, elle provient uniquement des renseignements obtenus auprès de ceux qui connaissent la situation de l’adversaire».

Le renseignement est donc au cœur même du système de connaissance et d’anticipation de l’appareil d’État. Il doit permettre aux décideurs d’être éclairés sur telle ou telle situation afin d’être en mesure de prendre la meilleure décision. Il doit aussi contribuer à prévenir la commission d’actes criminels et permettre aux services de police d’interpeller ceux qui préparent un attentat ou un crime en recueillant un maximum d’informations susceptibles de constituer des preuves de leurs implications dans le cadre d’une procédure judiciaire.

Traditionnellement, le renseignement a plusieurs fonctions: le contre-espionnage chez l’adversaire pour connaître les capacités et les intentions de celui-ci, le renseignement intérieur alimentant le contre-espionnage défensif et préventif pour assurer la sécurité et la protection de l’État et du pays, et le renseignement intérieur et extérieur alimentant le contre-espionnage répressif pour mettre hors d’état de nuire les agents ennemis et leurs soutiens.

La collecte d’informations est aujourd’hui une nécessité dans un monde de plus en plus incertain et, par nature, dangereux. Il est essentiel pour essayer d’anticiper l’avenir et adapter les politiques publiques. Si on pense en premier lieu au terrorisme ou au secteur militaire, le renseignement est aussi utile dans d’autres domaines, tels que la criminalité organisée ou la guerre économique.

Il implique un vrai savoir-faire, car information et renseignement ne sont pas toujours assimilables. Encore faut-il savoir l’exploiter, l’analyser et en sortir une analyse.

Le colonel de gendarmerie François Ouédraogo, directeur général de l’Agence nationale du renseignement

Sous le régime de Blaise Compaoré, organisé sur aucune base juridique, le renseignement, qui était entre les mains de son bras droit Gilbert Diendéré, est resté une activité dissimulée, à la réputation sulfureuse et assimilée à la puissance de l’État qui aspirait à la surveillance de la population en vue de protéger le régime. Le renseignement intérieur était donc de nature exclusivement politique alors que le renseignement extérieur ne visait qu’à recueillir un certain nombre d’informations militaires ou stratégiques sur les États menaçant l’intégrité du territoire. Pourtant, ce rôle traditionnel du renseignement a évolué. Cette activité s’est structurée de façon professionnelle et a étendu son champ de compétence à d’autres champs que la politique.

A l’heure où le Burkina doit développer sa capacité à identifier les menaces et à mieux mutualiser les moyens pour le renseignement et de renforcer sa gouvernance, une réforme de ce secteur tenant compte de l’aspect juridique était plus qu’urgente.

En effet, même si le renseignement n’est pas tout et ne peut pas tout, face à l’évolution de la menace terroriste, les services de renseignement doivent sans cesse s’adapter, tenter d’avoir une longueur d’avance sur les organisations criminelles afin – car c’est l’objectif ultime – de prévenir et d’anticiper les passages à l’acte.

La ferme volonté de légiférer sur le renseignement et surtout de donner enfin aux services de renseignement un cadre légal tout en renforçant les dispositifs de contrôle, constitue une révolution qu’il faut saluer et dont il faut se réjouir.

Théophile MONE

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